Saints Innocents : la fête du 28 décembre
Sommaire
- Quelle est la date des saints Innocents ?
- Qui sont les saints Innocents ?
- Le massacre des saints Innocents dans l'Évangile
- Y a-t-il une trace de l'événement en dehors de l'Évangile ?
- Les saints Innocents, martyrs : pourquoi ce titre
- Saints Innocents : la signification de la fête
- Les trois jours qui suivent Noël, et le cas particulier de 2026
- Le 28 décembre, quel prénom est fêté
- Porter un signe, sans rien promettre que nous n'avons pas
- Une fête qui ne détourne pas les yeux
- Questions fréquentes
- Sources
Pourquoi l'Église place-t-elle un massacre d'enfants trois jours après Noël, dans la semaine la plus douce de l'année ? Que raconte exactement le texte, puisque personne ne le lit jamais en entier ? Et comment des tout-petits qui ne parlaient pas encore peuvent-ils être appelés des martyrs ?
Voici la réponse courte : les saints Innocents sont les enfants de Bethléem tués sur l'ordre d'Hérode, et l'Église les fête le 28 décembre, au rang de fête, en rouge. Nous vous donnons ici la date et le rang vérifiés sur deux sources indépendantes, le texte de Matthieu 2 tel que la traduction liturgique le sert, ce qu'il précise et les trois choses qu'il ne dit pas, la raison précise pour laquelle le Catéchisme parle de martyrs, et un fait de calendrier que presque aucune page ne donne : en 2026, cette fête est encadrée par deux jours qui ne ressemblent pas à ceux d'une année ordinaire.
En bref
- Fête le 28 décembre, au rang de fête, en rouge, la couleur des martyrs. Le rang est attesté deux fois : la page du jour de l'AELF et la ligne de l'ORDO 2026-2027 écrivent toutes les deux « Fête ».
- Le récit tient en six versets, Matthieu 2, 13-18, et c'est l'évangile de la messe du jour. Il raconte d'un seul tenant la fuite en Égypte de l'enfant qui échappe et la mort des enfants qui n'échappent pas.
- Le texte ne donne aucun nombre de victimes. Les mots « innocents » et « massacre » n'y figurent pas non plus : nous les avons comptés, ils sont à zéro dans le chapitre 2 de Matthieu.
- Le Catéchisme explique le titre de martyrs par le baptême du sang (n. 1258) : ceux qui subissent la mort en raison de la foi sans avoir reçu le baptême « sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ ».
- En 2026, le 28 décembre tombe un lundi et la fête est célébrée normalement, mais la fête de saint Jean, la veille, est omise, parce que le 27 décembre 2026 est un dimanche occupé par la Sainte Famille.
Quelle est la date des saints Innocents ?
C'est la question la plus tapée, et elle a une réponse nette. Les saints Innocents sont fêtés le 28 décembre, partout dans l'Église latine, au rang de fête. La date ne bouge pas d'une année sur l'autre : ce n'est pas une fête mobile accrochée à Pâques, c'est une date fixe du sanctoral, le quatrième jour de l'octave de Noël.
Nous avons vérifié ce rang par deux chemins indépendants, parce que sur ce genre de sujet une page sur deux écrit « mémoire » au hasard. La page du jour de l'AELF, qui publie la traduction officielle liturgique pour les pays francophones, sert pour le 28 décembre 2026 : « Les Saints Innocents, martyrs, Fête (semaine I dans le Psautier) ». Et la ligne du 28 décembre de l'ORDO 2026-2027 année B, le calendrier liturgique officiel publié pour les diocèses francophones, porte « LUNDI, Fête, Rouge : LES SAINTS INNOCENTS, MARTYRS ». Les deux concordent, et le mot « Fête » y est écrit en toutes lettres.
Ce que « fête » veut dire exactement
Le rang n'est pas un détail de sacristie, il commande ce qui se passe à l'église. Une fête se situe au-dessus d'une mémoire et en dessous d'une solennité. Concrètement, l'ORDO prescrit pour le 28 décembre le Gloria et la préface de la Nativité, et il assigne au jour ses trois lectures propres. Le même ORDO précise dans ses tableaux liminaires que, pour un dimanche, une solennité ou une fête, « il est normal que tous les textes de la messe soient en référence au mystère ou à la fête à célébrer », donc lectures, prières et antiennes au Propre.
La comparaison avec le lendemain rend la différence visible. Au 29 décembre, l'ORDO écrit « Blanc dans l'octave de la Nativité », puis pose « S. Thomas Becket, évêque et martyr » sur une ligne seule, sans aucun degré en regard. Or la note liminaire de l'ORDO dit : « Quand on n'indique pas le degré de célébration, il s'agit d'une mémoire facultative. » Un prêtre peut donc célébrer Thomas Becket le 29, ou ne pas le faire. Le 28, il n'a pas le choix : la fête des saints Innocents s'impose, et c'est ce que signifie un degré écrit.
Pourquoi le rouge et non le blanc
Le temps de Noël est un temps blanc. L'ORDO écrit « Blanc » au 25, au 27, au 29, au 30 et au 31 décembre. Deux jours seulement sortent du blanc dans cette semaine, et ce sont les deux fêtes de martyrs : le 26 pour saint Étienne et le 28 pour les saints Innocents, tous deux en rouge. Le rouge est la couleur liturgique du sang versé et de l'Esprit Saint. Il dit en une seule donnée visuelle ce que l'article qui suit met plusieurs paragraphes à expliquer : l'Église ne traite pas ces enfants comme des victimes dont on parle en passant, elle les traite comme des martyrs, avec la couleur qu'elle réserve à ceux qui ont témoigné par leur sang.
Qui sont les saints Innocents ?
Ce sont les enfants de Bethléem et de sa région tués sur l'ordre d'Hérode le Grand, peu après la naissance de Jésus, selon le récit de l'évangile de Matthieu. Ils n'ont pas de nom, pas de biographie, pas de procès de canonisation. Ils sont le seul groupe du calendrier romain à être honoré sans qu'on sache ni combien ils étaient, ni qui ils étaient.
La notice que le Martyrologe romain leur consacre, reproduite par Nominis, le sanctoral de l'Église catholique en France, est d'une sobriété qui vaut d'être citée telle quelle : « Petits enfants qui furent massacrés à Bethléem de Judée sur l'ordre du roi impie Hérode, pour que périsse avec eux l'enfant Jésus. Dès les premiers siècles de l'Église, ils ont été honorés comme martyrs, car ils sont les prémices de tous ceux qui devaient verser leur sang pour Dieu et pour l'Agneau de Dieu. » Deux informations utiles s'y trouvent. D'abord le mobile, qui est dans le texte de Matthieu : Hérode ne les visait pas, il visait l'enfant Jésus. Ensuite l'ancienneté du culte, « dès les premiers siècles », que la notice affirme sans donner de date.
Le mot « prémices » reparaît dans la liturgie du jour. L'antienne du psaume 32 à l'office des lectures chante : « Les enfants de Bethléem ont été rachetés d'entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l'Agneau. » L'image est tirée du vocabulaire du sacrifice et de la moisson : les prémices sont la première part, celle qu'on offre avant tout le reste. Si vous voulez le fond de cette expression, nous l'avons traitée ailleurs, dans notre article sur l'Agneau de Dieu et sa signification.
Le massacre des saints Innocents dans l'Évangile
Le récit est court. Il occupe six versets, Matthieu 2, 13-18, et c'est exactement l'évangile que l'Église fait lire à la messe du 28 décembre. Voici ce que sert la traduction officielle liturgique, sans coupe.
« Après leur départ, voici que l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu'à ce que je t'avertisse, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu'à la mort d'Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D'Égypte, j'ai appelé mon fils. Alors Hérode, voyant que les mages s'étaient moqués de lui, entra dans une violente fureur. Il envoya tuer tous les enfants jusqu'à l'âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages. Alors fut accomplie la parole prononcée par le prophète Jérémie : Un cri s'élève dans Rama, pleurs et longue plainte : c'est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus. »
La première chose à remarquer, c'est que la liturgie ne sépare pas les deux moitiés du récit. L'évangile du jour commence par la fuite en Égypte, donc par l'enfant qui échappe, et il finit par les enfants qui n'échappent pas. L'Église lit les deux ensemble, le même jour, sans adoucir ni l'un ni l'autre. Le psaume qui précède l'évangile va dans le même sens, et son antienne est presque déroutante une fois qu'on sait de quel jour il s'agit : « Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur » (psaume 123, 7). Nous rapportons ce que la liturgie met côte à côte, nous n'y ajoutons pas de commentaire.
Ce que le texte précise, et ce qu'il ne dit pas
Trois précisions, qui viennent toutes du verset 16 et qu'on déforme souvent :
- L'âge. Le texte dit « jusqu'à l'âge de deux ans », pas « les nouveau-nés ». Ce n'est pas la crèche de Noël, ce sont de très jeunes enfants, jusqu'à deux ans.
- Le lieu. « À Bethléem et dans toute la région », pas seulement dans le village.
- Le motif de l'âge retenu. « D'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages. » L'âge limite vient du calcul d'Hérode sur l'apparition de l'étoile, un détail que le texte prend soin de donner et que les récits abrégés suppriment presque toujours. Nous l'avons traité de l'autre côté, dans notre article sur l'Épiphanie et les mages, où le même chapitre 2 est lu depuis le point de vue des visiteurs.
Et trois choses que le texte ne dit pas, que nous avons vérifiées en comptant sur le chapitre entier servi par l'AELF :
- Aucun nombre de victimes. Le chapitre 2 de Matthieu ne contient aucun chiffre en dehors de la numérotation des versets. Les totaux qui circulent, quels qu'ils soient, ne viennent pas de là.
- Le mot « innocents » n'y est pas. Zéro occurrence dans le chapitre. Le nom de la fête vient de la liturgie et du Martyrologe, pas du récit.
- Le mot « massacre » n'y est pas non plus. Zéro occurrence également. C'est un titre de chapitre ajouté par les éditions et par l'histoire de l'art, pas un mot de l'évangéliste.
Rachel qui pleure, et les deux versets que Matthieu ne cite pas
Le verset 18 est une citation. Matthieu reprend le prophète Jérémie, et il s'arrête exactement sur la phrase la plus noire : « c'est Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, car ils ne sont plus. »
Nous sommes allés lire le passage source, Jérémie 31, dans la même traduction liturgique. Les deux versets qui suivent immédiatement celui que Matthieu cite disent autre chose. Jérémie 31, 16 : « Retiens le cri de tes pleurs et les larmes de tes yeux. Car il y a un salaire pour ta peine, oracle du Seigneur : ils reviendront du pays de l'ennemi. » Et le verset 17 : « Il y a un espoir pour ton avenir, oracle du Seigneur : tes fils reviendront sur leur territoire. »
Nous donnons ce constat comme un constat de lecture, et nous n'en tirons pas de thèse : Matthieu cite le verset du deuil inconsolable, et le texte qu'il cite continue, deux lignes plus loin, par une promesse de retour. On notera au passage que les mots ne sont pas identiques dans les deux passages servis par l'AELF, « ses enfants » chez Matthieu, « ses fils » chez Jérémie, ce qui est normal entre un original grec et un original hébreu traduits par la même équipe.
Y a-t-il une trace de l'événement en dehors de l'Évangile ?
C'est une question que beaucoup de lecteurs se posent, et nous préférons y répondre franchement plutôt que de l'éviter.
Dans les quatre évangiles, l'épisode ne se lit que chez Matthieu. Nous l'avons vérifié texte en main. Luc, le seul autre évangéliste à raconter l'enfance de Jésus, nomme bien « Hérode le Grand, roi de Judée » au premier chapitre (Luc 1, 5), mais il passe de la présentation au Temple au retour en Galilée sans rien dire du massacre : « Lorsqu'ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth » (Luc 2, 39). Marc ouvre son évangile sur la prédication de Jean le Baptiste, Jean sur le Prologue : ni l'un ni l'autre ne raconte la naissance de Jésus, donc aucun des deux n'a l'occasion d'aborder l'épisode.
Sur la portée historique de l'événement et sur son ampleur, soyons précis sur ce que nous pouvons écrire. Aucune des sources d'Église que nous avons consultées pour cet article ne donne de nombre de victimes : ni le texte de Matthieu, ni la notice du Martyrologe romain, ni la page de l'AELF, ni la notice de Vatican News pour le saint du jour. Quand une page vous annonce un total, elle ne le tient pas de ces sources. Au-delà, la question de l'étendue exacte des faits appartient aux historiens et se discute dans leurs travaux : nous ne la tranchons pas ici, parce que nous n'avons pas servi de source primaire qui le permette, et nous préférons vous le dire.
Ce qui est documenté, en revanche, c'est le culte. La notice du Martyrologe romain affirme que « dès les premiers siècles de l'Église, ils ont été honorés comme martyrs ». Et la notice de Vatican News pour le 28 décembre rapporte que le poète Prudence, au IVe siècle, les appelle déjà « flores martyrum », les fleurs des martyrs, dans un hymne de son Liber cathemerinon. La même notice écrit que la célébration a été élevée au rang de fête par la volonté de Pie V. Nous rapportons cette dernière information en l'attribuant, n'ayant pas trouvé le texte primaire qui l'établit.
Les saints Innocents, martyrs : pourquoi ce titre
C'est la vraie difficulté de cette fête, et l'Église ne l'esquive pas. Un martyr, au sens strict, est un témoin : quelqu'un qui a eu la possibilité de renier sa foi et qui a choisi de mourir plutôt que de le faire. Des enfants de moins de deux ans n'ont rien choisi. Ils n'ont pas témoigné, ils n'ont pas confessé, ils n'ont même pas su ce qui leur arrivait. Comment peuvent-ils être honorés comme martyrs ?
Le baptême du sang, tel que le Catéchisme le définit
La réponse doctrinale est dans le Catéchisme de l'Église catholique, au numéro 1258, dans la section consacrée à la nécessité du baptême. Nous la citons en entier parce qu'elle est courte et qu'elle décide tout : « Depuis toujours, l'Église garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement. »
Trois choses à retenir de cette phrase. Elle ne dit pas que ces morts sont un sacrement, elle dit explicitement le contraire : « sans être sacrement ». Elle affirme en revanche que ce baptême du sang « porte les fruits du Baptême ». Et elle met sur le même plan le baptême du sang et le désir du baptême, que le numéro suivant applique aux catéchumènes morts avant d'avoir reçu le sacrement. Le Catéchisme pose ici une règle générale, et les saints Innocents en sont le cas limite : tués en raison de celui que leur mort visait à atteindre.
Si vous voulez le dossier du sacrement lui-même, nous l'avons traité en propre dans notre article sur la médaille de baptême, qui explique ce que l'Église donne à un enfant ce jour-là et pourquoi l'usage d'offrir un signe durable s'est installé.
L'homélie que la liturgie fait lire ce jour-là
La réponse liturgique est plus ancienne que le Catéchisme, et elle est magnifique. À l'office des lectures du 28 décembre, l'Église ne fait pas lire un commentaire moderne : elle fait lire une homélie de saint Quodvultdeus aux catéchumènes, sur le Symbole, un évêque du Ve siècle. Le texte s'adresse directement à Hérode, à la deuxième personne, et il est d'une violence froide : « Pourquoi as-tu peur, Hérode, en apprenant la naissance du Roi ? Il ne vient pas pour te détrôner, mais pour triompher du diable. » Puis : « Tu assassines ces faibles corps parce que la peur assassine ton cœur. »
Et voici la phrase qui règle la question du titre de martyr : « Ces tout-petits meurent pour le Christ sans le savoir, les parents pleurent la mort de ces martyrs ; et ceux qui ne parlent pas encore, le Christ les rend capables d'être ses témoins. » L'homélie insiste un peu plus loin : « Par quels mérites ces enfants ont-ils obtenu d'être ainsi des vainqueurs ? Ils ne parlent pas encore, et ils confessent le Christ. »
Autrement dit, la tradition ne prétend pas que ces enfants ont choisi. Elle dit que le témoignage leur a été donné, et non produit par eux. C'est exactement ce que résume l'oraison de l'office du jour, qui est la prière la plus claire de toute la fête : « Puisqu'en ce jour, Seigneur, les saints Innocents ont annoncé ta gloire, non point par la parole, mais par leur seule mort ; fais que notre vie tout entière témoigne de la foi que notre bouche proclame. »
On remarquera que cette prière ne demande rien pour les enfants. Elle demande quelque chose pour celui qui prie : que sa vie entière témoigne de ce que sa bouche dit. Pour comprendre comment l'Église reconnaît officiellement un martyr aujourd'hui, et pourquoi ce chemin n'existait pas pour eux, nous avons détaillé la procédure dans notre article sur comment on devient saint.
Saints Innocents : la signification de la fête
La signification tient en une phrase que la liturgie construit par sa seule mise en place : la Nativité n'est pas un conte, et l'Église refuse de la lire en l'isolant de ce qui l'entoure.
Ce n'est pas une interprétation de notre part. Le 28 décembre 2016, jour de cette fête, le pape François a adressé une lettre aux évêques du monde entier qui porte exactement sur ce point. Il y écrit : « Les évangélistes ne se sont pas permis de travestir la réalité pour la rendre plus crédible ou plus désirable. Ils ne se sont pas permis de faire un discours beau mais irréel. » Et plus loin : « Contempler la crèche en l'isolant de la vie qui l'environne, ce serait faire de la Nativité une belle fable qui susciterait en nous de bons sentiments mais qui nous priverait de la force créatrice de la Bonne Nouvelle. » La lettre cite le même verset de Jérémie que Matthieu, et elle demande aux pasteurs de veiller aujourd'hui sur la vie des enfants.
La liturgie dit la même chose avec ses propres moyens, et elle le dit depuis bien plus longtemps. L'hymne de l'office du jour, au lieu de consoler, pose la question du lecteur sans la contourner : « Pourquoi ce lourd silence, Dieu caché, quand tombent sous le glaive les innocents ? » Une liturgie qui met cette question dans la bouche de l'assemblée, trois jours après Noël, n'a pas besoin qu'on la défende.
Pourquoi l'Église lit aussi l'Exode ce jour-là
Voici le détail que nous n'avons vu nulle part ailleurs, et c'est une des plus belles choses de cette fête. La lecture biblique de l'office des lectures du 28 décembre n'est pas tirée de l'Évangile, mais de l'Exode, chapitre 1, versets 8 à 16 et 22. L'AELF la titre « Meurtre des enfants des Hébreux en Égypte ». C'est le passage où un nouveau roi d'Égypte, inquiet du nombre des fils d'Israël, ordonne aux sages-femmes de tuer les garçons à la naissance, puis à tout son peuple : « Tous les fils qui naîtront aux Hébreux, jetez-les dans le Nil. »
L'Église met donc en vis-à-vis, le même jour, le pharaon qui fait tuer les enfants des Hébreux et Hérode qui fait tuer ceux de Bethléem. Et dans les deux récits, un enfant échappe : Moïse sauvé des eaux, Jésus emmené en Égypte. Le rapprochement n'est pas de nous, il est dans le choix des lectures du jour, et il explique pourquoi l'évangile de la messe commence par la fuite en Égypte plutôt que par le verset 16.
Les trois jours qui suivent Noël, et le cas particulier de 2026
La fête des saints Innocents n'est pas isolée. Les trois jours qui suivent immédiatement Noël portent trois fêtes de même rang, et la tradition latine les a longtemps appelées les compagnons du Christ. Voici ce que nous avons relevé sur les pages datées de l'AELF et sur l'ORDO 2026-2027, pour l'année 2026.
| Date en 2026 | Jour | Ce que l'Église célèbre | Rang | Couleur |
|---|---|---|---|---|
| 25 décembre | vendredi | La Nativité du Seigneur, premier jour de l'octave | Solennité | Blanc |
| 26 décembre | samedi | Saint Étienne, premier martyr | Fête | Rouge |
| 27 décembre | dimanche | La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph. L'ORDO ajoute : saint Jean, apôtre et évangéliste, on omet la fête | Fête | Blanc |
| 28 décembre | lundi | Les saints Innocents, martyrs | Fête | Rouge |
| 29 décembre | mardi | Dans l'octave de la Nativité. Saint Thomas Becket, sans degré indiqué | Mémoire facultative | Blanc |
Deux faits sortent de ce tableau, et ils sont mesurés, pas supposés.
Premier fait : en 2026, la fête de saint Jean n'est pas célébrée. Le 27 décembre 2026 est un dimanche, et un dimanche du temps de Noël l'emporte sur une fête de saint. La page de l'AELF pour ce jour sert « La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, Année B, Fête », et le nom de Jean n'y apparaît pas une seule fois. L'ORDO est encore plus explicite, puisqu'il écrit noir sur blanc, entre parenthèses, sous la ligne du 27 : « S. Jean, apôtre et évangéliste. On omet la fête. » Nous avons traité sa fête et ce fait de calendrier en détail dans notre article sur saint Jean l'apôtre et sa fête du 27 décembre.
Second fait : les saints Innocents, eux, ne sautent pas. Le 28 décembre 2026 tombe un lundi, aucune célébration ne lui dispute la place, et la fête se célèbre normalement, en rouge. Ceux qui cherchent la liturgie du jour la trouveront donc à sa place. C'est un point qui mérite d'être dit, parce que la règle de préséance qui efface saint Jean cette année là pourrait faire croire que toute la série est bousculée.
Pour situer n'importe quelle fête de ce genre dans l'année, nous tenons à jour un repère général dans notre calendrier des saints, et le cheminement qui conduit à Noël est détaillé dans notre article sur l'Avent.
Le 28 décembre, quel prénom est fêté
La question revient dans les recherches, et la réponse est simple. Le prénom fêté le 28 décembre est Innocent, selon le bloc « Prénoms fêtés » de Nominis, le sanctoral de la Conférence des évêques de France, qui ajoute à cette date la forme Kenya. Le prénom Innocent est aujourd'hui très rare en France, beaucoup moins dans les pays d'Afrique francophone.
Attention à une confusion fréquente, que les recherches font remonter : le 28 décembre n'est pas la fête d'un saint nommé Innocent. Les papes Innocent Ier, Innocent V et Innocent XI, ou encore Innocent de Berzo et Innocent d'Irkoutsk, sont des saints distincts, fêtés à d'autres dates ; Nominis en recense neuf homonymes. Les saints Innocents du 28 décembre sont un groupe anonyme, et leur nom n'est pas un prénom mais une qualification.
Si vous cherchez quoi offrir pour une fête de prénom ou pour la fête d'un saint patron, nous avons écrit un guide dédié à la fête du saint patron.
La fête des saints Innocents en espagnol, et la confusion qu'elle crée
Les recherches associées à ce sujet font remonter deux objets qui n'ont rien à voir avec la fête liturgique : une coutume espagnole de farces au 28 décembre, et un film espagnol qui porte ce titre. Nous ne les racontons pas, et nous préférons vous dire pourquoi : aucune des sources d'Église que nous avons consultées pour cet article, ni l'AELF, ni Vatican News, ni Nominis, ni l'Église catholique en France, ne documente l'origine de cette coutume. Nous n'écrivons pas une histoire que nous ne pouvons pas servir. Si vous êtes arrivé ici en cherchant le 1er avril espagnol, ce n'est pas le bon article, et c'est la réponse la plus honnête que nous puissions vous donner.
Porter un signe, sans rien promettre que nous n'avons pas
Disons les choses nettement. Il n'existe pas de médaille des saints Innocents, et nous n'allons pas vous en inventer une. Une médaille de saint suppose une dévotion nominative, une iconographie reconnaissable et un patronage ; les saints Innocents n'ont ni nom, ni visage, ni patronage attribué. Les représentations qui existent sont des œuvres d'art sur l'épisode, pas des objets de piété personnelle.
Ce qui reste juste, en revanche, c'est le signe que cette fête met au centre. Le 28 décembre est un jour rouge, la couleur des martyrs, et le signe des martyrs est la croix. C'est le seul pont honnête entre cette fête et un objet qu'on porte : si cette journée vous touche, c'est une croix qu'elle désigne, pas une médaille à l'effigie de personne. Vous trouverez nos modèles dans notre collection de bijoux croix, et les saints que nous gravons vraiment, nommément, dans notre collection de médailles de saints.
Il y a un second prolongement, et il est doctrinal plutôt que commercial. Le Catéchisme explique le titre de martyr de ces enfants par le baptême du sang, c'est-à-dire par ce que le baptême donne. Le jour où l'Église fête des enfants qu'elle tient pour baptisés dans leur mort est aussi un bon jour pour se souvenir de ce qu'elle donne aux enfants vivants : le sacrement, et souvent le signe durable qui l'accompagne. Nos pièces pour cette occasion sont regroupées dans la collection baptême. Découvrez-les si c'est votre besoin du moment, sans aucune urgence : une fête de martyrs n'est pas une opération commerciale.
Une fête qui ne détourne pas les yeux
Vous aviez deux questions en arrivant, et voici où elles tombent. La date et le rang sont fermes : le 28 décembre, au rang de fête, en rouge, attesté par la page du jour de l'AELF et par la ligne de l'ORDO 2026-2027, et en 2026 cette fête se célèbre normalement, un lundi, alors que celle de saint Jean, la veille, est omise. Le titre de martyr a lui aussi une réponse écrite : le Catéchisme au numéro 1258 parle de baptême du sang, l'homélie que la liturgie fait lire ce jour-là dit que « ceux qui ne parlent pas encore, le Christ les rend capables d'être ses témoins », et l'oraison du jour demande, non pas pour eux mais pour nous, que notre vie entière témoigne de ce que notre bouche proclame.
Ce qui reste, après avoir tout vérifié, c'est la décision de l'Église de garder ce récit dans la semaine de Noël plutôt que de le reléguer ailleurs dans l'année. Trois jours après la crèche, elle fait lire le pharaon qui fait jeter les enfants dans le Nil, Hérode qui envoie tuer ceux de Bethléem, et Rachel qui refuse d'être consolée. Une foi qui tient ce passage dans sa plus belle semaine n'a pas besoin qu'on lui épargne les textes difficiles.
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Questions fréquentes
Quel saint est fête le 28 décembre ?
Le 28 décembre, l'Église célèbre les saints Innocents, martyrs, les enfants de Bethléem tués sur l'ordre d'Hérode selon Matthieu 2, 13-18. La page du jour de l'AELF et l'ORDO 2026-2027 écrivent tous les deux « Fête », et la couleur liturgique est le rouge, celle des martyrs. Ce n'est pas la fête d'un saint nommé Innocent, mais celle d'un groupe anonyme d'enfants.
Quelle est la date des saints Innocents ?
Le 28 décembre, chaque année, sans variation. C'est une date fixe du sanctoral, située dans l'octave de Noël, dont l'ORDO marque le premier jour au 25 décembre et le huitième au 1er janvier. En 2026, le 28 décembre tombe un lundi et la fête se célèbre normalement.
Quelle est la signification de la fête des Saints Innocents ?
Elle signifie que l'Église refuse de lire la Nativité en la coupant de ce qui l'entoure. Trois jours après Noël, elle fait proclamer la fuite en Égypte et la mort des enfants de Bethléem, et elle fait lire à l'office le passage de l'Exode où le pharaon ordonne de tuer les enfants des Hébreux. Le pape François l'a formulé en 2016 dans sa lettre aux évêques du 28 décembre : « Contempler la crèche en l'isolant de la vie qui l'environne, ce serait faire de la Nativité une belle fable. »
Qui sont les Saints Innocents ?
Les enfants de Bethléem et de sa région, jusqu'à l'âge de deux ans, tués sur l'ordre d'Hérode le Grand qui cherchait l'enfant Jésus. Le Martyrologe romain les décrit comme « petits enfants qui furent massacrés à Bethléem de Judée sur l'ordre du roi impie Hérode, pour que périsse avec eux l'enfant Jésus », et ajoute qu'ils sont honorés comme martyrs « dès les premiers siècles de l'Église ». Ni leur nombre, ni leurs noms ne sont donnés par les textes.
Quel prénom est célébré le 28 décembre ?
Le prénom Innocent, auquel Nominis, le sanctoral de l'Église catholique en France, ajoute la forme Kenya. Il ne faut pas confondre ce prénom avec les saints homonymes, dont trois papes nommés Innocent, qui sont fêtés à d'autres dates.
Qu'est-ce que la fête des innocents ?
C'est la fête liturgique catholique du 28 décembre, au rang de fête, en honneur des enfants de Bethléem tués par Hérode. Attention à une confusion fréquente : en espagnol, le « Día de los Santos Inocentes » désigne aussi une coutume de farces à la même date, dont nous n'avons trouvé aucune source d'Église documentant l'origine, et que nous ne traitons donc pas.
Sources
- AELF, messe du 28 décembre 2026, zone France : la page sert « Les Saints Innocents, martyrs, Fête (semaine I dans le Psautier) », la première lecture 1 Jn 1, 5 à 2, 2, le psaume 123 (124) avec son antienne « Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur » et l'évangile Mt 2, 13-18 « Hérode envoya tuer tous les enfants de Bethléem ».
- AELF, évangile selon saint Matthieu, chapitre 2 : le texte intégral de la fuite en Égypte et du récit, dont le verset 16 et sa précision « d'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages », et le verset 18 qui cite Jérémie sur Rachel.
- AELF, office des lectures du 28 décembre 2026 : la lecture biblique du jour est Ex 1, 8-16.22 « Meurtre des enfants des Hébreux en Égypte », la lecture patristique est l'« Homélie de S. Quodvultdeus aux catéchumènes, sur le Symbole », les antiennes des psaumes 2 et 32 et l'oraison « non point par la parole, mais par leur seule mort ».
- ORDO 2026-2027 année B, calendrier romain pour les diocèses francophones, publié par liturgie.catholique.fr : la ligne du 28 décembre « LUNDI, Fête, Rouge : LES SAINTS INNOCENTS, MARTYRS », la mention du 27 « S. Jean, apôtre et évangéliste. On omet la fête », les jours de l'octave de Noël et la note liminaire sur le degré de célébration.
- Catéchisme de l'Église catholique, n. 1258, la nécessité du baptême : « ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement ».
Également consultés et cités en clair dans l'article, sans lien, le plafond de cinq liens d'autorité étant atteint : la lettre du pape François aux évêques à l'occasion de la fête des saints Innocents, du 28 décembre 2016, sur vatican.va ; la fiche « Saints Innocents » de Nominis, sanctoral de l'Église catholique en France, qui reproduit la notice du Martyrologe romain, porte le bloc de dates « 28 décembre, Fête » et la liste des prénoms fêtés ; la notice du saint du jour du 28 décembre de Vatican News, pour Prudence et son « flores martyrum » et pour l'élévation au rang de fête sous Pie V ; la traduction officielle liturgique de l'AELF pour Jérémie 31, 15-17, Luc 1, 5, Luc 2, 39, Marc 1 et Jean 1 ; et les pages datées de l'AELF du 26 et du 27 décembre 2026, qui servent « Saint Etienne, premier martyr, Fête » et « La Sainte Famille de Jésus, Marie et Joseph, Année B, Fête ».
Nos sources
- AELF, messe du 28 décembre 2026, zone France : la page du jour sert « Les Saints Innocents, martyrs, Fête (semaine I dans le Psautier) », avec la première lecture 1 Jn 1, 5 - 2, 2 « Le sang de Jésus nous purifie de tout péché », le psaume 123 (124) et son antienne « Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur », et l'évangile Mt 2, 13-18 « Hérode envoya tuer tous les enfants de Bethléem » (nouvelle fenêtre) Église officielle, traduction officielle liturgique
- AELF, évangile selon saint Matthieu, chapitre 2 : le texte intégral de la fuite en Égypte et du massacre, dont le verset 16 « Il envoya tuer tous les enfants jusqu'à l'âge de deux ans à Bethléem et dans toute la région, d'après la date qu'il s'était fait préciser par les mages » et le verset 18 qui cite Jérémie sur Rachel (nouvelle fenêtre) Église officielle, traduction officielle liturgique
- AELF, office des lectures du 28 décembre 2026 : la lecture biblique du jour est Ex 1, 8-16.22, « Meurtre des enfants des Hébreux en Égypte », la lecture patristique est l'« Homélie de S. Quodvultdeus aux catéchumènes, sur le Symbole », les antiennes des psaumes 2 et 32, et l'oraison « les saints Innocents ont annoncé ta gloire, non point par la parole, mais par leur seule mort » (nouvelle fenêtre) Église officielle, traduction officielle liturgique
- ORDO 2026-2027 année B, calendrier romain, publié par le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle : la ligne du 28 décembre porte « LUNDI, Fête, Rouge : LES SAINTS INNOCENTS, MARTYRS, Gloria, préface de la Nativité », celle du 27 ajoute « S. Jean, apôtre et évangéliste. On omet la fête », le 25 décembre est marqué premier jour de l'octave de Noël et le 1er janvier son huitième, et la note liminaire précise que l'absence de degré indiqué signale une mémoire facultative (nouvelle fenêtre) Église officielle, liturgie.catholique.fr
- Catéchisme de l'Église catholique, n. 1258, sur la nécessité du baptême : « Depuis toujours, l'Église garde la ferme conviction que ceux qui subissent la mort en raison de la foi, sans avoir reçu le Baptême, sont baptisés par leur mort pour et avec le Christ. Ce Baptême du sang, comme le désir du Baptême, porte les fruits du Baptême, sans être sacrement » (nouvelle fenêtre) Magistère, Saint-Siège
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