Sainte Catherine d'Alexandrie, la roue et les Catherinettes

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Sommaire
  1. Quand est la fête de sainte Catherine d'Alexandrie ?
  2. Les attributs de sainte Catherine d'Alexandrie
  3. Les catherinettes : « coiffer sainte Catherine » le 25 novembre
  4. Pourquoi prier sainte Catherine d'Alexandrie ?
  5. Son histoire, et ce que les sources permettent d'en dire
  6. L'une des voix de Jeanne d'Arc
  7. Trois saintes Catherine qu'on confond
  8. Caravage, Raphaël, et les églises de France
  9. Deux dictons pour le 25 novembre
  10. Offrir quelque chose pour une sainte Catherine
  11. Questions fréquentes

Pourquoi cette sainte traîne-t-elle toujours une roue derrière elle, et pourquoi est-elle cassée ? Pourquoi fête-t-on les catherinettes le jour de sa fête, et pas celui d'une autre Catherine ? Et comment une sainte peut-elle sortir du calendrier romain, puis y revenir trente-trois ans plus tard ? Trois questions, et aucune des trois ne se résout en racontant sa vie.

Voici la réponse courte : sa roue est brisée parce que, dans le récit qui la fait connaître, le supplice échoue. La roue à pointes devait la déchirer, elle se rompt, et c'est l'épée qui finit le travail. Les notices du ministère de la Culture le résument en une ligne que nous citerons plus bas : la roue est là comme « rappel de son supplice manqué ». Quant aux catherinettes, l'Académie française dit noir sur blanc de quelle Catherine il s'agit, et ce n'est ni celle de Sienne ni celle de la rue du Bac. Nous vous donnons ici son rang liturgique exact au 25 novembre, le détail de ses attributs un par un, l'histoire de son retrait du calendrier et de son retour, et un fait que nous n'avons lu nulle part ailleurs : l'évangile du 25 novembre 2026 dit presque mot pour mot ce que sa légende raconte, alors qu'il n'a pas été choisi pour elle.

En bref

  • Fête le 25 novembre, en mémoire facultative au calendrier romain. En 2026, c'est un mercredi : l'Ordo donne la férie en vert, et laisse la possibilité de célébrer la sainte en rouge.
  • Son attribut est la roue, et elle est toujours brisée. Dans le récit, la roue à pointes devait la mettre à mort et se rompt avant de la toucher. Elle est ensuite décapitée, d'où l'épée qui l'accompagne souvent.
  • Patronne des jeunes filles, des philosophes et des étudiants, selon Nominis, qui ajoute les meuniers, les bateleurs et mariniers de la Garonne.
  • Les catherinettes viennent d'elle, et l'Académie française le dit. Le mot date du xixe siècle et désigne la jeune fille de vingt-cinq ans non mariée, dont on dit qu'elle « coiffe Sainte-Catherine ». Les maisons de couture la fêtent le 25 novembre.
  • Son historicité est débattue, et l'Église le reconnaît. Retirée du calendrier romain général par la réforme de 1969, elle y est réinscrite en 2002 comme mémoire facultative. Le Martyrologe romain écrit « qui fut, dit-on, vierge et martyre à Alexandrie ».

Quand est la fête de sainte Catherine d'Alexandrie ?

Le 25 novembre, et c'est une mémoire facultative. Le calendrier romain publié par l'AELF pour cette date la porte en ces termes : « Ste Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre, Mémoire facultative », dans la 34e et dernière semaine du Temps ordinaire. En 2026, le 25 novembre tombe un mercredi.

Le rang compte, parce qu'il ne veut pas dire ce que l'on croit. Une mémoire facultative n'est pas une fête. C'est le degré le plus bas du calendrier, et le mot « facultative » n'est pas une formule de politesse : le prêtre peut la célébrer ou non.

Ce que « mémoire facultative » veut dire, concrètement

L'Ordo publié par le Service national de la pastorale liturgique est le document qui le montre le mieux, parce qu'il écrit les deux possibilités l'une sous l'autre. À la date du 25 novembre 2026, on lit : « 25 MERCREDI. Vert. De la férie », puis, en dessous, « ou bien, rouge : Ste Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre ».

Traduisons. Par défaut, ce mercredi est un jour ordinaire, en vert. Si la sainte est célébrée, la couleur passe au rouge, celle des martyrs, et ce qui marque la célébration est au minimum la prière d'ouverture propre à la sainte, le reste étant pris à la férie. Le même Ordo pose d'ailleurs la règle de lecture qui vaut pour tout le volume : quand le degré de célébration n'est pas indiqué, il s'agit d'une mémoire facultative, et ces mémoires sont imprimées en italiques.

Autrement dit, vous pouvez très bien aller à la messe le 25 novembre et n'entendre parler de sainte Catherine à aucun moment. Ce n'est pas un oubli, c'est le rang. Si vous voulez situer sa date au milieu des autres, notre calendrier des saints mois par mois donne les repères du dernier trimestre, le plus dense de l'année en dévotions françaises.

Retirée du calendrier en 1969, réinscrite en 2002

C'est le point le plus intéressant de son dossier, et il est vérifiable dans les publications liturgiques de l'époque. Sainte Catherine d'Alexandrie a disparu du calendrier romain général en 1969, lors de la réforme promulguée par le décret du 21 mars 1969 qui a donné le Calendarium Romanum generale.

Le commentaire officiel qui accompagnait ce calendrier dressait une liste de vingt-neuf noms de saints ou de groupes de saints dont l'histoire comporte de graves difficultés. Sainte Catherine y figurait, et la formule employée à son sujet était mesurée : on ne peut rien affirmer de certain sur sa personne. Une seule sainte de ce groupe a été maintenue au calendrier, sainte Cécile. Le bénédictin Jacques Dubois, qui a rendu compte de cette réforme dans la revue La Maison-Dieu, prenait soin d'ajouter une précaution qu'il faut garder en tête ici : l'élimination d'un saint du calendrier romain ne signifie pas qu'il n'a jamais existé.

Et elle est revenue. Le Missel romain de 2002, troisième édition typique, a introduit onze célébrations nouvelles comme mémoires facultatives, et sainte Catherine d'Alexandrie au 25 novembre en fait partie. Détail savoureux pour qui suit nos articles : elle est revenue dans la même liste que sainte Rita de Cascia, au 22 mai, dont nous racontons par ailleurs la vie et l'intercession. Deux saintes très populaires, absentes du calendrier général pendant trois décennies, réinscrites ensemble.

Les attributs de sainte Catherine d'Alexandrie

C'est par là qu'on la reconnaît, et c'est aussi par là qu'on la distingue des autres Catherine. Nominis la résume en quatre mots : « reconnaissable à une roue brisée ».

La roue, et pourquoi elle est brisée

La roue n'est pas un emblème abstrait, c'est un instrument de supplice. Dans le récit transmis par la tradition, l'empereur ordonne qu'elle soit attachée à une roue garnie de pointes pour l'y faire mourir. Nominis parle même de quatre roues armées de pointes. Et le supplice n'a pas lieu : la roue se rompt avant de la toucher.

Les conservateurs du patrimoine français l'écrivent de la façon la plus nette qu'on puisse trouver. La notice du ministère de la Culture consacrée à une statue du 16e siècle de l'église Saint-Martin de Fermanville, dans la Manche, dit ceci : « La sainte est reconnaissable à la roue brisée par la foudre, rappel de son supplice manqué ». La même notice signale la figure accroupie de l'empereur Maximien à ses pieds, et précise que la statue portait une couronne, « signe distinctif de sa haute lignée royale, selon la légende ».

Retenez les trois mots « supplice manqué ». C'est toute la logique de l'attribut : on ne lui donne pas l'objet qui l'a tuée, on lui donne celui qui a échoué à la tuer. La roue brisée est un trophée, pas une relique de sa mort. Ce qui l'a tuée, c'est l'épée.

L'épée, le livre, la palme et la couronne

Les quatre autres attributs se lisent de la même manière, chacun renvoie à un épisode ou à une condition.

L'épée est l'instrument réel de sa mort : après l'échec de la roue, elle est décapitée. Le livre dit son savoir, puisque le récit la montre confondant les philosophes envoyés pour la convaincre. La palme est l'attribut commun des martyrs. La couronne renvoie à sa naissance royale, et la notice de Fermanville l'explique en toutes lettres. Une seconde notice du ministère de la Culture, la PM59006960, décrit une statue de bois doré du premier quart du 19e siècle conservée à l'église Sainte-Catherine de Lille et inscrite au titre objet en 2003 : son indexation iconographique tient en six mots, « roue, livre, couronne ; empereur romain : Maximien ».

Le tableau des attributs, pour lire une statue sans notice

Attribut Ce qu'il raconte Ce qu'il faut regarder
La roue Le supplice qui échoue Elle est brisée, ou réduite à un éclat posé au sol
L'épée La mort réelle, par décapitation Tenue par le pommeau, souvent pointe au sol
Le livre Le savoir, le débat avec les philosophes Ouvert, ou tenu de la main gauche
La palme Le martyre, comme pour tous les martyrs Ne distingue pas Catherine des autres, à elle seule
La couronne La naissance royale, selon la légende Sur la tête, souvent mutilée sur les statues anciennes
Un homme à ses pieds L'empereur persécuteur Accroupi ou en buste, écrasé sous la sainte

Le seul attribut qui l'identifie à coup sûr est la roue. Une sainte avec palme et épée peut être n'importe quelle martyre ; sainte Barbe tient une tour, sainte Marguerite un dragon. Si vous voulez comprendre pourquoi ces figures se lisent comme un alphabet plutôt que comme des portraits, notre article sur l'icône chrétienne et la façon de la lire explique la logique de ce langage.

Les catherinettes : « coiffer sainte Catherine » le 25 novembre

C'est le versant populaire de sa fête, et c'est probablement par là que son nom est arrivé jusqu'à vous. Les catherinettes sont les jeunes filles de vingt-cinq ans non mariées, fêtées le 25 novembre. La coutume a longtemps appartenu aux métiers de la couture parisienne.

Ce que l'Académie française écrit du mot

Autant partir de la source la plus exacte, et elle est courte. L'article CATHERINETTE du Dictionnaire de l'Académie française, dans sa neuvième édition, donne l'étymologie en une ligne : « xixe siècle. Dérivé du nom de (sainte) Catherine d'Alexandrie, vierge et martyre, patronne des jeunes filles. »

Trois choses se règlent dans cette seule phrase. Le mot est récent, il date du xixe siècle et non du Moyen Âge. Il vient bien de la sainte d'Alexandrie, nommément, et pas d'une autre Catherine. Et il s'appuie sur un patronage, celui des jeunes filles, que Nominis donne de son côté dans sa liste.

La définition suit : « Jeune fille qui a atteint l'âge de vingt-cinq ans sans être mariée et dont on dit qu'elle coiffe Sainte-Catherine. » Le dictionnaire donne deux exemples d'usage, et le second est précieux : « Dans les maisons de couture, on fête les catherinettes le 25 novembre, jour de la fête de sainte Catherine. » Le premier mentionne « un bonnet de catherinette ».

L'expression elle-même figure à l'article « coiffer » du même dictionnaire, cité ici sans second lien. La neuvième édition la définit ainsi : « Coiffer sainte Catherine, en parlant d'une jeune fille, atteindre sa vingt-cinquième année sans s'être mariée. » La huitième édition, plus ancienne, était plus sèche : « Coiffer sainte Catherine, rester fille, ne pas trouver à se marier. » Le durcissement de ton de l'ancienne version dit assez de quel regard social la coutume est née.

La fête des maisons de couture

L'ethnologue Anne Monjaret a consacré une longue enquête à cette fête, publiée dans la revue Modes pratiques, et ses constats recoupent l'Académie : la Sainte-Catherine est célébrée depuis la fin du xixe siècle, le 25 novembre, par les métiers de couture parisiens. Ce jour-là, les couturières, souvent costumées, et parmi elles les catherinettes célibataires de vingt-cinq ans, se réunissaient pour honorer leur patronne.

Le déroulé était codifié : remise d'une coiffe verte et jaune aux catherinettes par la hiérarchie de l'atelier ou par le patron, repas, défilés, bals, concours de chapeaux, et des messes. Le vert et le jaune sont décrits par cette enquête comme les couleurs rituelles de la Sainte-Catherine. L'attribut central n'est pas la roue, ici, c'est le bonnet : le « bonnet de sainte Catherine » servait de signe, et les expressions de l'époque sur le bonnet porté de travers ou jeté par-dessus les moulins visaient la réputation de ces ouvrières.

Une honnêteté nécessaire sur ce patronage. Nominis ne cite pas les couturières ni les modistes dans la liste des patronages de sainte Catherine d'Alexandrie, et l'Académie parle des jeunes filles. Le patronage des métiers de l'aiguille est donc un fait social et professionnel, massivement attesté par la fête elle-même, qui ne figure pas dans la notice d'Église. Les deux cohabitent sans se contredire : une corporation a choisi sa patronne, et le sanctoral ne l'a pas enregistré.

Pourquoi prier sainte Catherine d'Alexandrie ?

La question se pose d'autant plus franchement que son existence historique est incertaine, et nous y venons juste après. Commençons par ce dont elle est patronne, puisque c'est la réponse pratique.

De quoi est-elle patronne

Nominis, le site du sanctoral de l'Église catholique en France, donne une liste précise à son article Sainte Catherine d'Alexandrie : les jeunes filles, les étudiants, les philosophes, les meuniers, les bateleurs et mariniers de la Garonne, et les avocats du barreau de Haute-Corse. La même page précise qu'elle est « la protectrice des étudiants, des philosophes chrétiens, des orateurs et des avocats ».

Regardez la cohérence de l'ensemble. Tout ce qui tient à la parole et au raisonnement lui revient : étudiants, philosophes, orateurs, avocats. C'est la conséquence directe de son récit, où elle réduit au silence les savants envoyés pour la faire abjurer. Quant aux meuniers, leur métier tourne littéralement autour d'une roue, et aucune source que nous ayons lue ne commente ce rapprochement, mais il saute aux yeux.

Sur le fond de la question, prier un saint n'est pas lui attribuer un pouvoir propre, et c'est le point qui gêne le plus souvent. Nous l'avons traité à part dans notre article sur ce à quoi servent les saints et sur la possibilité de prier Marie. Une biographie incertaine ne change rien à la nature de l'intercession, et l'Église l'a manifestement estimé puisqu'elle a remis cette mémoire à son calendrier en 2002.

L'évangile du 25 novembre dit ce que sa légende raconte

Voici le point que nous n'avons lu nulle part, et il mérite qu'on s'y arrête. Le 25 novembre 2026, l'évangile de la messe est Luc 21, 12-19, et il contient cette phrase, dans la traduction liturgique officielle : « C'est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s'opposer. »

Relisez maintenant ce que sa légende raconte : une jeune fille qui écarte une à une les objections des philosophes chargés de la convaincre, et contre qui aucun d'eux ne tient. C'est la même phrase. L'acclamation du jour va dans le même sens, puisqu'elle est tirée de l'Apocalypse : « Sois fidèle jusqu'à la mort, dit le Seigneur, et je te donnerai la couronne de la vie. » Et la première lecture, Apocalypse 15, 1-4, montre ceux qui sont victorieux de la Bête se tenant debout sur une mer de cristal.

Et voici pourquoi c'est intéressant plutôt qu'édifiant : ces lectures n'ont pas été choisies pour elle. Ce sont celles de la férie, prises au lectionnaire continu de la 34e semaine du Temps ordinaire en année paire, et l'Ordo les imprime sous la ligne verte du mercredi ordinaire, avant même de proposer la mémoire. La preuve est facile à faire : l'année suivante, le 25 novembre 2027, le même jour donne Daniel 6, 12-28 et Luc 21, 20-28, c'est-à-dire autre chose. La concordance de 2026 est un hasard de calendrier, et c'est précisément ce qui la rend frappante. Si vous allez à la messe ce mercredi-là, vous entendrez une promesse de parole invincible le jour d'une sainte dont c'est tout le portrait.

Son histoire, et ce que les sources permettent d'en dire

Nous abordons ce point de face, parce que le contourner serait malhonnête et parce que la plupart des pages sur elle ne le font pas. Sainte Catherine d'Alexandrie n'est pas attestée comme une personne historique, et c'est l'Église elle-même qui le dit en premier.

Le récit, tel que la tradition le transmet

Voici ce que la tradition rapporte, et nous l'écrivons comme un récit, pas comme un procès-verbal. Au IVe siècle, à Alexandrie, une jeune fille de haute naissance, très belle et très savante, devient chrétienne et refuse de se marier. Nominis la décrit comme « la plus jolie et la plus savante des jeunes filles de tout l'Empire », mystiquement fiancée à la Sagesse éternelle. L'empereur convoque des philosophes pour la ramener à la raison, elle les confond tous. Condamnée à la roue, elle y échappe par la rupture de la machine, puis elle est décapitée.

La citation que Nominis donne d'elle, tirée d'un texte intitulé « La passion de Sainte Catherine », résume son personnage mieux que n'importe quel commentaire : « J'ai étudié les langues, exploré toute la science des philosophes et des poètes. Mais j'ai compris : ce ne sont que vanités ! Alors j'ai suivi mon Seigneur Jésus-Christ. Je n'épouserai que mon Dieu ! »

Un détail sur lequel les sources ne s'accordent pas, et autant le signaler. Le nom de l'empereur varie. Les deux notices du ministère de la Culture que nous avons lues le nomment Maximien ; la National Gallery de Londres, dans la notice de son Raphaël, écrit Maxence. Nous n'avons pas trouvé de source d'Église servie qui tranche, et nous n'inventerons pas d'arbitrage : la tradition n'est pas fixée sur ce nom.

Comment est morte sainte Catherine d'Alexandrie ?

Par l'épée, et pas par la roue. C'est la nuance que l'attribut fait oublier. Le récit enchaîne deux condamnations : la roue, qui échoue, puis la décapitation, qui aboutit. La notice de la National Gallery de Londres, qui accompagne son Raphaël, le résume dans cet ordre exact : l'empereur ordonne qu'elle soit liée à une roue à pointes et torturée à mort, un coup de foudre détruit la roue avant qu'elle ne la blesse, et Catherine est ensuite décapitée. Nominis évoque de son côté quatre roues armées de pointes. Les deux versions concordent sur l'essentiel : la machine casse, l'épée tranche.

Ce que l'Église elle-même met au conditionnel

Deux formulations suffisent à mesurer la prudence officielle. La première est de Nominis : « Sa légende a masqué son existence historique, recouverte de broderies fabuleuses. » La seconde est celle du Martyrologe romain, que la même page reproduit, et elle contient un incise de deux mots qui vaut toute une démonstration : « Mémoire de sainte Catherine, qui fut, dit-on, vierge et martyre à Alexandrie, aussi remplie d'acuité d'esprit et de sagesse que de force d'âme. »

« Dit-on. » Le livre liturgique qui porte les noms des saints prend lui-même ses distances avec la biographie. C'est rare, et c'est une marque d'honnêteté qu'il faut relever plutôt que cacher. Le diocèse de Metz, dans sa notice du saint du jour, va dans le même sens en parlant d'une sainte dont la légende a dévoré l'existence historique.

Une précision pour éviter un contresens fréquent. Le culte de sainte Catherine est bien antérieur à la procédure de canonisation telle qu'elle existe aujourd'hui, avec son enquête, ses deux miracles et son dicastère. Nous décrivons cette procédure, et la voie plus rare réservée aux figures anciennes, dans notre article sur la façon dont on devient saint. Son nom au calendrier ne vient pas d'un procès, il vient d'un culte.

Le mont Sinaï

Le même Martyrologe ajoute une ligne concrète, et c'est le seul élément matériel du dossier : « Son corps est l'objet d'une pieuse vénération au célèbre monastère du mont Sinaï. » La tradition explique ce transport par l'intervention d'anges, et Nominis l'écrit au conditionnel, « où des anges l'auraient portée ». Le monastère en question est aujourd'hui connu sous le nom de monastère Sainte-Catherine, et il est orthodoxe.

L'une des voix de Jeanne d'Arc

C'est son lien le plus connu avec l'histoire de France, et il demande une précision que presque personne ne donne. Nominis et le diocèse de Metz écrivent tous deux qu'elle fut « l'une des voix de sainte Jeanne d'Arc », avec saint Michel et sainte Marguerite.

La précision est la suivante : Jeanne, interrogée sous serment, a nommé « sainte Catherine » et « sainte Marguerite », sans préciser laquelle. C'est la tradition, reprise par le sanctoral, qui identifie la première à Catherine d'Alexandrie et la seconde à Marguerite d'Antioche. Nous racontons ce procès et ce que ses minutes établissent réellement dans notre article sur la vraie histoire de Jeanne d'Arc selon les sources, et sa vie, sa foi et sa médaille dans notre article de fond sur sainte Jeanne d'Arc.

Il y a quelque chose de cohérent dans ce choix, si l'on y pense. Une jeune fille qui tient tête à des docteurs entend les voix d'une sainte réputée pour avoir tenu tête à des philosophes. Les deux procès se répondent à onze siècles de distance, et l'un des deux est documenté minute par minute.

Trois saintes Catherine qu'on confond

C'est la confusion la plus fréquente sur ce nom, et elle a des conséquences pratiques : on cherche la fête d'une Catherine et on tombe sur une autre. Voici les trois, avec leur date et ce qui les distingue.

Sainte Fête Rang au calendrier Ce qui l'identifie
Catherine d'Alexandrie 25 novembre Mémoire facultative La roue brisée, l'épée, le livre. IVe siècle, martyre. Les catherinettes viennent d'elle
Catherine de Sienne 29 avril Mémoire, et fête en Europe Dominicaine du XIVe siècle, docteur de l'Église, copatronne de l'Europe
Catherine Labouré 28 novembre Absente du calendrier romain général Religieuse du XIXe siècle, rue du Bac, la Médaille Miraculeuse

Deux remarques sur ce tableau, parce qu'il cache deux mesures. Catherine de Sienne est bien au 29 avril, et l'Ordo que nous citons plus haut l'inscrit en « Blanc : Ste Catherine de Sienne, vierge et docteur de l'Église, Mémoire », avec la mention « En Europe : Fête » entre parenthèses, son rang étant relevé sur le continent dont elle est copatronne. Catherine Labouré, en revanche, ne figure pas au calendrier romain général : nous avons vérifié la ligne du 28 novembre 2026 dans le même Ordo, elle ne porte que la férie. Sa fête existe, elle est simplement propre et non universelle.

C'est pourtant celle des trois qui touche le plus directement un objet. La Médaille Miraculeuse vient d'elle, des apparitions de 1830 au 140 rue du Bac, et c'est le bijou chrétien le plus porté en France. Nous consacrons un article à Catherine Labouré, la voyante de la rue du Bac, et un autre à l'histoire et la signification de la Médaille Miraculeuse, recto et verso détaillés. Si vous êtes arrivé ici en cherchant une médaille de sainte Catherine, c'est très probablement celle-là que vous cherchiez.

Caravage, Raphaël, et les églises de France

Elle est l'une des saintes les plus peintes de l'histoire de l'art occidental, et deux tableaux reviennent systématiquement dans les recherches. Les voici, avec leur localisation réelle plutôt qu'une description de seconde main.

Le Caravage de Madrid et le Raphaël de Londres

Le Caravage est au Musée national Thyssen-Bornemisza, à Madrid. Sa notice le date de 1598-1599 environ, huile sur toile de 173 sur 133 centimètres, et décrit la sainte agenouillée sur un coussin, entourée des attributs de son martyre : la roue du supplice, l'épée de sa décapitation et la palme du martyre. Le musée signale que le modèle a été identifié comme Fillide Melandroni, une courtisane célèbre de l'époque, et que le tableau fut selon toute vraisemblance commandé à Rome par le premier protecteur du peintre, le cardinal Francesco Maria del Monte. Le biographe Bellori, en 1672, en parlait déjà comme d'« une sainte Catherine agenouillée, appuyée sur une roue ».

Le Raphaël est à la National Gallery de Londres, sous le numéro d'inventaire NG168, daté d'environ 1507. Sa notice résume le récit en trois phrases dont nous avons repris la mécanique plus haut : l'empereur ordonne qu'elle soit attachée à une roue à pointes pour la torturer à mort, un coup de foudre détruit la roue avant qu'elle ne puisse la blesser, et Catherine est ensuite décapitée. Le musée note que Raphaël a choisi de peindre non le supplice mais l'extase, la sainte regardant vers une déchirure dorée dans les nuages.

Ces deux notices sont citées ici en clair, sans lien, parce que nous tenons un plafond de cinq liens d'autorité par article et qu'il est atteint. Vous les retrouverez en cherchant le titre du tableau sur le site de chaque musée.

Dans le patrimoine français

Le plus intéressant n'est pas dans les grands musées, il est dans les églises de village. La base Palissy du ministère de la Culture recense des statues de sainte Catherine d'Alexandrie dans toute la France, et leurs notices sont souvent plus précises qu'un manuel d'iconographie. Nous en avons lu deux de part en part.

Celle de Fermanville, dans la Manche, décrit une statue de calcaire du 16e siècle retrouvée dans le jardin du presbytère vers 1990, mutilée au niveau de la couronne et des mains, roue brisée derrière elle et empereur accroupi à ses pieds. Celle de Lille, dans le Nord, décrit une statue de bois taillé et doré du premier quart du 19e siècle, haute de 97 centimètres, conservée à l'église Sainte-Catherine et inscrite au titre objet le 28 août 2003. Trois siècles séparent les deux, et l'indexation iconographique est la même : roue, livre, couronne, empereur à ses pieds. L'alphabet n'a pas bougé.

Deux dictons pour le 25 novembre

À savoir

Nominis donne deux dictons attachés à sa date, et ils sont tous les deux agricoles plutôt que dévotionnels, ce qui dit bien la place qu'elle tenait dans l'année rurale.

  • « À la Sainte Catherine, tout arbre prend racine. » C'est la période traditionnelle des plantations d'arbres et d'arbustes, avant les gelées.
  • « À la Sainte Catherine, l'hiver s'achemine ; s'il fait froid, hiver tout droit. » Un pronostic météo, du même genre que ceux de la Chandeleur ou de la Saint-Médard.

Nous les citons dans la forme exacte où Nominis les sert, sans les lisser.

Offrir quelque chose pour une sainte Catherine

Nous finissons par le concret, et avec une mise au point. Nous n'avons pas de médaille de sainte Catherine d'Alexandrie à notre catalogue, et nous n'allons pas vous en promettre une. Le sourcing d'une médaille de saint n'existe pas pour toutes les figures du sanctoral, et celle-ci n'en fait pas partie. Dire le contraire pour vendre serait exactement le genre de chose que nous refusons de faire.

Ce qui reste vrai, et qui se fait depuis toujours : pour la fête de son prénom, on offre une médaille ou une croix, et le geste vaut par ce qu'il signifie, pas par le nom gravé dessus. Notre article sur la fête du saint patron, ce qu'on y fait et ce qu'on y offre détaille les usages. Et si c'est une médaille de Catherine que vous cherchez vraiment, la Médaille Miraculeuse de sainte Catherine Labouré est celle qui existe, et elle est au catalogue.

Voici les trois familles qui s'offrent le plus pour un prénom, en acier inoxydable qui ne noircit pas ou en argent 925, livrées dans un écrin.

  • Les médailles de saints pour une dévotion précise, la Vierge, saint Benoît, saint Michel, la Médaille Miraculeuse.
  • Les bijoux croix quand vous voulez un signe qui convient à tout le monde, homme, femme ou enfant, sans avoir à deviner un patronage.
  • Les colliers croix si le bijou doit se porter au quotidien et se voir, avec la chaîne assortie.

Vous repartez donc avec les deux réponses promises en ouvrant cette page : la roue est brisée parce que le supplice a échoué, et les catherinettes portent le nom de cette Catherine-là, l'Académie française le dit mot pour mot. Le reste, son rang de mémoire facultative, son aller-retour dans le calendrier et l'évangile du 25 novembre, tient dans un seul constat : c'est une sainte dont l'Église assume de ne pas tout savoir, et qu'elle a choisi de garder quand même.

Questions fréquentes

Qui est Sainte Catherine d'Alexandrie ?

Une vierge et martyre du IVe siècle, fêtée le 25 novembre en mémoire facultative. Selon la tradition, fille de haute naissance et très savante, elle confond les philosophes envoyés pour la faire abjurer, échappe au supplice de la roue, qui se brise, et meurt décapitée. Nominis précise que sa légende a masqué son existence historique, et le Martyrologe romain écrit « qui fut, dit-on, vierge et martyre à Alexandrie ».

Quelle est l'histoire de Sainte Catherine ?

Celle que transmet la tradition, car aucun document contemporain ne l'atteste. Elle se convertit au christianisme, refuse de se marier, tient tête aux savants de l'empereur, est condamnée à une roue garnie de pointes qui se rompt avant de la toucher, puis décapitée. Son corps est vénéré au monastère du mont Sinaï, où la tradition dit que des anges l'ont portée. En 1969, le commentaire officiel du nouveau calendrier romain la rangeait parmi les saints dont l'histoire comporte de graves difficultés ; en 2002, le Missel romain l'a réinscrite comme mémoire facultative.

Quelle est la prière à Sainte Catherine d'Alexandrie ?

Nous préférons le dire franchement : nous n'avons trouvé aucun texte de prière à sainte Catherine d'Alexandrie servi par une source d'Église en français, et nous n'allons pas en recopier un trouvé ailleurs. Ce que la liturgie donne ce jour-là, en revanche, est précis. Si la mémoire est célébrée, elle est marquée au minimum par la prière d'ouverture propre à la sainte, qui se trouve au Missel. Et les textes du 25 novembre 2026 lui conviennent remarquablement : l'acclamation « Sois fidèle jusqu'à la mort et je te donnerai la couronne de la vie » et l'évangile qui promet « un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s'opposer ».

Quels sont les attributs de Sainte Catherine ?

La roue avant tout, et elle est brisée : Nominis la dit « reconnaissable à une roue brisée », et les notices du ministère de la Culture parlent d'une roue « brisée par la foudre, rappel de son supplice manqué ». Viennent ensuite l'épée, instrument réel de sa mort, le livre de son savoir, la palme commune à tous les martyrs, la couronne de sa naissance royale, et souvent l'empereur persécuteur écrasé à ses pieds. Le seul attribut qui l'identifie à coup sûr est la roue.

Nos sources

Si vous relevez une erreur dans cette page, écrivez-nous : nous la corrigerons. Nous écrire

Nos médailles de saints

Nous n'avons pas de médaille de sainte Catherine d'Alexandrie à notre catalogue, et nous ne vous en promettrons pas une. Pour une fête des Catherine, voici les médailles de saints que nous avons réellement, en acier inoxydable ou en argent 925, livrées dans un écrin.

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Nos médailles de saints

Les saints que nous avons en catalogue aujourd'hui.

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