Présentation de la Vierge au Temple : le 21 novembre
Sommaire
- Que fête-t-on le 21 novembre
- Une fête que les Évangiles ne racontent pas, et l'Église le dit elle-même
- Les quatre fêtes qu'on mélange, et le tableau pour en finir
- Prier avec la Présentation de Marie
- Comment la fête est passée de l'Orient à l'Occident
- Le 21 novembre, trois autres choses se jouent le même jour
- Ce que les peintres ont retenu de la scène
- Questions fréquentes
- Une enfance offerte, et un signe qui se porte
Pourquoi l'Église fête-t-elle le 21 novembre un épisode que les Évangiles ne racontent nulle part ? Est-ce que cela veut dire que la fête repose sur du vide ? Et comment cesser de la confondre avec la Chandeleur, qui porte presque le même nom, et avec le 8 décembre, qui n'a rien à voir ?
Voici la réponse courte, et elle est plus honnête que ce que vous lirez ailleurs : le récit vient d'un écrit du deuxième siècle, le Protévangile de Jacques, et l'Église le sait, l'écrit et l'assume. Le 21 novembre, elle fait mémoire du jour où Anne et Joachim auraient conduit leur fille de trois ans au Temple de Jérusalem pour la consacrer à Dieu. Le Dictionnaire de Liturgie du Service national de la pastorale liturgique le formule sans détour : cette mémoire « ne s'appuie sur aucun passage des évangiles canoniques ». Et Paul VI, dans un texte du Magistère, range cette fête parmi celles qui, « par-delà les données apocryphes, ont un contenu présentant une haute valeur exemplaire ».
Vous allez donc trouver ici la source exacte du récit et ce que le mot « apocryphe » veut dire précisément, la vraie raison de la date du 21 novembre (elle est à Jérusalem, et elle est datable), le tableau qui sépare une fois pour toutes les quatre fêtes mariales qu'on mélange, la prière que l'Église de France propose pour ce jour, et ce que les peintres ont retenu de la scène. Rien ici n'est affirmé sans un texte servi derrière.
En bref
- Date : le 21 novembre, tous les ans. Rang : mémoire obligatoire au calendrier romain, ce que Nominis écrit noir sur blanc. En 2026, le 21 novembre tombe un samedi.
- Ce qu'elle célèbre : non pas un événement historiquement attesté, mais le don que Marie a fait d'elle-même à Dieu dès l'enfance. Le Dictionnaire de Liturgie précise que ce don « reste le modèle de toute consécration religieuse ou sacerdotale ».
- Sa source : le Protévangile de Jacques, écrit en grec peu après le milieu du deuxième siècle. Un apocryphe, c'est-à-dire un texte ancien resté hors du canon biblique, pas un faux et pas une falsification.
- Pourquoi ce jour-là : la dédicace d'une église à Jérusalem. Le Martyrologe romain situe la fête « au lendemain de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-la-Neuve près du mur du Temple de Jérusalem ». Elle est attestée dès le sixième siècle.
- Trois fêtes à ne pas confondre : la Présentation de la Vierge au Temple (21 novembre), la Présentation du Seigneur au Temple ou Chandeleur (2 février), et l'Immaculée Conception (8 décembre). Le tableau est plus bas.
Que fête-t-on le 21 novembre
Une offrande, et c'est tout le sujet. L'Église ne commémore pas ce jour-là un fait dont elle garantirait la matérialité : elle célèbre ce que Marie a été dès le commencement de sa vie, entièrement disponible à Dieu. L'Église catholique en France le résume en une phrase : « depuis toujours, le cœur de Marie est entièrement dédié à Dieu seul ».
C'est pour cette raison que la fête a traversé quinze siècles sans jamais avoir eu besoin d'un verset pour s'appuyer. Elle ne raconte pas, elle montre. Et ce qu'elle montre est exactement ce que la vie religieuse et le sacerdoce reprennent à leur compte, selon le Dictionnaire de Liturgie, qui en fait « le modèle de toute consécration ».
Le récit : Marie conduite au Temple à trois ans
La scène est brève, et il faut la citer plutôt que la paraphraser. Anne et Joachim, les parents de Marie, voulurent remercier Dieu de la naissance de cette enfant ; ils la lui consacrèrent. « Lorsqu'elle eut trois ans, Marie fut conduite au Temple, un prêtre l'accueille par des paroles qui ressemblent au Magnificat et l'enfant s'assied sur les marches de l'autel. Tout le peuple d'Israël l'aima. » C'est la version que sert Nominis, le site des saints de la Conférence des évêques de France, et c'est bien tout ce que l'apocryphe donne.
Quatre détails, pas un de plus : l'âge de trois ans, les marches, le prêtre qui accueille, et l'affection du peuple. Si vous trouvez ailleurs une date, un nom de grand prêtre, un nombre d'années passées au Temple ou le détail d'une cérémonie, sachez que cela ne vient plus de là. Les parents de Marie, Anne et Joachim, viennent d'ailleurs du même texte et d'aucun autre : nous l'avons expliqué en détail dans notre article sur sainte Anne, mère de Marie selon la tradition.
Mémoire obligatoire : ce que ce rang veut dire
Nominis sert le rang sans ambiguïté : « 21 novembre, Mémoire obligatoire ». Le lexique du Service national de la pastorale liturgique écrit de son côté, dans sa liste des fêtes de Notre-Dame, « 21 novembre : Mémoire de la Présentation de la Vierge Marie », et c'est la même chose : sur cette liste, les mémoires facultatives sont nommées comme telles (Notre-Dame de Lourdes le 11 février, Notre-Dame du Mont-Carmel le 16 juillet), donc une « Mémoire » sans adjectif est obligatoire.
Concrètement, cela veut dire que la mémoire se célèbre partout, mais qu'elle cède devant plus grand qu'elle. Le rang est le dernier étage au-dessus du simple jour de semaine : au-dessus viennent la fête, puis la solennité. Nous avons détaillé ces quatre rangs, et pourquoi une liste de mémoires obligatoires ne contient ni le 15 août ni le 19 mars, dans notre calendrier des saints.
Une conséquence pratique, que l'ordo français de novembre 2026 montre bien : le 21 novembre 2026 tombant un samedi du temps ordinaire, la messe du jour garde les lectures de la férie, Apocalypse 11, 4-12 et Luc 20, 27-40, avec la couleur blanche et la mention de la mémoire. Une mémoire colore le jour, elle ne le remplace pas.
Pourquoi le 21 novembre, et pas un autre jour
C'est la question que l'on tape le plus souvent, et la réponse n'est ni symbolique ni arbitraire : elle est à Jérusalem, et elle concerne un bâtiment. Le Martyrologe romain place la fête « au lendemain de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-la-Neuve près du mur du Temple de Jérusalem ». Autrement dit, on a d'abord consacré une église dédiée à Marie face à l'esplanade du Temple, et l'Église a ensuite célébré le jour suivant celle qui, elle-même, s'était consacrée à Dieu.
Deux sources concordent sur la suite. Nominis écrit que « cette fête est attestée dès le VIe siècle ». Et la notice du musée du Grand Siècle, qui conserve un panneau peint sur ce sujet, date la dédicace du 20 novembre 543, sous le règne de Justinien. Les deux se recoupent, et elles expliquent la date : la dédicace le 20, la fête le 21.
On retiendra donc ceci, qui est vrai de beaucoup de fêtes anciennes : la date ne vient pas du récit, elle vient d'un anniversaire d'église. Le 20 novembre a consacré des pierres, le 21 célèbre une petite fille.
Une fête que les Évangiles ne racontent pas, et l'Église le dit elle-même
C'est le point délicat du sujet, et c'est aussi le plus intéressant. Beaucoup de pages contournent la difficulté, ou l'exagèrent dans l'autre sens en laissant croire à une invention tardive. Ni l'un ni l'autre : les textes du Magistère et de la liturgie française disent exactement ce qu'il en est, et ils le disent depuis longtemps.
Apocryphe ne veut pas dire faux
Un écrit apocryphe est un texte chrétien ancien qui n'a pas été retenu dans le canon de la Bible. Il n'a donc pas l'autorité de l'Écriture, et l'Église ne demande pas d'y croire. Mais ce n'est pas pour autant un faux, ni un texte interdit, ni un document fabriqué pour tromper : c'est une pièce de la littérature chrétienne des premiers siècles, qui a nourri la piété et l'art pendant très longtemps, surtout en Orient.
Le Protévangile de Jacques est le plus célèbre d'entre eux. Le Dictionnaire de Liturgie le situe précisément : « écrit en grec peu après le milieu du deuxième siècle ». C'est-à-dire plusieurs générations après les quatre évangiles, et par un auteur qui n'est pas l'apôtre dont le texte emprunte le nom.
La bonne façon de le dire est donc celle-ci : l'épisode relève de la tradition, pas du récit biblique, et la fête, elle, est pleinement liturgique. Les deux affirmations tiennent ensemble, et c'est précisément ce que le Magistère écrit.
Ce que Paul VI a écrit noir sur blanc
En 1974, Paul VI publie Marialis Cultus, l'exhortation apostolique qui fait le tri dans le culte marial après la réforme du calendrier. Il y passe en revue les fêtes de Marie une à une. Et à propos du 21 novembre, il écrit que certaines mémoires, « par-delà les données apocryphes, ont un contenu présentant une haute valeur exemplaire et prolongent de vénérables traditions nées surtout en Orient (21 novembre : la Présentation de la bienheureuse Vierge Marie) ».
Prenez la phrase mot par mot, elle est remarquablement précise. « Par-delà les données apocryphes » reconnaît la nature de la source sans la cacher. « Un contenu présentant une haute valeur exemplaire » dit où est le fond : dans l'exemple, pas dans l'événement. Et « prolongent de vénérables traditions nées surtout en Orient » donne la généalogie réelle de la fête. Un seul paragraphe du Magistère, et toute l'objection tombe.
Le même texte, au numéro 38, met d'ailleurs en garde contre les dévotions qui chercheraient « la nouveauté et les faits à sensation », et demande d'« éliminer tout ce qui est manifestement faux ou légendaire ». Ce n'est pas une Église qui ferme les yeux sur ses sources : c'est une Église qui a déjà fait l'examen, et qui a gardé la fête en sachant d'où elle venait.
Les deux autres textes qui ont porté le récit
Le Protévangile n'a pas voyagé seul. L'ordo liturgique français de novembre 2026 nomme deux écrits : « le Protévangile de Jacques du 2e siècle et l'évangile du Pseudo-Matthieu du 6e siècle ». La notice du musée du Grand Siècle est plus précise encore sur les chapitres, et un peu plus large sur la datation du second : elle renvoie aux chapitres VII et VIII du Protévangile, au chapitre V du Pseudo-Matthieu qu'elle situe « entre le Ve et le VIIe siècle », et à la Légende dorée de Jacques de Voragine, le recueil médiéval qui a diffusé le récit dans tout l'Occident.
Nous donnons les deux datations du Pseudo-Matthieu parce qu'elles diffèrent et que les deux sont servies par des sources sérieuses. Ce qui ne varie pas, c'est l'ordre : le Protévangile est le texte d'origine, le Pseudo-Matthieu le reprend plus tard, la Légende dorée le popularise au Moyen Âge.
Ce que la Loi de Moïse prévoyait, et ce qu'elle ne prévoyait pas
Beaucoup de lecteurs arrivent ici avec une question très concrète : que signifiait, dans Israël, présenter un enfant au Temple ? Il faut répondre précisément, parce que c'est là que se joue la différence avec le 2 février.
Marialis Cultus, au numéro 20, rattache la présentation de Jésus à deux prescriptions nommées : « les lois concernant l'oblation du premier-né (cf. Ex 13, 11-16) et la purification de la Mère (cf. Lv 12, 6-8) ». Or, en lisant les deux textes, on voit ce qu'ils couvrent et ce qu'ils ne couvrent pas. L'Exode parle de « tout premier-né de sexe masculin » et ordonne : « tout fils premier-né, tu le rachèteras ». Le Lévitique, lui, envisage bien la naissance d'une fille, mais la prescription porte sur la purification de la mère, avec l'offrande d'un agneau ou de deux oiseaux.
Conclusion, et elle est bornée à ces deux textes : ni Exode 13, 11-16 ni Lévitique 12 ne prévoient qu'une petite fille soit remise au Temple pour y demeurer. Le récit du Protévangile ne décrit donc pas l'accomplissement d'un rite juif connu : il décrit un geste d'offrande, et c'est bien ainsi que la liturgie le lit. Pour le 2 février, c'est l'inverse : la scène est dans l'Évangile de Luc, et elle accomplit la Loi à la lettre. Nous l'avons détaillée verset par verset dans notre article sur la Chandeleur et la Présentation du Seigneur.
Les quatre fêtes qu'on mélange, et le tableau pour en finir
Quatre fêtes mariales se ressemblent assez pour s'échanger dans l'esprit des gens, et deux d'entre elles portent même le même mot. Voici les quatre, avec leur rang servi par le lexique liturgique, et surtout avec la colonne qui manque partout ailleurs : d'où vient le récit.
| Fête | Date | Rang | Ce qu'elle célèbre | D'où vient le récit |
|---|---|---|---|---|
| Présentation de la Vierge au Temple | 21 novembre | Mémoire obligatoire | Marie enfant offerte à Dieu par ses parents | Le Protévangile de Jacques, deuxième siècle. Aucun évangile canonique |
| Présentation du Seigneur au Temple (la Chandeleur) | 2 février | Fête | Jésus présenté au Temple quarante jours après sa naissance | Luc 2, 22-40, dans la Bible |
| Nativité de la Vierge Marie | 8 septembre | Fête | La naissance de Marie | Le même apocryphe que le 21 novembre |
| Immaculée Conception | 8 décembre | Solennité | Marie préservée du péché dès sa conception | Un dogme proclamé en 1854, pas un récit |
La ligne à retenir est la deuxième : « Présentation » tout court, dans le langage de l'Église, désigne d'abord celle du Seigneur, le 2 février. Quand on parle de celle de Marie, on le précise toujours. C'est pourquoi une recherche sur « la présentation au temple » renvoie la plupart du temps à la Chandeleur, et c'est une des raisons de la confusion.
Le 2 février a changé de nom, et c'est Paul VI qui l'a rendu
Voilà un détail que presque personne n'écrit, et qui éclaire tout. Le 2 février ne s'est pas toujours appelé « Présentation du Seigneur » : la fête portait le nom de Purification de la Vierge Marie, c'est-à-dire un nom marial. Marialis Cultus enregistre le changement en toutes lettres : « La fête du 2 février, à laquelle a été restituée l'appellation Présentation du Seigneur », et Paul VI ajoute qu'il s'agit d'« une mémoire conjuguée du Fils et de la Mère ».
Autrement dit, pendant des siècles, les deux fêtes du calendrier qui portaient le mot « Présentation » étaient toutes deux mariales de nom, l'une pour Marie enfant, l'autre pour la purification de la mère. La réforme a rendu au 2 février son objet premier, qui est le Christ. Il reste le 21 novembre comme seule « Présentation » de Marie.
Le 8 décembre n'est pas la même fête, ni le même sujet
La confusion avec l'Immaculée Conception est fréquente, parce que les deux fêtes parlent de la sainteté de Marie avant toute chose. Mais elles ne portent pas sur le même moment ni sur le même registre. Le 8 décembre est un dogme, défini en 1854, qui porte sur la conception de Marie. Le 21 novembre est une mémoire, qui porte sur un geste d'enfance et qui vient de la tradition.
Les deux se rejoignent pourtant sur un point, et le Dictionnaire de Liturgie le dit joliment : ce que l'Église célèbre le 21 novembre, c'est « le don que Marie Immaculée n'a cessé de faire d'elle-même à Dieu ». La disponibilité de l'enfant du Temple et la préservation du péché sont deux faces du même mystère. Si vous voulez la formule exacte de Pie IX et ce que le dogme ne dit pas, tout est dans notre article sur l'Immaculée Conception du 8 décembre. Et pour le tri entre Assomption, Ascension et Immaculée Conception, qui est l'autre grand nœud du calendrier marial, voyez notre article sur l'Assomption du 15 août.
Prier avec la Présentation de Marie
Il n'existe pas de prière biblique attachée à cette fête, pour une raison simple : il n'y a pas de texte biblique derrière elle. Mais la tradition en a laissé plusieurs, et l'Église de France en propose une en particulier pour ce jour.
La prière de saint Alphonse de Liguori
C'est celle que l'Église catholique en France publie sur sa page du 21 novembre. Elle est de saint Alphonse de Liguori, docteur de l'Église, et son mouvement est exactement celui de la fête : offrir ce qui reste, puisqu'on n'a pas offert le commencement. En voici le cœur, tel qu'il est servi :
« O Marie, enfant chérie de Dieu, que ne puis-je vous offrir et vous consacrer les premières années de ma vie, comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple ! [...] Je viens donc aujourd'hui m'offrir tout entier à votre service, et consacrer à mon Créateur, par votre entremise bénie, le peu de jours qu'il me reste encore à passer sur la terre. »
Notez le raisonnement : la fête ne demande pas d'imiter une petite fille de trois ans, elle demande de faire maintenant ce qu'elle a fait au commencement. C'est une prière d'adulte, et c'est ce qui la rend utilisable un 21 novembre quelconque, à n'importe quel âge.
Si vous cherchez plus simplement une prière mariale à dire ce jour-là, le Je vous salue Marie suffit, et son texte vient à moitié de l'Évangile.
L'évangile associé à la fête, et ce qu'il déplace
Vatican News, sur sa page de la Présentation de la Vierge Marie au Temple, met en regard de ce jour un passage de Matthieu qui surprend d'abord, puis qui s'impose. Jésus apprend que sa mère et ses frères le cherchent, et il répond : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? [...] celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12, 46-50).
On prend souvent cette phrase pour une mise à distance de Marie. Lue le 21 novembre, elle dit l'inverse : Marie est la première à faire la volonté du Père, et la fête célèbre justement le moment où elle commence. Vatican News le formule ainsi : ce qui intéresse l'Église n'est pas tant l'événement historique que « le don total de soi qui, dans l'écoute, a préparé la jeune femme de Nazareth à devenir temple du Fils ».
Ce « temple du Fils » est le retournement du récit, et il mérite d'être dit : l'enfant que l'on amène au Temple est celle qui deviendra le Temple. Nominis l'écrit en une phrase, « Marie est bien prédestinée à devenir le temple vivant de la divinité ». Le même mouvement se retrouve à l'Annonciation, que nous avons traitée en détail dans notre article sur l'Annonciation du 25 mars.
Le Magnificat, à l'arrière-plan du récit
Un détail du récit mérite qu'on s'y arrête. Dans la version que sert Nominis, le prêtre qui reçoit l'enfant au Temple l'accueille « par des paroles qui ressemblent au Magnificat ». L'apocryphe fait donc entendre, autour de Marie enfant, l'écho du cantique qu'elle chantera adulte chez Élisabeth.
Ce n'est pas un hasard de composition : c'est la manière dont ces textes anciens travaillent, en faisant résonner le début d'une vie avec son sommet. Si vous voulez le texte du cantique en entier, en français et en latin, et ce qu'il renverse exactement, il est dans notre article sur le Magnificat.
Comment la fête est passée de l'Orient à l'Occident
Paul VI l'a dit : ces traditions sont « nées surtout en Orient ». L'histoire de la fête est donc celle d'un voyage, et il a pris des siècles.
L'Entrée au Temple : le nom qu'elle porte chez les Orientaux
Chez les Orientaux, la fête ne s'appelle pas « Présentation » mais « Entrée de la Vierge Marie au Temple », et c'est l'ordo liturgique français lui-même qui le signale. La nuance de vocabulaire dit une nuance de regard : en Occident on insiste sur le geste des parents qui présentent, en Orient sur l'enfant qui entre. Nominis note d'ailleurs que « tant en Orient qu'en Occident, cette fête connut un grand succès ».
Le quatorzième siècle, puis Sixte V en 1585
L'ordo français est net sur l'arrivée en Occident : la fête y est « répandue en Occident au 14e siècle », soit huit siècles après son attestation orientale. La notice du musée du Grand Siècle ajoute l'étape suivante : elle est « étendue à toute l'Église par Sixte V en 1585 ».
Résumé de la chronologie, et chaque jalon est servi par une source : dédicace à Jérusalem le 20 novembre 543, fête attestée dès le sixième siècle en Orient, diffusion en Occident au quatorzième, extension à l'Église entière en 1585, et maintien au calendrier romain après la réforme liturgique, Paul VI expliquant pourquoi en 1974. Quatorze siècles de continuité pour une fête qui n'a jamais eu de verset.
Le 21 novembre, trois autres choses se jouent le même jour
La date porte plus que la mémoire mariale, et c'est utile à savoir si vous cherchez pourquoi votre paroisse, votre école ou un calendrier mentionne autre chose le 21 novembre.
La Journée Pro Orantibus, pour les moniales de clôture
Vatican News le rappelle : depuis 1953, par décision de Pie XII, l'Église célèbre le 21 novembre la Journée des vierges cloîtrées, connue sous le nom de journée Pro Orantibus, « pour celles et ceux qui prient ». Le lien avec la fête est direct et voulu : le Dictionnaire de Liturgie fait du don de Marie « le modèle de toute consécration religieuse ou sacerdotale ». La journée des contemplatifs est donc posée le jour de la première consécration.
Pourquoi tant d'écoles s'appellent « La Présentation de Marie »
Si vous êtes arrivé ici en cherchant une école, un collège ou un lycée de ce nom, voici l'explication, et elle tient à la date. Le 21 novembre 1796, au plus fort de la Révolution française, Marie Rivier et quatre compagnes consacrent leur vie à Dieu dans le village de Thueyts, en Ardèche. C'est le récit que publie la congrégation elle-même. La communauté née ce jour-là porte le nom de la fête du jour, les Sœurs de la Présentation de Marie, et elle s'est consacrée à l'enseignement des filles.
D'où les très nombreux établissements scolaires qui portent encore ce nom en France et au-delà. Ce n'est donc pas la fête qui tire son nom des écoles, c'est l'inverse, et le lien entre les deux est une date de calendrier.
Notre-Dame de la Santé, à Venise
Troisième chose, pour les curieux : Vatican News signale qu'on fête aussi le 21 novembre Notre-Dame de la Santé, un titre marial né à Venise d'un vœu du doge pendant la peste de 1630, auquel répond la basilique inaugurée en 1687. Cela n'a rien à voir avec la Présentation, mais cela partage la date, et c'est une des raisons pour lesquelles les pages italiennes du 21 novembre parlent souvent d'autre chose.
Ce que les peintres ont retenu de la scène
Peu de sujets ont été autant peints pour si peu de texte, et c'est logique : quand un récit tient en quatre lignes, le peintre a toute la place. Les deux noms que l'on cherche le plus souvent avec cette fête sont ceux de Titien et du Tintoret, qui l'ont tous deux traitée.
Mais l'exemple le plus parlant pour un lecteur français est ailleurs. Le musée du Grand Siècle, dans les Hauts-de-Seine, conserve un panneau de Jacques Stella (1596-1657), La Présentation de la Vierge au Temple, peint vers 1645, à l'huile sur panneau, 71 centimètres sur 47,8. Il faisait partie des trois tableaux que Stella livre pour l'oratoire de la reine Anne d'Autriche au Palais Royal, avec une Naissance de la Vierge et un Christ retrouvé par ses parents dans le Temple.
Ce que la notice du musée relève sur ce panneau vaut pour presque toute l'iconographie du sujet, et c'est l'« à savoir » de cet article :
- L'escalier est le vrai sujet du tableau. Chez Stella, « l'œil gravit les degrés de l'escalier, élément majeur de la composition », et c'est jusque sur une marche que le peintre a signé.
- Marie a les bras croisés, « comme dans presque toutes les représentations médiévales ». Le geste est un code, pas une observation.
- Elle monte seule. Anne et Joachim restent en bas, le grand prêtre attend en haut. L'enfant fait les marches sans personne.
- Elle n'a pas trois ans sur le tableau. La notice le dit franchement : Stella « n'a pas représenté une enfant de trois ans, mais une petite fille plus âgée ». Les peintres ont presque tous vieilli Marie, pour qu'elle puisse monter l'escalier debout.
Autrement dit, l'image que nous avons de cette scène n'est pas celle de l'apocryphe : c'est celle que six siècles de peinture ont fixée. Les marches, la robe, le grand prêtre en haut, les parents en bas : rien de tout cela n'est dans le texte, et tout cela est dans nos têtes.
Questions fréquentes
C'est quoi la présentation de la Vierge Marie ?
C'est la mémoire liturgique du 21 novembre, qui célèbre le jour où, selon la tradition, Anne et Joachim auraient conduit leur fille Marie, âgée de trois ans, au Temple de Jérusalem pour la consacrer à Dieu. L'épisode n'est dans aucun des quatre évangiles : il vient d'un écrit du deuxième siècle, le Protévangile de Jacques. Ce que l'Église célèbre ce jour-là n'est pas l'événement, c'est le don que Marie a fait d'elle-même à Dieu dès l'enfance.
Quelle est la prière pour la présentation de Marie au temple ?
L'Église catholique en France propose pour ce jour une prière de saint Alphonse de Liguori, qui commence par « O Marie, enfant chérie de Dieu, que ne puis-je vous offrir et vous consacrer les premières années de ma vie, comme vous vous êtes offerte et consacrée au Seigneur dans le Temple ». Elle demande d'offrir maintenant ce qu'on n'a pas offert au commencement. À défaut, le Je vous salue Marie convient parfaitement, et c'est aussi le jour de prier pour les communautés contemplatives, auxquelles le 21 novembre est dédié depuis 1953.
Quelle est la signification de la présentation d'un enfant au temple ?
Dans la Loi de Moïse, deux prescriptions seulement sont en jeu, et Marialis Cultus les nomme : le rachat du premier-né, qui concerne « tout fils premier-né » (Ex 13, 11-16), et la purification de la mère après l'accouchement (Lv 12, 6-8). Ni l'une ni l'autre ne prévoit qu'une petite fille soit remise au Temple pour y vivre. La présentation de Marie n'est donc pas l'accomplissement d'un rite juif connu : c'est un geste d'offrande, raconté par la tradition. Celle de Jésus, le 2 février, est tout autre chose : elle est dans l'Évangile de Luc, et elle applique ces deux lois à la lettre.
Quelle est la prière pour la présentation de Jésus au Temple ?
Attention, il s'agit d'une autre fête : la Présentation du Seigneur au Temple, le 2 février, celle que l'on appelle la Chandeleur. Sa prière est le cantique de Syméon, le Nunc dimittis, « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s'en aller en paix », que l'Église redit chaque soir. Nous avons traité cette fête, ses lectures et la bénédiction des cierges dans notre article sur la Chandeleur.
Une enfance offerte, et un signe qui se porte
Vous savez maintenant l'essentiel, et vous le savez avec les sources : le 21 novembre est la mémoire obligatoire de la Présentation de la Vierge au Temple, son récit vient du Protévangile de Jacques et non des Évangiles, sa date vient d'une dédicace d'église à Jérusalem, et le Magistère assume l'un et l'autre en toutes lettres. Vous ne confondrez plus non plus les quatre fêtes mariales qui se ressemblent, ni le 2 février avec le 21 novembre.
Reste la question que cette fête pose à qui la célèbre, et elle est simple : offrir sa vie ne dépend pas de l'avoir fait à trois ans. C'est tout le sens de la prière de saint Alphonse de Liguori. Et c'est aussi ce qu'un signe porté au cou rappelle, non comme une protection, mais comme un engagement qu'on garde sous les yeux.
Découvrez nos bijoux de la Vierge Marie, médailles, colliers et bracelets, pour marquer une consécration, une profession de foi ou simplement une dévotion mariale. Nos médailles de saints si vous cherchez plutôt une figure de patronage, et nos bijoux croix pour le signe le plus simple de tous. En acier inoxydable qui ne noircit pas ou en argent 925, livrés dans leur écrin, et nos modèles sont fabriqués en Chine, nous le disons franchement.
Nos sources
- Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, lexique « Présentation » (Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de Liturgie) : « La Mémoire de la Présentation de la Vierge Marie, fixée au 21 novembre, ne s'appuie sur aucun passage des évangiles canoniques, mais se réfère à la tradition de la présentation de Marie au Temple, telle qu'en fait mention le Protévangile de Jacques (écrit en grec peu après le milieu du deuxième siècle) », le don que Marie Immaculée n'a cessé de faire d'elle-même à Dieu comme modèle de toute consécration religieuse ou sacerdotale, et la définition de la fête du 2 février, la Présentation du Seigneur au Temple, quarante jours après Noël (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- Paul VI, exhortation apostolique Marialis Cultus, 2 février 1974, n. 8 : les mémoires qui, « par-delà les données apocryphes, ont un contenu présentant une haute valeur exemplaire et prolongent de vénérables traditions nées surtout en Orient (21 novembre : la Présentation de la bienheureuse Vierge Marie) » ; n. 7 : « La fête du 2 février, à laquelle a été restituée l'appellation Présentation du Seigneur » ; n. 20 : la Vierge qui offre, et les deux lois citées à propos de la présentation de Jésus, l'oblation du premier-né (Ex 13, 11-16) et la purification de la Mère (Lv 12, 6-8) (nouvelle fenêtre) Magistère, Saint-Siège
- Nominis, Conférence des évêques de France, « Présentation de la Vierge Marie » : le rang servi, « 21 novembre, Mémoire obligatoire » ; le récit de l'apocryphe (Anne et Joachim consacrant leur enfant, Marie conduite au Temple à trois ans, le prêtre qui l'accueille par des paroles ressemblant au Magnificat, l'enfant assise sur les marches de l'autel, « Tout le peuple d'Israël l'aima ») ; « Cette fête est attestée dès le VIe siècle » ; et la notice du Martyrologe romain, « Au lendemain de la dédicace de la basilique Sainte-Marie-la-Neuve près du mur du Temple de Jérusalem » (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- Église catholique en France, « Présentation de Marie au temple » : la date du 21 novembre, Anne et Joachim présentant Marie « dès l'âge de trois ans pour la consacrer à Dieu », l'épisode absent des quatre évangiles et présent dans le Protévangile de Jacques, et le texte intégral de la prière de saint Alphonse de Liguori, « O Marie, enfant chérie de Dieu » (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- AELF, Évangile selon saint Matthieu, chapitre 12 : le passage que Vatican News met en regard de cette fête, « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? [...] celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mt 12, 46-50) (nouvelle fenêtre) Traduction officielle liturgique
Si vous relevez une erreur dans cette page, écrivez-nous : nous la corrigerons. Nous écrire
Nos bijoux de la Vierge Marie
Ce que le 21 novembre célèbre, c'est une vie offerte dès l'enfance. Médailles, colliers et bracelets de la Vierge Marie, en acier inoxydable ou en argent 925, livrés dans leur écrin.
-
Collier croix catholique
Julienne
89 €
-
Collier chapelet croix perles
Assunta
54 €
-
Collier chapelet médaille miraculeuse
Reine
49 €
-
Médaille Vierge Marie
Mélanie
64 €
-
Collier Vierge Marie
Jacinthe
64 €
-
Bague Vierge Marie
Anne
44 €
-
Collier Médaille Miraculeuse
Adrienne
49 €
-
Collier Vierge Marie et Croix
Dolorès
54 €
Nos pièces à offrir
Chaque pièce est livrée dans son écrin, prête à être offerte.
À lire ensuite







