La vraie histoire de Jeanne d'Arc, selon les sources
Sommaire
En bref
- Jeanne d'Arc est l'une des personnes les mieux documentées du Moyen Âge : deux procès, des centaines de pages de minutes, 115 témoins entendus sous serment en 1455-1456.
- Faits établis : née vers 1412 à Domrémy, Orléans délivrée le 8 mai 1429, sacre de Charles VII le 17 juillet 1429, capture à Compiègne le 23 mai 1430, bûcher à Rouen le 30 mai 1431.
- Condamnation annulée en 1456, canonisation le 16 mai 1920 par Benoît XV.
- La thèse selon laquelle elle aurait échappé au bûcher repose sur une imposture jugée dès 1440. Aucun historien ne la soutient.
- Il n'existe aucun portrait d'elle fait de son vivant par quelqu'un qui l'aurait vue. Sur toutes les médailles qui la représentent, son visage est une interprétation : voyez nos médailles de saints.
La vraie histoire de Jeanne d'Arc est connue par les minutes de son procès de condamnation de 1431 et par celles du procès en nullité de 1455-1456. Ces documents établissent son origine à Domrémy, ses voix, la levée du siège d'Orléans le 8 mai 1429, le sacre de Charles VII à Reims, sa capture à Compiègne et son supplice à Rouen le 30 mai 1431. Elle avait environ 19 ans. Les récits d'une survie après le bûcher proviennent d'une imposture démasquée dès 1440 et n'ont aucun fondement documentaire.
Chercher « la vraie histoire » de Jeanne d'Arc, c'est chercher à trier. Autour d'elle circulent des faits solides, des traditions pieuses et des thèses fantaisistes, souvent présentées avec le même aplomb. Nous prenons ici le parti le plus simple : dire ce que disent les sources, dire ce qu'elles ne disent pas, et nommer les récits qui ne reposent sur rien. Vous en sortirez avec une chronologie sûre et de quoi répondre à un dîner de famille.
Pourquoi on la connaît si bien
Paradoxe de Jeanne d'Arc : c'est son procès qui l'a rendue documentable. Le tribunal de Rouen a fait consigner les interrogatoires, en latin et en français, avec les questions et ses réponses. On dispose donc de ses mots à elle, filtrés par des greffiers hostiles, mais consignés.
Vingt-cinq ans plus tard, le procès en nullité rouvre le dossier et fait entendre 115 témoins : compagnons d'armes, gens de Domrémy, clercs présents en 1431. L'historien Jules Quicherat a publié l'ensemble entre 1841 et 1849, en cinq volumes qui restent la base de tout travail sérieux. Deux corpus indépendants, produits par des camps opposés, se recoupent : c'est rarissime pour le XVe siècle.
Ce que les sources établissent
Domrémy, les voix, Vaucouleurs
Jeanne naît vers 1412 à Domrémy, dans une famille de laboureurs aisés. La date exacte est inconnue : au procès, elle se dit âgée « de dix-neuf ans environ ». Vers 13 ans, elle entend des voix qu'elle identifie à saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. C'est elle qui les nomme, sous serment. En février 1429, après plusieurs tentatives, elle obtient de Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs, une escorte pour rejoindre le roi.
Chinon, Orléans, Reims
Elle rencontre Charles VII à Chinon en mars 1429. Des clercs l'examinent à Poitiers avant qu'on lui confie un rôle militaire : l'entourage royal voulait s'assurer qu'elle n'était ni folle ni hérétique. Le 8 mai 1429, le siège d'Orléans est levé. Le 18 juin, l'armée royale l'emporte à Patay. Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré à Reims, elle présente à ses côtés. En quatre mois, la situation militaire s'est renversée.
Compiègne, Rouen, le bûcher
L'assaut sur Paris échoue en septembre 1429. Le 23 mai 1430, Jeanne est capturée devant Compiègne par les Bourguignons, puis vendue aux Anglais. Son procès s'ouvre à Rouen le 21 février 1431, présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. Elle est brûlée le 30 mai 1431 place du Vieux-Marché, et ses cendres jetées en Seine.
Pourquoi elle a été condamnée
Pas pour sorcellerie. Les accusations initiales évoquaient la superstition, mais les douze articles finalement retenus portaient sur trois points : ses voix, qu'elle refusait de soumettre au jugement du tribunal ; le port de l'habit d'homme ; et son refus de se soumettre à l'Église militante telle que ce tribunal la représentait. Elle a d'abord abjuré, puis repris l'habit d'homme, ce qui a fait d'elle une « relapse », passible du bûcher.
Le tribunal était ecclésiastique, composé de clercs français favorables au parti anglo-bourguignon. Le procès en nullité relèvera ses irrégularités : absence d'avocat, refus d'appel au pape, partialité des juges, procédure viciée. Ce n'est pas une lecture moderne, c'est le verdict de 1456.
De l'annulation à la canonisation
En 1455, à la demande de la famille de Jeanne et avec l'appui de Charles VII, le pape Calixte III autorise la réouverture du dossier. Le 7 juillet 1456, la sentence de 1431 est annulée. Jeanne est réhabilitée juridiquement, mais rien n'est dit alors de sa sainteté.
La cause religieuse est beaucoup plus tardive : béatifiée en 1909 par Pie X, canonisée le 16 mai 1920 par Benoît XV, puis déclarée patronne secondaire de la France en 1922. Cinq siècles séparent le bûcher de l'auréole. Pour la dimension spirituelle de sa figure et le sens de sa médaille, lisez notre article de fond sur sainte Jeanne d'Arc.
Les légendes, et ce qu'elles valent
| Affirmation | Statut |
|---|---|
| Elle a été brûlée à Rouen le 30 mai 1431 | Établi par les deux procès |
| Elle entendait des voix qu'elle attribuait à trois saints | Établi : elle le déclare sous serment |
| Elle a reconnu Charles VII déguisé parmi ses courtisans | Tradition, rapportée tardivement, non confirmée par les minutes |
| Elle portait la croix de Lorraine | Association postérieure, sans fondement au XVe siècle |
| Elle aurait survécu au bûcher | Légende née d'une imposture jugée en 1440 |
| Elle était la fille cachée d'Isabeau de Bavière | Thèse du XIXe siècle, sans aucune source d'époque |
« Elle n'est pas morte sur le bûcher » : l'affaire des Armoises
En mai 1436, une femme apparaît dans la région de Metz et se dit Jeanne, échappée du bûcher. Les frères de Jeanne la reconnaissent ou feignent de la reconnaître. Elle épouse Robert des Armoises, est fêtée à Orléans en 1439, puis démasquée : le Parlement et l'Université de Paris la condamnent en 1440 à une pénitence publique. Les historiens qui ont travaillé sur ses procès notent que les sources restent ambiguës sur un éventuel aveu devant Charles VII, mais que l'imposture, elle, est jugée et sanctionnée. C'est de cet épisode qu'est née toute la littérature « survivantiste », six siècles plus tard.
« Elle était de sang royal »
La thèse d'une Jeanne fille illégitime d'Isabeau de Bavière et de Louis d'Orléans apparaît au XIXe siècle et connaît un succès d'édition au XXe. Elle ne s'appuie sur aucun document contemporain. Elle fonctionne parce qu'elle propose une explication commode à une chose qui dérange : qu'une paysanne de dix-sept ans ait pu être écoutée. Les sources, elles, disent le contraire, et sa condition modeste est attestée par les gens de son village au procès de 1456.
À quoi ressemblait-elle vraiment ?
On l'ignore. Aucun portrait contemporain n'a été fait d'après nature. Le seul dessin d'époque est un croquis en marge du registre du Parlement de Paris, tracé par le greffier Clément de Fauquembergue le 10 mai 1429, par un homme qui ne l'avait jamais vue. Tous les visages postérieurs, peintures, statues, reconstitutions, médailles, sont des interprétations. Cela vaut aussi pour les nôtres, et il n'y a aucune raison de prétendre l'inverse.
Porter Jeanne d'Arc aujourd'hui
Sa figure est reprise par beaucoup de gens, pour beaucoup de raisons. Nous nous en tenons à ce que disent les sources : une jeune fille qui a tenu ce qu'elle croyait devoir tenir, jusqu'au bout, devant un tribunal qui la dépassait. C'est ce que rappelle une médaille, pas davantage. Un bijou ne protège pas, ne porte pas chance et n'engage personne d'autre que celui qui le porte.
Une médaille se porte seule ou avec une croix, à choisir parmi nos colliers croix pour femme. La croix de Lorraine est souvent associée à Jeanne d'Arc, mais nous l'avons dit : le rapprochement est tardif. Nous en détaillons l'histoire réelle dans notre article sur la signification de la croix de Lorraine. Si vous cherchez un signe plus neutre, regardez nos bijoux croix.
Questions fréquentes
Est-ce que l'histoire de Jeanne d'Arc est vraie ?
Oui, dans ses grandes lignes et dans beaucoup de détails. Elle repose sur deux corpus judiciaires indépendants, ceux de 1431 et de 1455-1456, complétés par des comptes municipaux et des chroniques. Ce qui est incertain, ce sont des points précis : sa date de naissance exacte, la teneur des entretiens de Chinon, certaines scènes devenues iconiques.
Pourquoi les Anglais ont-ils brûlé Jeanne d'Arc ?
Parce qu'une exécution militaire aurait fait d'elle une prisonnière de guerre, tandis qu'une condamnation pour hérésie discréditait le sacre de Charles VII qu'elle avait rendu possible. Le procès a été mené par un tribunal d'Église, mais l'enjeu était politique. Le bûcher était la peine prévue pour un hérétique relaps.
Pourquoi le roi de France n'a-t-il pas sauvé Jeanne d'Arc ?
Aucune source ne montre de tentative sérieuse de rançon ou d'échange. Après le sacre, l'influence de Jeanne à la cour avait décliné, et la stratégie royale s'orientait vers la négociation avec les Bourguignons. Charles VII fera rouvrir le procès vingt-cinq ans plus tard, quand la réhabilitation servira sa propre légitimité.
Jeanne d'Arc est-elle vraiment morte sur le bûcher ?
Oui. L'exécution du 30 mai 1431 est attestée par les minutes, par des témoins entendus en 1456, et par les chroniques des deux camps. Les Anglais ont fait montrer son corps avant de brûler les restes et de jeter les cendres en Seine, précisément pour empêcher toute rumeur de survie. Ce qui n'a pas suffi.
Existe-t-il un vrai portrait de Jeanne d'Arc ?
Non. Aucune représentation faite d'après nature ne nous est parvenue. Le croquis de Clément de Fauquembergue, daté du 10 mai 1429, est contemporain mais n'a pas été dessiné d'après elle. Les « reconstitutions de visage » diffusées en ligne sont des créations, sans base ostéologique ni portrait de référence.
Comment se termine l'histoire de Jeanne d'Arc ?
Par le bûcher en 1431, puis par une longue postérité : annulation de la sentence en 1456, béatification en 1909, canonisation en 1920, patronne secondaire de la France en 1922. Sa fête liturgique est fixée au 30 mai, et une fête nationale lui est consacrée le deuxième dimanche de mai.
Choisir une médaille de sainte Jeanne d'Arc
Vous avez maintenant la chronologie sûre, les raisons de sa condamnation, et de quoi écarter les deux légendes les plus tenaces. C'est peu de chose et c'est beaucoup : dans un sujet aussi disputé, savoir d'où vient chaque affirmation vaut mieux qu'une conviction.
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Nos sources
- Nominis (Conférence des évêques de France), « Sainte Jeanne d'Arc » (nouvelle fenêtre) source d'Église
- Benoît XV, bulle Divina disponente , 16 mai 1920, acte officiel de canonisation, qui fixe la date et le pape (nouvelle fenêtre) source d'Église
- FranceArchives, notice « Jeanne d'Arc », rappelle la chronologie établie et l'état des sources archivistiques disponibles (nouvelle fenêtre) source publique
- Pierre-Gilles Girault, « Les procès de Jeanne-Claude des Armoises », dans De l'hérétique à la sainte , Presses universitaires de Caen, 2012 (nouvelle fenêtre) encyclopédie
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