Mobilier d'église : le nom de chaque meuble

Mis à jour le 31 min de lecture

mobilier d'une église
Sommaire
  1. Quel est le mobilier d'une église ?
  2. L'autel, le meuble central
  3. L'ambon, le lieu de la Parole, et ce n'est pas un pupitre
  4. Le siège de présidence, et la cathèdre de l'évêque
  5. La crédence, la table de service
  6. La chaire, et pourquoi on n'y prêche plus
  7. Le jubé, le meuble que la France a presque entièrement perdu
  8. Le retable, derrière l'autel
  9. Les stalles, le confessionnal, les bancs et les prie-Dieu
  10. Les chandeliers et le cierge pascal
  11. Lire le mobilier, puis lire le bâtiment
  12. Nous ne vendons pas de mobilier d'église
  13. Questions fréquentes
  14. Vous avez les mots, maintenant

Vous entrez dans une église, vous levez les yeux, et vous voyez un escalier de pierre sculpté accroché à un pilier, avec une sorte de chapeau au-dessus. Un peu plus loin, un grand aigle de cuivre aux ailes ouvertes porte un livre. Dans le chœur, une table, un pupitre, un fauteuil, un meuble de bois adossé au mur. Vous savez à quoi tout cela sert, à peu près. Vous n'avez pas les mots.

Ce sont les meubles du culte, et chacun a un nom précis que le Missel romain fixe, pour l'essentiel, dans une dizaine de numéros. L'autel est le meuble central. L'ambon est le lieu de la Parole, et ce n'est pas un pupitre : le Missel exige explicitement le contraire. Le grand aigle est un lutrin, qui sert aux chanteurs, pas aux lecteurs. L'escalier accroché au pilier est une chaire, et on n'y prêche plus. Quant au meuble le plus spectaculaire du mobilier français, le jubé, il a presque entièrement disparu de nos églises au XVIIe siècle.

Vous trouverez ici un tableau à trois colonnes qui donne, pour chaque meuble, son nom, à quoi il sert et où il se trouve. Puis chaque pièce reprise une à une, avec le numéro du texte qui la règle. Et surtout la distinction que presque aucune page ne tient proprement, celle qui sépare l'ambon, la chaire, le lutrin et le simple pupitre : quatre meubles, quatre fonctions, et trois d'entre eux se font appeler pupitre dans la conversation courante.

En bref

  • L'autel est le meuble central : le Missel romain y voit à la fois le lieu où le sacrifice de la croix est rendu présent et la table du Seigneur (n. 296).
  • L'ambon est le lieu de la Parole. Le Missel demande « un ambon fixe et non un simple pupitre mobile », et que seul le ministre de la Parole y monte (n. 309).
  • Le lutrin est un autre meuble : un pupitre monumental, souvent en forme d'aigle, qui porte les livres de plain-chant des choristes.
  • La chaire est la tribune élevée d'où l'on prêchait au milieu de la nef. On est revenu à l'usage ancien de prêcher depuis l'ambon ou le siège de présidence.
  • Le jubé séparait le chœur de la nef. Il apparaît à la fin du XIIe siècle et disparaît au XVIIe : presque tous ont été détruits.
  • Nous ne vendons pas de mobilier d'église. Notre métier est le bijou chrétien, et cet article est là pour expliquer, pas pour vendre.

Quel est le mobilier d'une église ?

Le mobilier liturgique, ce sont les meubles qui servent à la célébration, par opposition à l'architecture qui les abrite. La distinction est utile parce qu'elle sépare deux vocabulaires qu'on mélange toujours : la nef, le transept, l'abside et le chœur sont des parties du bâtiment, pas des meubles. Le Missel romain le dit à sa façon au numéro 295, en définissant le chœur, qu'il appelle le sanctuaire, comme le lieu où se dresse l'autel, où est proclamée la parole de Dieu, et où le prêtre, le diacre et les autres ministres exercent leurs fonctions. Le lieu d'un côté, les meubles de l'autre.

Voici le tableau. Il se lit en trois colonnes : le nom, à quoi ça sert, où ça se trouve.

Nom À quoi ça sert Où ça se trouve
Autel Le meuble central : la table de l'Eucharistie, où le sacrifice de la croix est rendu présent Au centre du chœur, de préférence à distance du mur pour en faire le tour
Ambon Le lieu de la Parole : lectures, psaume responsorial, annonce de la Pâque, et éventuellement l'homélie Fixe, dans le chœur, souvent à son entrée, tourné vers l'assemblée
Siège de présidence Le siège du prêtre qui préside l'assemblée et dirige sa prière Dans le chœur, tourné vers le peuple, dans l'axe du sanctuaire
Cathèdre Le siège de l'évêque, signe de son autorité épiscopale Dans le chœur d'une cathédrale, et d'elle seule
Crédence La table de service où l'on prépare le calice, les burettes et les vases sacrés Sur le côté du chœur, près de l'autel sans être l'autel
Chaire La tribune élevée d'où prêchait le prédicateur, souvent coiffée d'un abat-voix Accrochée à un pilier, au milieu de la nef. Hors d'usage liturgique aujourd'hui
Lutrin Porter les livres de plain-chant des choristes, pas les lectures Au milieu du chœur, chez les chanteurs. Souvent un aigle aux ailes déployées
Pupitre Support de lecture mobile, sans fonction liturgique propre Partout, et justement : le Missel refuse qu'il tienne lieu d'ambon
Jubé Clôture très ornée séparant le chœur de la nef, surmontée d'une galerie d'où on lisait l'Évangile À l'entrée du chœur. Presque tous détruits au XVIIe siècle
Retable À l'origine un gradin pour poser les objets, devenu une grande composition peinte ou sculptée Derrière l'autel, adossé au mur ou au chevet
Stalles Les sièges du clergé pour l'office, rangés en vis-à-vis Autour du chœur, le long des murs, dans les églises de chapitre et les abbatiales
Confessionnal Le meuble où le prêtre entend la confession du pénitent et donne l'absolution Dans un bas-côté ou une chapelle latérale, à l'écart
Chandeliers Porter les cierges requis par la célébration, pour la vénération et le caractère festif Sur l'autel ou autour de lui
Chandelier du cierge pascal Porter le cierge pascal, le grand cierge allumé à la Vigile de Pâques, qui brûle tout le temps pascal Dans le chœur. ⓘ Les textes lus ici fixent sa durée, pas sa place exacte
Bancs et chaises La place des fidèles, pensée pour qu'ils puissent voir, entendre et changer de posture Dans la nef
Prie-Dieu Un siège bas à accoudoir et agenouilloir, pour la prière personnelle Dans les chapelles latérales, devant une statue, ou chez les particuliers

Une précaution de lecture sur la troisième colonne. Pour quatre meubles seulement, la place est fixée par un texte : l'autel à distance du mur (n. 299), l'ambon fixe et pensé selon l'architecture du lieu (n. 309), le siège de présidence dans l'axe du sanctuaire et tourné vers le peuple (n. 310), la chaire au milieu de la nef et du côté gauche, selon le lexique liturgique. Pour tous les autres, la colonne décrit l'usage que vous rencontrerez, pas une norme : aucun des textes lus ici ne prescrit où doivent se tenir les stalles, le confessionnal, le lutrin ou les prie-Dieu, et les emplacements varient beaucoup d'une église à l'autre.

Trois meubles ne sont pas dans ce tableau parce qu'ils ont chacun leur article sur ce blog, et qu'il serait absurde de les résumer ici en deux lignes : le bénitier, posté à l'entrée, le tabernacle, où la sainte Eucharistie est conservée et dont notre article sur le ciboire détaille le contenu, et les fonts baptismaux, la cuve du baptême. Quant aux parties du bâtiment, la nef, le transept, l'abside, le chevet, elles relèvent d'un autre vocabulaire : commencez par nos différents styles d'église, qui apprennent à lire une église du roman au moderne.

L'autel, le meuble central

Le mot vient du latin altare, de la racine altus, qui veut dire élevé : l'autel est d'abord le haut lieu, le point de jonction entre Dieu et le monde, selon le Dictionnaire de Liturgie de Dom Robert Le Gall, servi par le lexique liturgique de la Conférence des évêques. C'est pourquoi on bâtit les sanctuaires sur les montagnes, et pourquoi on monte à l'autel.

Ce qu'il est : un sacrifice et une table à la fois

Le Missel romain refuse de choisir entre les deux images, et c'est tout l'intérêt de sa définition. Au numéro 296, l'autel est le lieu « où le sacrifice de la croix est rendu présent sous les signes sacramentels », et il est « aussi la table du Seigneur à laquelle, dans la messe, le peuple de Dieu est invité à participer ». Un autel de sacrifice et une table de repas, le même meuble. Si vous avez déjà entendu discuter de savoir lequel des deux mots est le bon, la réponse du texte est : les deux.

Fixe ou mobile, et pourquoi la pierre

Le Missel distingue l'autel fixe et l'autel mobile par un critère très concret, au numéro 298 : est fixe l'autel « construit de telle sorte qu'il adhère au pavement et qu'il ne puisse donc pas être déplacé », mobile celui qu'on peut déplacer. Toute église devrait avoir un autel fixe, parce qu'il signifie « de manière claire et permanente le Christ Jésus, Pierre vivante ». Le numéro 301 veut que la table d'un autel fixe soit en pierre, et même en pierre naturelle, la conférence des évêques du pays pouvant autoriser un autre matériau digne et solide.

Le numéro 299 explique la disposition qui vous saute aux yeux dans presque toutes les églises depuis cinquante ans : l'autel est avancé, à distance du mur, pour qu'on puisse en faire le tour et célébrer face au peuple. Et le numéro 303 ajoute la règle qui crée les églises à deux autels : dans une église ancienne où l'ancien autel ne peut être déplacé sans dommage pour sa valeur artistique, on en édifie un nouveau, et c'est sur lui seul que l'on célèbre. L'ancien reste visible, sans ornementation particulière, pour ne pas distraire l'attention.

Pourquoi un autel contient parfois des reliques

C'est la question qu'on nous pose le plus souvent sur l'autel, et le texte y répond en deux phrases, au numéro 302. L'usage n'est pas de mettre les reliques dans l'autel, mais sous l'autel : « Il est opportun de garder l'usage de déposer sous l'autel à dédicacer des reliques de saints, même non martyrs. » Trois précisions se lisent dans cette seule phrase. L'usage est recommandé, pas imposé, donc beaucoup d'autels n'en contiennent aucune. Les reliques peuvent être celles de saints non martyrs, ce qui n'a pas toujours été le cas. Et la phrase suivante impose une prudence qui dit beaucoup sur l'histoire du commerce des reliques : « On veillera cependant à vérifier l'authenticité de ces reliques. »

Ce qu'on pose dessus, et rien d'autre

Le numéro 306 donne une liste close, ce qui est rare dans ce document. Sur la table de l'autel, on ne met que l'Évangéliaire du début de la célébration jusqu'à la proclamation de l'Évangile, puis, de la présentation des dons à la purification, le calice avec la patène, le ciboire si c'est nécessaire, le corporal, le purificatoire, la pale et le missel. Rien de plus, en dehors de ce qu'il faut pour amplifier la voix, à disposer discrètement.

Deux objets très visibles n'y figurent donc pas et vivent ailleurs. Les burettes attendent à la crédence : nous avons détaillé leur place et l'inventaire exact de la crédence dans notre article sur les burettes liturgiques. L'ostensoir et l'encensoir ne sont pas des meubles de l'autel non plus. En revanche, le numéro 304 demande au moins une nappe blanche, et le numéro 308 une croix portant l'effigie du Christ crucifié, sur l'autel ou à proximité, bien visible de l'assemblée, et qui devrait y demeurer même en dehors des célébrations.

L'ambon, le lieu de la Parole, et ce n'est pas un pupitre

Voici le point sur lequel presque toutes les pages du web s'arrêtent trop tôt. On lit partout que l'ambon est un pupitre surélevé. C'est vrai en première approximation, et c'est même ce que dit le glossaire de la Conférence des évêques, qui définit l'ambon comme un « podium ou pupitre surélevé, placé à l'entrée du chœur d'une église ». Mais le Missel romain, lui, oppose formellement les deux mots.

Ce que le Missel exige au numéro 309

Le numéro 309 est le seul texte à lire si vous ne lisez qu'un numéro. Il part de la dignité de la parole de Dieu, qui « requiert qu'il y ait dans l'église un lieu adapté à sa proclamation », puis il tranche : « Il convient en règle générale que ce lieu soit un ambon fixe et non un simple pupitre mobile. » Suit une liste d'exclusivité : « C'est uniquement de l'ambon que sont proclamés les lectures, le psaume responsorial et l'annonce de la Pâque », l'homélie et les intentions de la prière universelle pouvant également s'y dire. Et une règle d'accès : « La dignité de l'ambon exige que seul le ministre de la Parole y monte. » Le numéro 118 ajoute un détail d'usage qui en découle : c'est à l'ambon qu'on prépare le lectionnaire, pendant que le missel se prépare près du siège du prêtre. Un nouvel ambon se bénit, comme l'autel, selon le rite prévu par le Rituel romain.

Trois caractères distinguent donc l'ambon de n'importe quel support de lecture : il est fixe, il est réservé à la Parole, et on y monte. Un pupitre qu'on roule dans le chœur pour l'occasion n'est pas un ambon, même s'il porte le lectionnaire, et même s'il est beau.

D'où vient le mot, et la tribune d'Esdras

Le mot vient du grec anabaïnein, qui signifie monter : l'ambon est l'emplacement surélevé où montent ceux qui ont à faire une lecture. Le lexique liturgique précise que dans l'antiquité, l'ambon était « le lieu de la Parole, réservé aux lecteurs et aux chantres », et il fait remonter le geste bien avant le christianisme, au retour de l'Exil : le livre de Néhémie raconte que le scribe Esdras, pour lire la Loi devant tout le peuple, se tenait sur une tribune de bois construite tout exprès, et qu'il dominait l'assemblée (Néhémie 8, 4 et 5, traduction officielle liturgique). L'ambon n'est pas un meuble pratique devenu symbolique : il est un lieu symbolique qui se trouve être pratique.

Ambon, chaire, lutrin, pupitre : les quatre, enfin séparés

Les quatre mots désignent des objets dont trois ressemblent à un support de lecture. Voici ce qui les sépare réellement.

Meuble Pour qui, pour quoi Statut aujourd'hui
Ambon Le ministre de la Parole. Lectures, psaume, annonce de la Pâque, homélie possible Fixe et obligatoire en règle générale (n. 309). Se bénit avant usage
Chaire Le prédicateur, pour le sermon. Au milieu de la nef, en hauteur Conservée comme patrimoine, hors d'usage liturgique : on prêche de l'ambon ou du siège
Lutrin Les choristes. Il porte les livres de plain-chant, pas les lectures Toujours en usage là où un chœur chante sur de grands livres
Pupitre N'importe qui, n'importe quel papier. Aucune fonction liturgique propre Le Missel refuse explicitement qu'il tienne lieu d'ambon

Le lutrin mérite une phrase de plus, parce que c'est lui qu'on photographie le plus souvent en croyant photographier un ambon. Le glossaire de la Conférence des évêques le définit comme un « pupitre monumental de bois ou de métal, fixe ou mobile, destiné à présenter les livres de plain-chant aux choristes », et ajoute le détail qui permet de le reconnaître à coup sûr : « Il a souvent la forme d'un aigle aux ailes déployées servant d'appui aux livres ouverts. » Si le meuble que vous regardez est un aigle, c'est un lutrin, et il n'a jamais servi à proclamer l'Évangile dans la liturgie romaine actuelle.

Le siège de présidence, et la cathèdre de l'évêque

Le fauteuil du chœur a lui aussi son numéro, le 310, et une consigne qui surprend. Le siège du prêtre célébrant « doit être le signe de la fonction de celui qui préside l'assemblée et dirige sa prière », donc tourné vers le peuple et situé dans l'axe du sanctuaire. Puis vient la phrase qui tranche un vieux débat de mobilier : « On évitera toute apparence de trône. » Le texte prévoit deux exceptions à la position centrale, l'une pratique, quand la distance rend la communication difficile, l'autre d'aménagement, quand le tabernacle se trouve derrière l'autel, au milieu.

Le même numéro place les sièges des concélébrants dans le chœur, celui du diacre près de celui du prêtre, et demande que les sièges des autres ministres se distinguent clairement de ceux du clergé. Un seul siège d'église porte un nom à lui : la cathèdre. Le glossaire de la Conférence des évêques la définit, du latin cathedra, chaise, comme le siège de l'évêque dans sa cathédrale, d'où il préside les cérémonies, et comme le signe de son autorité épiscopale. C'est elle qui donne son nom au bâtiment : une cathédrale est l'église qui abrite une cathèdre.

La crédence, la table de service

La crédence est la table posée sur le côté du chœur où l'on prépare tout ce qui servira à la messe. Le mot vient du latin credere, croire, parce que la crédence était la table où l'on goûtait les mets avant de les offrir aux convives, donc en toute confiance. Le Missel en donne l'inventaire complet au numéro 118 : le calice, le corporal, le purificatoire, la pale, la patène et les ciboires si nécessaire, le pain de la communion, les burettes avec le vin et l'eau, le vase d'eau à bénir pour l'aspersion, et ce qu'il faut pour se laver les mains.

Nous ne redétaillons pas ici ce que porte la crédence, parce que notre article sur les burettes liturgiques le fait déjà numéro par numéro, avec le parcours complet des deux flacons de la sacristie à l'offertoire. Retenez seulement la hiérarchie : la table de l'autel porte une liste close de sept objets, la crédence porte tout le reste.

La chaire, et pourquoi on n'y prêche plus

C'est le meuble le plus photographié des églises françaises, et le plus silencieux : un escalier de pierre ou de bois accroché à un pilier de la nef, une cuve sculptée, et au-dessus un dais en forme de coquille. Vous ne verrez jamais personne y monter.

Les deux sens du mot

Le mot a une histoire en deux temps, que le lexique liturgique raconte à l'entrée « Chaire ». À l'origine, la chaire n'est pas une tribune, c'est un siège : « Originellement, il s'agit du siège de l'évêque dans les liturgies solennelles : siège de présidence, chaire d'enseignement. » C'est ce sens qui survit dans la fête de la Chaire de saint Pierre, célébrée le 22 février, et dans l'expression « chaire d'université ». Dans ce premier sens, chaire et cathèdre sont le même objet.

« Plus tardivement », continue le texte, « on a désigné, par le nom de chaire, la tribune élevée et ornée qui, au milieu de la nef, du côté gauche, était le lieu de la prédication ». Le glossaire de la Conférence des évêques décrit la même chose avec son accessoire : une tribune élevée d'où parle le prédicateur, « souvent surmontée d'un abat-voix qui rabat le son vers l'auditoire ». L'abat-voix est l'ancêtre du micro : dans une nef de pierre sans sonorisation, un dais au-dessus de la tête rabat la voix vers l'auditoire au lieu de la laisser se perdre dans les voûtes, et c'est exactement la fonction que le glossaire lui prête. Notez au passage la position que le lexique précise, « au milieu de la nef, du côté gauche » : la chaire n'est pas dans le chœur. Elle place le prédicateur au milieu de l'assemblée, et non devant elle.

Pourquoi elle est hors d'usage

La réponse tient en une phrase du même lexique, et elle est plus intéressante qu'un décret : « On a retrouvé actuellement la coutume ancienne de prêcher à partir de l'ambon ou du siège de présidence. » Le glossaire de la Conférence des évêques décrit le même mouvement, dans les deux sens : « La chaire a remplacé l'ambon qui était dans le chœur. Actuellement on est revenu à l'ambon. » Il n'y a donc pas eu abolition de la chaire au profit d'une nouveauté : il y a eu un aller et retour. L'ambon antique a cédé la place à la chaire, puis la chaire a rendu la place à l'ambon, et le numéro 309 a scellé le retour en réservant la proclamation à l'ambon. Les chaires restent en place comme éléments de patrimoine, souvent protégées, et c'est très bien ainsi.

Le jubé, le meuble que la France a presque entièrement perdu

Si vous n'avez jamais vu de jubé, c'est normal : il n'en reste qu'une poignée en France. C'est pourtant le meuble le plus imposant que nos églises aient jamais porté.

Ce que c'était, et d'où vient ce nom étrange

Le glossaire de la Conférence des évêques en donne la définition et l'étymologie, qui vaut le détour. Le jubé est une « clôture très ornée séparant le choeur de la nef et surmontée d'une galerie », qui « séparait la nef, où se tenaient les fidèles, du chœur réservé au clergé ». Et son nom n'est pas un nom d'objet : c'est le premier mot d'une phrase. « Jubé » vient du latin Jube, domine, benedicere, « Daignez, Seigneur, nous bénir », la formule que le diacre adresse au célébrant avant de proclamer l'Évangile. On a appelé le meuble d'après la phrase qu'on y prononçait, parce que c'est de sa galerie qu'on chantait l'Évangile.

Apparu à la fin du XIIe siècle, disparu au XVIIe

La même page donne les deux bornes : le jubé « apparaît à la fin du XIIème siècle et disparaît au XVIIème », et les jubés « ont presque tous été détruits ». Le diocèse de Paris, dont la page relaie une vidéo, montre l'un des survivants les plus célèbres, le jubé de Saint-Étienne-du-Mont, à Paris.

Un mot d'honnêteté sur les causes, parce que c'est là que les pages se laissent aller. Vous lirez souvent que le concile de Trente a ordonné la destruction des jubés. Les deux pages officielles que nous avons lues ne le disent pas, et nous n'allons pas l'écrire à leur place. Ce qu'elles attestent est plus sobre et déjà suffisant : un meuble qui a tenu quatre siècles a été massivement démonté au XVIIe. Et une coïncidence de dates se remarque sans qu'on ait besoin de la transformer en explication, puisque c'est la même page officielle qui la donne pour le retable : le jubé disparaît au XVIIe siècle, et c'est aux XVIIe et XVIIIe siècles que le retable « prend de l'importance » et devient une œuvre d'art. Un jubé fait écran ; un retable est fait pour être vu. Nous nous arrêtons là, parce que la suite demanderait des sources d'histoire de l'art que nous n'avons pas lues. Ce qui a disparu dans l'opération, en revanche, est certain et c'est le plus intéressant : la séparation visible entre le clergé et les fidèles.

Le retable, derrière l'autel

Le retable est ce grand décor de bois doré ou de pierre qui monte derrière l'autel, peuplé de colonnes, de niches et de statues. Le glossaire de la Conférence des évêques raconte qu'il a commencé beaucoup plus modestement : à l'origine, « un simple meuble de bois ou de pierre placé derrière l'autel », dont la fonction semble utilitaire, des gradins destinés à recevoir des objets liturgiques. Les retables se développent à partir du Moyen Âge en prenant une dimension décorative liée à la fonction religieuse, leur iconographie évoquant la vie du Christ, de la Vierge et des saints. Et c'est aux XVIIe et XVIIIe siècles que le retable prend de l'importance et devient une véritable œuvre d'art.

Retable ou triptyque : la différence

La question revient souvent et la confusion est facile, parce que beaucoup de retables célèbres sont des triptyques. Les deux mots ne décrivent pourtant pas la même chose : le retable désigne la place et la fonction, le triptyque désigne la forme. Le glossaire définit le triptyque comme un « tableau sur trois panneaux dont les deux extérieurs se replient sur celui du milieu ». Autrement dit : est retable ce qui se tient derrière l'autel, quelle que soit sa forme ; est triptyque ce qui se compose de trois panneaux repliables, où qu'il se trouve. Un retable peut être un triptyque, un triptyque peut être un retable, et aucun des deux n'implique l'autre. Un retable de pierre fixe à cinq registres n'est pas un triptyque, et un petit triptyque de dévotion portatif n'est pas un retable.

Une remarque d'aménagement, et nous la donnons pour ce qu'elle est, une hypothèse de lecture et non une cause attestée par nos sources. Le Missel romain demande aujourd'hui, au numéro 299, un autel « érigé à une distance du mur qui permette d'en faire aisément le tour et d'y célébrer face au peuple », et il envisage au numéro 303 le cas de l'ancien autel « dont la situation rend difficile la participation du peuple ». Ces deux phrases décrivent en creux la disposition antérieure : un autel contre le mur. Dans cette disposition, tout l'espace au-dessus de l'autel appartenait au regard de l'assemblée, et l'on comprend sans peine qu'un grand décor y ait trouvé sa place. C'est aussi, cette fois en toute certitude parce que le numéro 303 le dit, la raison pour laquelle tant d'églises françaises ont deux autels : quand l'ancien ne peut être déplacé sans porter atteinte à sa valeur artistique, on en édifie un nouveau, et c'est sur lui seul que l'on célèbre. L'ancien reste en place, avec son retable, derrière.

Les stalles, le confessionnal, les bancs et les prie-Dieu

Les stalles

Le glossaire les définit en une ligne, et elle suffit : des sièges autour du chœur d'une église, pour l'usage du clergé. Deux mots de cette définition expliquent où vous les rencontrerez. « Autour du chœur », donc en vis-à-vis le long des murs, et non face à l'autel comme les bancs de la nef. Et « pour l'usage du clergé », ce qui les attache aux églises qui abritaient une communauté nombreuse : le même glossaire définit la collégiale comme l'église qui, sans être cathédrale, possède un chapitre de chanoines, et c'est là, avec les abbatiales et les cathédrales, que les ensembles de stalles les plus développés subsistent. Le même glossaire nomme à leur sujet les miséricordes, sans les décrire, et nous n'irons donc pas au-delà du mot.

Le confessionnal

Le glossaire le définit comme le « lieu ou meuble où le prêtre entend, à la lumière de la Parole de Dieu, la confession du pénitent et lui donne l'absolution », et il ajoute une évolution honnête : « On tend aujourd'hui, en beaucoup d'endroits, à choisir un lieu plus propice au dialogue entre le prêtre et le pénitent pour la célébration de ce sacrement. » Autrement dit, le meuble de bois à deux portes et à grille n'est plus le seul cadre possible, et le glossaire enregistre lui-même ce déplacement vers un lieu de dialogue. Si c'est le sacrement et non le meuble qui vous intéresse, nous avons écrit le déroulé complet dans comment se confesser.

Les bancs, les chaises, et une règle que personne ne cite

La place des fidèles a elle aussi son numéro, le 311, et il vaut mieux que son sujet ne le laisse croire. Le Missel demande qu'on l'aménage « avec tout le soin désirable », qu'on y mette ordinairement des bancs ou des chaises, et que leur disposition permette aux fidèles d'adopter facilement les postures de la célébration, debout, assis, à genoux, et de circuler pour la communion. Puis vient une phrase sèche, que l'on ne voit presque jamais citée : « On doit réprouver l'usage de réserver des sièges à certaines personnes privées. » Le texte ne dit pas contre quel usage précis il se dresse, et nous ne le devinerons pas à sa place. Il dit en revanche très clairement, en une ligne, qu'aucune place d'une église n'appartient à personne.

Les prie-Dieu

Le prie-Dieu est le petit siège bas à haut dossier, muni d'un accoudoir et d'un agenouilloir, qu'on trouve devant une statue ou dans une chapelle latérale. Ce n'est pas un meuble de la messe : c'est le meuble de la prière personnelle, celle qu'on fait avant ou après l'office, seul. C'est aussi le seul meuble de cette liste qui ait vraiment migré dans les maisons, et si c'est votre projet, notre guide pour faire un autel catholique chez soi dit ce qu'on y pose et ce qu'on n'y pose pas.

Les chandeliers et le cierge pascal

Les chandeliers ne sont pas un ornement facultatif. Le numéro 307 les dit « requis pour chacune des actions liturgiques », afin d'exprimer « notre vénération et le caractère festif de la célébration », et laisse le choix de l'emplacement : sur l'autel, ou autour de lui, en tenant compte de la structure du meuble et sans gêner la vue des fidèles sur ce qui se fait à l'autel.

Le grand chandelier isolé, parfois plus haut qu'un homme, porte le cierge pascal, allumé au feu nouveau à la Vigile de Pâques. Un mot de vocabulaire d'abord : son support n'a pas de nom propre dans les textes que nous avons lus, et il est plus juste de parler du chandelier du cierge pascal que d'un « chandelier pascal ». C'est le cierge qui est pascal, pas le pied.

Ce que le lexique liturgique fixe, d'après le Dictionnaire de Liturgie de Dom Robert Le Gall, c'est la durée et non la place. Le célébrant grave sur le cierge une croix, l'alpha et l'oméga, puis les quatre chiffres de l'année, et cinq grains d'encens peuvent y être implantés, en symbole des cinq plaies du Christ. Puis : « Tout au long des offices du temps pascal, le grand cierge continue de brûler », et « on ne l'éteint qu'au terme du temps de Pâques, le soir de la Pentecôte. » Si vous entrez dans une église et que ce grand cierge est allumé, vous savez donc où vous êtes dans l'année. Sa place exacte, en revanche, n'est fixée par aucun des textes que nous avons lus : elle varie, et on le voit le plus souvent dans le chœur. Pour la place du baptême parmi les autres sacrements, voyez notre guide des 7 sacrements de l'Église catholique.

Lire le mobilier, puis lire le bâtiment

Une fois les meubles nommés, il reste à nommer ce qui les abrite, et c'est un autre vocabulaire : la nef où se tiennent les fidèles, le transept qui la croise, le chœur, l'abside, le chevet, les bas-côtés. Nous ne l'abordons pas ici volontairement, parce que confondre les deux listes est la première cause d'erreur sur ce sujet. Le chœur n'est pas un meuble, c'est le lieu où se dresse l'autel, selon la définition même du glossaire de la Conférence des évêques. Pour le bâtiment, et pour apprendre à dater une église au premier coup d'œil, commencez par nos différents styles d'église, et pour ce qui éclaire tout cela, par à quoi servent les vitraux.

Et si c'est le livre que vous suivez des yeux pendant la messe qui vous intrigue plutôt que les meubles, c'est un missel : nous avons écrit ce qu'est un missel et comment il se distingue du lectionnaire posé à l'ambon.

Nous ne vendons pas de mobilier d'église

Disons-le franchement : il n'y a aucun pont commercial entre ce sujet et notre métier, et nous n'allons pas en inventer un. Un autel se taille, un ambon se conçoit avec la commission diocésaine d'art sacré, des stalles se restaurent par un ébéniste. Bijoux Chrétiens est une bijouterie chrétienne : nous ne vendons ni autel, ni ambon, ni prie-Dieu, et personne ne devrait acheter un bijou parce qu'il cherchait le nom d'un meuble.

Ce que nous faisons, c'est l'autre bout de la chaîne : le signe que l'on emporte quand on sort de l'église. Une croix, un collier croix, une médaille de saint, en acier inoxydable qui ne noircit pas ou en argent 925, livrés dans un écrin. Fabrication en Chine, nous l'écrivons sans détour. Si vous êtes venu pour le vocabulaire, repartez avec le vocabulaire : c'est déjà une bonne visite.

Questions fréquentes

Quels sont les noms du mobilier d'une église ?

Les meubles du culte portent chacun un nom précis. L'autel est le meuble central, table du Seigneur et lieu du sacrifice rendu présent. L'ambon est le lieu fixe de la proclamation de la Parole. Le siège de présidence est le fauteuil du prêtre qui préside, et la cathèdre celui de l'évêque dans sa cathédrale. La crédence est la table de service où l'on prépare le calice et les burettes. La chaire est l'ancienne tribune de prédication, le lutrin le pupitre monumental des choristes, souvent en forme d'aigle. Le jubé était la clôture ornée qui séparait le chœur de la nef, le retable la grande composition placée derrière l'autel, les stalles les sièges du clergé autour du chœur. S'y ajoutent le confessionnal, les chandeliers, les bancs ou les chaises des fidèles, et les prie-Dieu.

Quelle est la différence entre un ambon et un lutrin ?

Ce sont deux meubles différents, pour deux publics différents. L'ambon est le lieu de la Parole : le Missel romain, au numéro 309, veut un ambon fixe, réserve à lui seul la proclamation des lectures, du psaume responsorial et de l'annonce de la Pâque, et exige que seul le ministre de la Parole y monte. Le lutrin, selon le glossaire de la Conférence des évêques, est un « pupitre monumental de bois ou de métal, fixe ou mobile, destiné à présenter les livres de plain-chant aux choristes », et il a souvent la forme d'un aigle aux ailes déployées. Le premier sert à lire la Parole devant l'assemblée, le second à soutenir les grands livres de chant du chœur. Si le meuble a la forme d'un aigle, c'est un lutrin.

Quelle est la différence entre un ambon et un pupitre ?

Le Missel romain oppose les deux explicitement. Au numéro 309, il écrit : « Il convient en règle générale que ce lieu soit un ambon fixe et non un simple pupitre mobile. » Trois choses séparent donc l'ambon d'un pupitre. L'ambon est fixe, pensé en fonction de l'architecture de l'église et béni avant d'entrer en service. Il est réservé à la Parole, et à elle seule. Et on y monte, ce que le mot dit lui-même, puisque « ambon » vient du grec anabaïnein, monter. Un pupitre qu'on apporte dans le chœur pour l'occasion n'est pas un ambon, même s'il porte le lectionnaire.

Comment s'appelle la table dans une église ?

Tout dépend de laquelle. La table centrale, celle où le prêtre célèbre, est l'autel : le Missel romain l'appelle d'ailleurs lui-même « la table du Seigneur » au numéro 296. La petite table de service posée sur le côté du chœur, où l'on prépare le calice, les burettes et les vases sacrés avant la messe, s'appelle la crédence, du latin credere, croire. Les deux ne portent pas les mêmes objets : le numéro 306 donne une liste close de sept objets pour la table de l'autel, et le numéro 118 une liste beaucoup plus longue pour la crédence.

Comment s'appelle la nappe sur l'autel ?

Elle s'appelle simplement la nappe, ou nappe d'autel, et le mot vient du latin mappa, « serviette de table », selon le lexique liturgique de la Conférence des évêques. Le Missel romain, au numéro 304, demande qu'on mette sur l'autel où l'on célèbre au moins une nappe blanche, dont la forme, les dimensions et la décoration conviennent à la structure du meuble. Il ne faut pas la confondre avec le corporal, le petit linge carré que l'on déplie au centre de l'autel et sur lequel se posent le calice et la patène : la nappe souligne le symbolisme de la table du banquet eucharistique, tandis que le corporal évoque plutôt le linceul du Crucifié.

Comment s'appelle le meuble pour prier ?

C'est le prie-Dieu : un siège bas à haut dossier, muni d'un accoudoir pour les bras et d'un agenouilloir pour les genoux. On le trouve dans les chapelles latérales, devant une statue, et c'est le meuble de la prière personnelle, pas de la messe. Il ne faut pas le confondre avec les bancs de la nef, qui sont la place de l'assemblée pendant la célébration, ni avec l'agenouilloir fixé au banc qui précède, qui en remplit une partie de la fonction. C'est aussi le seul meuble d'église qui se soit vraiment installé chez les particuliers.

Vous avez les mots, maintenant

Vous êtes entré dans cet article avec un escalier accroché à un pilier et un aigle de cuivre dont vous n'aviez pas le nom. Vous en sortez avec les deux, et avec la seule distinction qui compte vraiment sur ce sujet : l'ambon est le lieu fixe de la Parole, le lutrin porte les livres des chanteurs, la chaire est l'ancienne tribune du sermon, et le pupitre mobile n'est aucun des trois. Le reste suit : la table close du numéro 306, les reliques déposées sous l'autel et non dedans, le jubé disparu au XVIIe siècle, et le retable qui a grandi à mesure que l'autel reculait vers le mur.

La prochaine visite se fera autrement. Vous nommerez les meubles, vous verrez quelle église a gardé sa chaire, laquelle a deux autels et pourquoi, et où le cierge pascal attend hors du temps de Pâques. Et si vous cherchez, pour vous ou pour un baptême, une communion ou une confirmation, le signe qui sort de l'église avec vous, découvrez nos croix et prenez le temps de choisir.

Nous ne vendons pas de mobilier d'église, mais des croix à porter

L'autel, l'ambon et les stalles sont affaire de menuisiers, de tailleurs de pierre et de commissions diocésaines d'art sacré. Notre métier est plus modeste : le signe que l'on garde sur soi en sortant de l'église.

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Acier inoxydable ou argent 925, livré dans son écrin.

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