Comment devient-on saint : béatification et canonisation
Sommaire
- Qu'est-ce que ça veut dire canonisation ?
- Les quatre titres, de Serviteur de Dieu à saint
- Comment faire pour devenir un saint ?
- Quelles sont les conditions pour être canonisé ?
- Quelle est la différence entre béatifié et canonisé ?
- La canonisation équipollente, sans miracle ni procès ordinaire
- L'Église ne fabrique pas un saint, elle le constate
- Combien de temps cela prend : huit cas réels
- Porter le nom d'un ami, pas une amulette
- Quatre titres, trois voies, deux miracles, un seul juge
- Questions fréquentes
- Sources
Vous lisez la vie d'un saint, et une question reste toujours en suspens : qui a décidé qu'il en était un ? Pourquoi certains restent-ils « bienheureux » pendant des siècles ? Et pourquoi faut-il attendre cinq ans, deux miracles et un dossier de plusieurs centaines de pages pour un homme dont tout le monde disait déjà qu'il était un saint de son vivant ?
Voici la réponse courte : on ne devient pas saint par décision de Rome, on le devient en vivant, et l'Église ne fait que le constater après la mort, au terme d'une enquête en quatre titres. Serviteur de Dieu à l'ouverture de la cause, Vénérable quand les vertus héroïques sont reconnues, Bienheureux quand un premier miracle est reconnu, Saint quand un second l'est après la béatification. Nous vous donnons ici chaque étape avec le texte qui la règle, les trois voies qui mènent à la béatification dont une n'existe que depuis 2017, et la distinction que presque personne ne tient : entre un bienheureux et un saint, ce qui change n'est pas le degré de sainteté, c'est l'étendue du culte autorisé.
En bref
- Quatre titres, dans cet ordre : Serviteur de Dieu, Vénérable, Bienheureux, Saint. C'est l'échelle que le Dicastère des Causes des Saints publie lui-même.
- Un délai de cinq ans après la mort est requis, pour ne pas confondre la réputation de sainteté avec un enthousiasme passager. Le pape peut en dispenser, et il l'a fait pour Mère Teresa et pour Jean-Paul II.
- Trois voies mènent à la béatification : les vertus héroïques, le martyre, et depuis 2017 l'offrande de la vie. Seul le martyre dispense du miracle.
- Deux miracles en tout : un pour être déclaré bienheureux, un second, postérieur à la béatification, pour être déclaré saint.
- La vraie différence entre bienheureux et saint est juridique : le culte du bienheureux est limité à un lieu, un diocèse ou une famille religieuse, celui du saint est permis dans l'Église entière.
- Tous les baptisés qui sont au ciel sont des saints. La canonisation n'en désigne que quelques-uns, nommément, pour les donner en modèles.
Qu'est-ce que ça veut dire canonisation ?
Le mot vient du canon, la liste. Canoniser, c'est inscrire un nom sur une liste : celle des saints que l'Église propose à la vénération de tous, et qui s'appelle le martyrologe romain. Le Service national de la pastorale liturgique le définit comme « l'acte solennel par lequel le pape décrète qu'un serviteur de Dieu, déjà compté parmi les bienheureux, doit être inscrit au catalogue des saints et vénéré dans l'Église universelle ».
Retenez les deux mots qui portent toute la définition. « Déjà compté parmi les bienheureux » : on ne canonise jamais directement, la béatification est devenue un degré indispensable du parcours. Et « Église universelle » : c'est là, et nulle part ailleurs, que se joue la différence avec la béatification.
Canonisation, synonyme et faux amis
Il n'existe pas de vrai synonyme de « canonisation » dans le vocabulaire de l'Église : on dit parfois « élévation aux autels » ou « inscription au catalogue des saints », qui sont des périphrases, pas des équivalents. Attention surtout à un homonyme qui n'a aucun rapport avec les saints : la « canonisation de la Bible », ou plus exactement la fixation du canon des Écritures, désigne la constitution de la liste des livres reconnus comme inspirés. Même mot, même idée de liste, sujet entièrement différent.
Différence entre béatification et sanctification
La confusion est fréquente et elle vaut la peine d'être levée. La sanctification n'est pas un acte de l'Église, c'est l'œuvre de Dieu dans une vie. Le Catéchisme le dit dans l'ordre : l'Église « unie au Christ, est sanctifiée par Lui ; par Lui et en Lui elle devient aussi sanctifiante » (n. 824). La sanctification commence au baptême et se poursuit toute la vie, chez tout le monde, sans dossier. La béatification, elle, est un acte juridique du pape, après la mort, qui autorise un culte public et limité. On peut donc être sanctifié sans jamais être béatifié, et c'est même le cas de l'immense majorité.
Les quatre titres, de Serviteur de Dieu à saint
C'est le tableau que personne ne vous donne, et c'est le cœur du sujet. Chaque titre correspond à une chose précise que l'Église a reconnue, et à un droit précis qui en découle pour les fidèles. Le confondre avec une échelle de mérite est l'erreur la plus répandue.
| Titre | Ce que l'Église a reconnu | Culte public autorisé |
|---|---|---|
| Serviteur de Dieu | Rien encore. Une cause est ouverte, une enquête commence. | Aucun. Les célébrations et les panégyriques en son honneur sont même expressément interdits. |
| Vénérable | L'héroïcité des vertus, le martyre ou l'offrande de la vie, par décret du pape. | Aucun. Sa vie est proposée en exemple, mais elle n'est pas objet de culte. |
| Bienheureux | Un miracle obtenu par son intercession, sauf dans une cause de martyre. | Oui, mais limité : une ville, un diocèse, une région, une famille religieuse. |
| Saint | Un second miracle, survenu après la béatification. | Oui, dans l'Église entière, avec inscription au martyrologe romain. |
Serviteur de Dieu : la cause est ouverte, rien de plus
Dès qu'un postulateur demande à un évêque d'ouvrir l'enquête, la personne dont on espère la canonisation est appelée serviteur de Dieu. Le titre ne dit rien de sa sainteté : il dit seulement qu'un dossier existe. Et le motu proprio de 2017 est très net sur ce qu'il n'autorise pas : « Il est interdit de faire, dans les églises, des célébrations ou des panégyriques en l'honneur des serviteurs de Dieu dont la sainteté de vie est encore soumise à un légitime examen. » Même en dehors des églises, il faut éviter ce qui laisserait croire que la canonisation est acquise.
Vénérable : les vertus reconnues, sans culte
Quand le pape signe le décret reconnaissant l'héroïcité des vertus, le serviteur de Dieu devient Vénérable. L'Église catholique en France en donne la définition la plus utile : c'est un titre « proposé en exemple aux chrétiens, mais sans être cependant l'objet d'un culte ». Vous pouvez donc vous inspirer d'un vénérable, pas lui dédier un autel. L'exemple français le plus connu est Robert Schuman, l'un des artisans de la construction européenne, déclaré vénérable par le pape François le samedi 19 juin 2021 par un décret reconnaissant précisément l'héroïcité de ses vertus.
Bienheureux : un culte, mais pas partout
La béatification est, selon la formule du Service national de la pastorale liturgique, « l'acte solennel par lequel le pape déclare qu'un culte public peut être accordé à un serviteur de Dieu, selon les modalités prévues et dans des lieux déterminés ». Le Dicastère des Causes des Saints emploie les mêmes termes : un culte « public et ecclésiastique non universel », limité à des lieux, des diocèses, des groupes religieux particuliers. Depuis 1971, la cérémonie est présidée par le pape lui-même, ce qui la rend extérieurement presque indistinguable d'une canonisation. C'est l'une des raisons de la confusion générale.
Saint : le culte devient universel
Avec la canonisation, écrit la même source, « la sentence est définitive, et le culte étendu à toute l'Église ». Le Dicastère parle d'un acte par lequel le pape déclare « en forme définitive et solennelle » qu'un fidèle peut être publiquement vénéré par l'Église entière. Concrètement, le saint entre au martyrologe, il peut recevoir une fête au calendrier, des églises peuvent porter son nom, et sa vénération n'a plus de frontière. Ce n'est pas un supplément de sainteté, c'est un changement de périmètre.
Comment faire pour devenir un saint ?
Si la question porte sur la procédure, la réponse est : rien, de son propre fait. Personne ne candidate à la sainteté, et personne n'est canonisé de son vivant. Ce que l'on peut faire, en revanche, c'est vivre d'une manière que l'Église reconnaîtra ensuite comme l'une de trois choses. Le Dicastère les nomme explicitement comme les trois portes d'entrée de l'enquête diocésaine.
Les vertus héroïques
C'est la voie ordinaire, celle de ceux qui ont témoigné de la foi sans y laisser la vie. Le mot « héroïque » est technique et il mérite sa définition exacte, que donne l'Église catholique en France : l'héroïcité signifie « un don de soi total et durable dans l'amour ». Les deux adjectifs comptent autant l'un que l'autre. Il ne s'agit pas d'un exploit ponctuel mais d'une constance, vérifiable sur une vie entière par des témoins et des écrits. C'est la voie qu'a finalement suivie Charles de Foucauld, dont la cause avait d'abord été instruite sous l'angle du martyre.
Le martyre
Le Dicastère le définit comme le fait d'avoir été tué pour avoir défendu sa foi au Christ, ou pour avoir défendu la vie d'autres chrétiens. Le martyre est la seule voie qui dispense du miracle pour la béatification, et la raison en est donnée sans détour : « le martyre témoigne déjà d'une aide spéciale reçue de Dieu ». Attention cependant à l'erreur de lecture la plus courante : cette dispense ne vaut que pour la béatification. Pour la canonisation, le texte est formel, il faut « un miracle nouveau intervenu après la béatification et cela même dans une cause de martyre ».
L'offrande de la vie, la voie ouverte en 2017
Le 11 juillet 2017, le pape François a créé une troisième voie par le motu proprio Maiorem hac dilectionem, dont le titre reprend les mots de l'Évangile de Jean : « Nul n'a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis. » Elle concerne ceux qui ont offert leur vie pour autrui, en acceptant librement une mort certaine et proche, sans être pour autant tués en haine de la foi. L'article 1 est explicite : c'est « un nouvel élément de l'iter de béatification et de canonisation, qui se distingue des éléments sur le martyre et sur l'héroïcité des vertus ».
Le texte pose cinq critères cumulatifs : l'offrande libre et volontaire de la vie avec l'acceptation héroïque d'une mort certaine et à court terme, le lien entre cette offrande et une mort prématurée, l'exercice au moins ordinaire des vertus chrétiennes avant et jusqu'à la mort, l'existence d'une renommée de sainteté et de signes au moins après la mort, et la nécessité du miracle pour la béatification.
À savoir : l'offrande de la vie ne dispense pas du miracle
C'est l'erreur que l'on lit partout, y compris dans des articles sérieux : l'offrande de la vie serait, comme le martyre, un chemin sans miracle. C'est faux, et le texte lui-même le dit à son article 2, lettre e : il exige « la nécessité du miracle pour la béatification, ayant eu lieu après la mort du serviteur de Dieu et par son intercession ». L'offrande de la vie n'allège pas la preuve, elle ouvre une porte supplémentaire à des vies qui n'entraient dans aucune des deux autres catégories.
Quelles sont les conditions pour être canonisé ?
La procédure qui suit est celle fixée par la constitution apostolique Divinus perfectionis Magister, donnée par Jean-Paul II le 25 janvier 1983, et par les Normae servandae du 7 février de la même année. Elle a remplacé un édifice qui remontait à Sixte V et à Urbain VIII. Voici ses étapes, dans l'ordre réel.
Le délai de cinq ans, et la dispense du pape
Rien ne peut commencer avant cinq ans après la mort. Le motif de ce délai est explicite et il est plus intelligent qu'il n'y paraît : il s'agit « de ne pas confondre la réputation de sainteté avec un enthousiasme populaire passager ». Une émotion collective retombe en cinq ans, une réputation de sainteté, non.
Mais ce délai est dispensable, et le pape seul en décide. Il l'a fait, note l'Église catholique en France, pour Mère Teresa de Calcutta et pour Jean-Paul II. Dans les deux cas, la réputation était massive, documentée et immédiate, et l'attente n'aurait rien ajouté à l'enquête.
L'enquête diocésaine
Tout part du diocèse, pas de Rome. Un postulateur, désigné par ceux qui demandent la cause, apporte à l'évêque du lieu une information précise sur la vie du serviteur de Dieu et les motifs qui plaident pour sa cause. L'évêque fait alors, dans cet ordre : examiner les écrits publiés par des censeurs théologiques, puis, si rien n'y est contraire à la foi et aux bonnes mœurs, collecter les écrits non publiés, lettres et journaux compris, et tous les documents utiles. Les témoins proposés par le postulateur et ceux appelés d'office sont ensuite entendus. Un promoteur de justice contrôle la régularité de l'ensemble.
Deux détails de procédure disent tout du sérieux de l'exercice. L'enquête sur les miracles présumés est menée séparément de celle sur les vertus, l'offrande de la vie ou le martyre : on ne mélange pas les preuves. Et les témoignages recueillis sont déposés à Rome qu'ils soient favorables ou non, car une relation historique doit être faite « sans omettre ce qui pourrait sembler contraire ou moins favorable à la cause ». L'évêque joint enfin une déclaration sur l'absence de culte, selon les décrets d'Urbain VIII.
La phase romaine et le positio
À Rome, le dossier entre au Dicastère des Causes des Saints. Un sous-secrétaire vérifie d'abord que le droit a été respecté au diocèse, et c'est seulement ensuite qu'un rapporteur est désigné. Avec un collaborateur extérieur, ce rapporteur rédige le positio, la position sur les vertus, sur l'offrande de la vie ou sur le martyre, « dans le respect des règles de la critique historico-hagiographique ». Ce n'est pas une plaidoirie, c'est un travail d'historien.
Le positio est ensuite soumis aux consulteurs historiens, puis aux consulteurs théologiens, qui votent. En face du postulateur, un promoteur de la foi apporte les arguments contraires : c'est un vrai procès contradictoire, et c'est à cette fonction que l'expression populaire d'« avocat du diable » renvoyait autrefois. Les votes définitifs et les conclusions du promoteur de la foi passent devant les cardinaux et évêques membres du Dicastère, dont l'avis est transmis au pape. La taille de ces dossiers n'est pas anecdotique : le positio de dom Columba Marmion, béatifié en 2000, forme un volume de 366 pages, dépositions, examens médicaux et photocopies des actes comprises.
Le miracle, et qui le reconnaît
Un miracle, au sens de cette procédure, est un fait prodigieux, le plus souvent une guérison physique, inexplicable dans l'état actuel de la science et lié à la prière par l'intercession du serviteur de Dieu. Il est examiné en trois réunions successives et de niveau différent : celle des experts, un groupe de médecins quand il s'agit d'une guérison, celle des théologiens, enfin celle des cardinaux et évêques. Si tous sont favorables, le dossier arrive sur la table du pape qui, seul, reconnaît le miracle et décide de la béatification.
Deux précisions utiles. Depuis 1983, un seul miracle est requis pour la béatification, là où la procédure ancienne en demandait plusieurs. Et un miracle n'est pas forcément une guérison : la cause de Marguerite Bays a retenu un fait d'alpinisme survenu en 1940, la survie inexplicable d'un séminariste inexpérimenté dont la cordée avait été précipitée dans le vide, cordeau sectionné sans trace de roche ni de glace. Un conseil de techniciens réuni à Rome a conclu à l'unanimité qu'aucune explication rationnelle n'en rendait compte. Elle a été béatifiée en 1995. Pour la canonisation de saint Juan Grande en 1996, c'est une multiplication de riz en faveur des pauvres qui a été retenue.
Et le second miracle peut lui aussi être dispensé
Voilà le point que les tableaux récapitulatifs oublient toujours. Le passage de bienheureux à saint demande normalement un nouveau miracle, postérieur à la béatification. Mais le pape peut en dispenser « en considération d'autres circonstances suffisamment parlantes », et François l'a fait pour la canonisation du pape Jean XXIII. Autrement dit, la règle des deux miracles est la règle, pas une mécanique : au bout de la chaîne, il y a toujours un acte libre du souverain pontife, et cela vaut aussi pour le délai de cinq ans.
Quelle est la différence entre béatifié et canonisé ?
Si vous ne retenez qu'une phrase de cet article, prenez celle du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, parce qu'elle tranche net : « Avec la première, le culte d'un nouveau bienheureux est concédé à une cité, un diocèse, une région ou une famille religieuse : avec la canonisation, la sentence est définitive, et le culte étendu à toute l'Église. »
Ce n'est donc pas une question de degré. Un bienheureux n'est pas un demi-saint, et un saint n'est pas un bienheureux promu pour bonne conduite. Les deux sont, dans la foi de l'Église, auprès de Dieu. Ce qui diffère, c'est l'étendue du culte que l'Église autorise publiquement et le caractère définitif de la sentence. Un bienheureux béatifié pour un diocèse est honoré là, et pas à l'autre bout du monde ; un saint peut être honoré partout.
Cette différence a une conséquence pratique que vous pouvez observer vous-même. Dans beaucoup de régions, des bienheureux ont une fête locale que le calendrier général ignore. Si vous cherchez quel saint fêter à quelle date, notre calendrier des saints mois par mois suit le calendrier universel, celui des canonisés.
La canonisation équipollente, sans miracle ni procès ordinaire
Il existe une forme beaucoup plus rare, réservée à des figures anciennes qui font déjà l'objet d'un culte légitime depuis très longtemps. On l'appelle canonisation équipollente, ou confirmation de culte. Le pape inscrit le nom au calendrier des saints sans qu'aucun miracle soit requis, en tenant compte de la renommée des miracles rapportés par des auteurs dignes de foi, et l'étude du dossier est confiée aux historiens du Dicastère. La canonisation se fait alors par la publication d'une bulle, sans cérémonie, mais avec tous les effets d'une vraie canonisation.
L'exemple le plus parlant est sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179), canonisée par Benoît XVI le 7 octobre 2012, le jour même où il lui donnait le titre de docteur de l'Église. Neuf siècles de culte continu valaient mieux qu'un procès. Ne vous fiez pas aux listes qui affirment qu'il n'y a eu que deux cas depuis 1588 : ce décompte circule encore, il vient d'une source de 2002, et il a été dépassé depuis, Hildegarde en 2012 puis des canonisations équipollentes de saints canadiens célébrées à Rome en octobre 2014 en témoignent.
L'Église ne fabrique pas un saint, elle le constate
C'est le renversement de perspective qui change tout, et il est écrit noir sur blanc dans le Catéchisme au numéro 828. En canonisant, dit-il, « l'Église reconnaît la puissance de l'Esprit de sainteté qui est en elle ». Le verbe est « reconnaître », pas « conférer ». Une canonisation n'ajoute rien à l'intéressé : elle constate ce qui a eu lieu, et elle en tire une conséquence pour nous, qui recevons un modèle et un intercesseur.
Le Dicastère dit la même chose par l'autre bout, en décrivant le premier maillon de la chaîne : tout commence par la réputation de sainteté, « c'est le peuple qui soulève les saints ». Avant le postulateur, avant l'évêque, avant Rome, il y a des gens qui prient quelqu'un et qui disent que cela marche. Le reste de la procédure ne sert qu'à vérifier si ce jugement spontané tient devant les documents, les témoins et les médecins.
Tous les saints, et les quelques-uns qu'on nomme
Dernière confusion à lever, et c'est la plus importante. Dans le vocabulaire du Nouveau Testament, les saints ne sont pas une élite, ce sont les baptisés. Le Catéchisme le rappelle au numéro 823 : l'Église est « le Peuple saint de Dieu » et ses membres « sont appelés saints ». Il ajoute au numéro 825 que tous ceux qui croient au Christ, « quels que soient leur condition et leur état de vie, sont appelés par Dieu chacun dans sa route, à une sainteté dont la perfection est celle même du Père », et au numéro 826 que « la charité est l'âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés ».
Autrement dit : la canonisation ne crée pas les saints, elle en nomme quelques-uns. Les autres, l'immense majorité, sont ceux que l'on fête ensemble le 1er novembre, et c'est exactement le sens de cette fête : notre article sur la Toussaint et sa signification explique pourquoi elle honore « tous les saints, connus et inconnus ».
Combien de temps cela prend : huit cas réels
Les chiffres sont la meilleure réponse à l'idée que la procédure serait un tampon administratif. Entre le plus rapide et le plus lent de ces huit cas, l'écart est de vingt-six à un. Les dates de chaque ligne viennent de notre article consacré à la personne, accessible depuis son nom, sauf celle de Carlo Acutis qui vient de la notice du Dicastère.
| Saint | Mort | Canonisation | Écart entre les deux années |
|---|---|---|---|
| Carlo Acutis | 2006 | 2025 | 19 ans |
| Louis IX | 1270 | 1297 | 27 ans |
| Thérèse de Lisieux | 1897 | 1925 | 28 ans |
| Padre Pio | 1968 | 2002 | 34 ans |
| Catherine Labouré | 1876 | 1947 | 71 ans |
| Charles de Foucauld | 1916 | 2022 | 106 ans |
| Rita de Cascia | 1457 | 1900 | 443 ans |
| Jeanne d'Arc | 1431 | 1920 | 489 ans |
Ce que ce tableau montre, et qu'aucune règle ne dit, c'est que la durée dépend de deux choses qui n'ont rien à voir avec la sainteté : la vitalité de la dévotion et l'état des archives. Padre Pio a parcouru les trois dernières marches en cinq ans, vénérable en 1997, bienheureux en 1999, saint en 2002, parce que les témoins étaient vivants et le dossier énorme. Jeanne d'Arc a attendu cinq siècles, non par réticence mais parce qu'il a d'abord fallu annuler un procès et reconstituer une histoire.
Pourquoi Jean-Paul II est-il canonisé ?
Parce que son dossier a suivi les mêmes étapes que les autres, simplement très vite. Le délai de cinq ans a été dispensé, puis il a été béatifié le 1er mai 2011 par Benoît XVI, et canonisé le 27 avril 2014 par le pape François, le même jour que Jean XXIII. Les homélies de ces deux célébrations figurent au site du Saint-Siège, et celle de 2011 est intitulée « Béatification du Serviteur de Dieu Jean-Paul II », ce qui rappelle au passage le titre qu'il portait jusque-là. Il n'y a donc pas de régime spécial pour un pape : il y a eu une renommée immédiate, une dispense de délai, et deux miracles reconnus dans les formes.
Porter le nom d'un ami, pas une amulette
Nous vendons des bijoux chrétiens, alors soyons francs sur ce que cet article a à voir avec eux : rien, sauf l'essentiel. Il n'existe pas de médaille de la canonisation, et nous n'allons pas vous en inventer une. Ce qui existe, c'est la raison pour laquelle on porte une médaille de saint depuis mille ans, et cet article vous l'a donnée sans y toucher.
Si l'Église prend cinq ans de délai, deux enquêtes séparées, un procès contradictoire et deux miracles pour inscrire un nom au martyrologe, c'est que ce nom n'est pas décoratif. Un saint canonisé est quelqu'un dont l'Église affirme publiquement qu'il est auprès de Dieu et qu'on peut lui demander d'intercéder. Porter sa médaille, ce n'est donc pas porter un porte-bonheur : c'est porter le nom de quelqu'un, comme on garde la photo d'un proche dans son portefeuille.
Nos médailles de saints reprennent cette tradition, en acier inoxydable qui ne noircit pas ou en argent 925, dans un écrin, avec leur origine écrite noir sur blanc. Si c'est le signe commun à tous les saints que vous cherchez plutôt qu'un nom, nos bijoux croix rassemblent nos modèles pour femme, homme et enfant, et nos colliers croix sont livrés avec leur chaîne, prêts à être offerts pour un baptême, une communion ou une confirmation.
Quatre titres, trois voies, deux miracles, un seul juge
Nous avions promis deux choses. La première : chaque étape avec le texte qui la règle. Vous les avez, de la constitution de 1983 au motu proprio de 2017 et au Catéchisme au numéro 828, et vous pouvez les vérifier vous-même par les liens ci-dessous. La seconde : la distinction que personne ne tient. Elle tient en une ligne : entre un bienheureux et un saint, ce qui change est l'étendue du culte autorisé, pas le degré de sainteté.
Et le mot de la fin revient au Catéchisme, parce qu'il remet tout à l'endroit. L'Église, en canonisant, « reconnaît ». Elle ne fabrique pas des saints, elle en désigne quelques-uns pour que les autres sachent que c'est possible. Vous en êtes, si vous êtes baptisé, et aucun dossier ne sera jamais ouvert sur votre cas.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un saint et un bienheureux ?
La différence n'est pas un degré de sainteté, c'est l'étendue du culte public que l'Église autorise. Le culte d'un bienheureux est concédé à une cité, un diocèse, une région ou une famille religieuse ; avec la canonisation, la sentence devient définitive et le culte est étendu à toute l'Église, avec inscription au martyrologe romain. Dans la foi de l'Église, les deux sont auprès de Dieu.
Quelles sont les conditions pour être canonisé ?
Être mort depuis au moins cinq ans, sauf dispense du pape. Avoir une réputation de sainteté. Avoir été reconnu vénérable, par l'héroïcité des vertus, le martyre ou l'offrande de la vie. Avoir été béatifié après la reconnaissance d'un premier miracle, dont le martyre dispense. Puis obtenir un second miracle, survenu après la béatification, dont le pape peut lui aussi dispenser. Chaque étape est tranchée par le pape seul.
Est-il possible d'être canonisé de son vivant ?
Non. La procédure est entièrement posthume : le délai de cinq ans court à partir de la mort, l'enquête porte sur une vie achevée, et le miracle exigé pour la béatification doit avoir eu lieu, selon les termes du motu proprio de 2017, « après la mort du serviteur de Dieu et par son intercession ». Une personne vivante dont on dit qu'elle est un saint est, dans le vocabulaire exact, simplement quelqu'un qui n'a encore aucun titre.
Qui est le dernier saint canonisé ?
La réponse change à chaque célébration, c'est pourquoi la liste qui fait foi est celle que publie le Dicastère des Causes des Saints. À ce jour, les plus récentes qu'il recense sont les canonisations du 7 septembre 2025, Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis, mort à quinze ans le 12 octobre 2006, puis celles du 19 octobre 2025, qui ont proclamé sept saints dont Ignace Maloyan, Peter To Rot et Bartolo Longo, le fondateur du sanctuaire du Rosaire de Pompéi.
Comment être saint selon la Bible ?
L'Écriture ne décrit pas une procédure, elle donne un commandement, et il est deux fois le même. Le Lévitique le formule ainsi : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19, 2). Et la première lettre de Pierre le reprend pour les chrétiens : « à l'exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu'il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint » (1 P 1, 15-16). La sainteté biblique est donc une ressemblance à acquérir dans la conduite ordinaire, pas un titre à obtenir.
Quels sont les 10 principes pour grandir en sainteté ?
Il faut le dire franchement : cette liste de dix n'existe pas comme texte officiel de l'Église. Elle circule sous forme de reprises d'entretiens et de messages pontificaux, utiles mais sans valeur de référence. Le document de l'Église qui traite précisément de ce sujet est l'exhortation apostolique Gaudete et exsultate du pape François, 19 mars 2018, « sur l'appel à la sainteté dans le monde actuel ». Et si vous voulez le principe unique dont tous les autres dépendent, le Catéchisme le donne au numéro 826 : « la charité est l'âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés ».
Sources
- Catéchisme de l'Église catholique, nn. 823 à 828 : les membres de l'Église « sont appelés saints » (823), l'Église sanctifiée et sanctifiante (824), l'appel universel « chacun dans sa route » (825), « la charité est l'âme de la sainteté à laquelle tous sont appelés » (826), et le n. 828 sur la canonisation comme reconnaissance, non comme fabrication.
- François, lettre apostolique en forme de motu proprio Maiorem hac dilectionem, 11 juillet 2017 : l'offrande de la vie comme troisième voie distincte du martyre et des vertus héroïques (art. 1), les cinq critères de l'art. 2 dont l'exigence du miracle à la lettre e, le renvoi à Divinus perfectionis Magister et aux Normae servandae du 7 février 1983 (art. 3), et l'interdiction des panégyriques publics pour un serviteur de Dieu (art. 36 modifié).
- Église catholique en France, « Comment devient-on un Bienheureux ou un Saint ? », par le père Luc-Marie Lalanne : les trois voix requises, l'héroïcité définie comme « un don de soi total et durable dans l'amour », le délai de cinq ans et sa dispense pour Mère Teresa et Jean-Paul II, le promoteur de justice, le procès contradictoire romain, la dispense du second miracle pour Jean XXIII, et la canonisation équipollente de sainte Hildegarde de Bingen le 7 octobre 2012.
- Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, « Béatification et canonisation », d'après le père Jean Evenou : la différence de fond entre culte concédé à une cité et culte étendu à toute l'Église, le seul miracle requis depuis 1983, le martyre qui en dispense pour la béatification mais pas pour la canonisation, les trois réunions d'examen du miracle, le positio de 366 pages de dom Columba Marmion, le miracle non médical de Marguerite Bays et la multiplication de riz de saint Juan Grande.
- Dicastère des Causes des Saints, « I passi del cammino verso la santità » (en italien) : l'échelle officielle des quatre titres, le départ dans la réputation de sainteté avec la formule « c'est le peuple qui soulève les saints », les définitions des trois voies, et la béatification comme culte « public et ecclésiastique non universel » face à une vénération par l'Église entière. Le même site publie les listes officielles de canonisations pontificat par pontificat.
- Jean-Paul II, constitution apostolique Divinus perfectionis Magister, 25 janvier 1983, François, constitution apostolique Praedicate Evangelium, 19 mars 2022, art. 98 à 102, qui nomme désormais le dicastère « Dicastère des Causes des Saints », Église catholique en France, notice de glossaire « Vénérable » et Robert Schuman déclaré vénérable le 19 juin 2021, les homélies pontificales du 1er mai 2011, du 27 avril 2014, du 12 octobre 2014, du 7 septembre 2025 et du 19 octobre 2025 au site du Saint-Siège, et AELF pour Lv 19, 2 et 1 P 1, 15-16 : cités en clair, sans lien, sous le plafond de cinq liens d'autorité.
Nos sources
- Catéchisme de l'Église catholique, nn. 823 à 828 : les membres de l'Église sont appelés « saints » (823), tous sont appelés à la sainteté « chacun dans sa route » (825), « la charité est l'âme de la sainteté » (826), et le n. 828, décisif ici : « En canonisant certains fidèles, c'est-à-dire en proclamant solennellement que ces fidèles ont pratiqué héroïquement les vertus et vécu dans la fidélité à la grâce de Dieu, l'Église reconnaît la puissance de l'Esprit de sainteté qui est en elle » (nouvelle fenêtre) Magistère, Catéchisme
- François, lettre apostolique en forme de motu proprio Maiorem hac dilectionem sur l'offrande de la vie, 11 juillet 2017 : l'art. 1 fait de l'offrande de la vie « un nouvel élément de l'iter de béatification et de canonisation, qui se distingue des éléments sur le martyre et sur l'héroïcité des vertus », les cinq critères de l'art. 2 dont le e) « la nécessité du miracle pour la béatification », l'art. 3 qui renvoie à Divinus perfectionis Magister et aux Normae servandae du 7 février 1983, et l'art. 36 modifié qui interdit tout panégyrique public pour un serviteur de Dieu (nouvelle fenêtre) Magistère, Saint-Siège
- Église catholique en France, « Comment devient-on un Bienheureux ou un Saint ? », par le père Luc-Marie Lalanne : les trois voix requises pour une béatification, l'héroïcité des vertus définie comme « un don de soi total et durable dans l'amour », le titre de Vénérable, le délai de cinq ans après la mort et sa dispense par le pape pour Mère Teresa et Jean-Paul II, le promoteur de justice au diocèse, le procès contradictoire à Rome, la dispense du second miracle accordée par François pour Jean XXIII, et la canonisation équipollente de sainte Hildegarde de Bingen le 7 octobre 2012 (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, « Béatification et canonisation », d'après les articles du père Jean Evenou : la différence de fond, « avec la première, le culte d'un nouveau bienheureux est concédé à une cité, un diocèse, une région ou une famille religieuse : avec la canonisation, la sentence est définitive, et le culte étendu à toute l'Eglise », un seul miracle requis depuis 1983, le martyre qui en dispense pour la béatification, l'exigence d'un miracle nouveau pour la canonisation « et cela même dans une cause de martyre », la positio de 366 pages de dom Columba Marmion, le miracle non médical de Marguerite Bays, et le régime de la canonisation équipollente (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- Dicastère des Causes des Saints, « I passi del cammino verso la santità » (en italien) : l'échelle officielle des quatre titres Servo di Dio, Venerabile, Beato, Santo, le point de départ dans la réputation de sainteté (« è il popolo che solleva i santi »), les trois voies de l'enquête diocésaine (martyre, offrande de la vie, vertus héroïques), et la définition de la béatification comme « culto pubblico ed ecclesiastico non universale, limitato a luoghi, diocesi, particolari gruppi religiosi » face à une canonisation qui autorise la vénération « da tutta la Chiesa » (nouvelle fenêtre) Église officielle, dicastère romain
Si vous relevez une erreur dans cette page, écrivez-nous : nous la corrigerons. Nous écrire
Nos médailles de saints
Une médaille de saint n'est pas une amulette : c'est le nom d'un ami que l'on porte sur soi. En acier inoxydable ou en argent 925, livrée dans un écrin.
-
Médaille Saint Benoît
Odilon
39 €
-
Bague Saint Michel
Georges
44 €
-
Bracelet Saint Benoit
Mechtilde
44 €
-
Collier chapelet croix perles
Assunta
54 €
-
Médaille ange
Céleste
64 €
-
Collier Coeur Sacré
Marguerite
49 €
-
Collier saint Benoit
Hildegarde
49 €
-
Collier chapelet médaille miraculeuse
Reine
49 €
Nos médailles de saints
Les saints que nous avons en catalogue aujourd'hui.
À lire ensuite







