Patène liturgique : le plat de l'hostie et ses linges

Mis à jour le 28 min de lecture

patène liturgique
Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'une patène ?
  2. Le tableau : chaque pièce, sa fonction, le moment où vous la voyez
  3. La patène à la messe : où elle se trouve, moment par moment
  4. Les linges, un par un
  5. Deux objets portent le nom de patène, et le Missel lui-même hésite
  6. En quelle matière une patène doit-elle être faite ?
  7. Comment laver les linges d'autel
  8. Une patène antique au Louvre, et ce que le musée refuse d'affirmer
  9. Peut-on acheter une patène, et nous, que vendons-nous ?
  10. Questions fréquentes
  11. Le plat qui porte, et le signe qui sort avec vous

Vous avez vu le prêtre poser une petite assiette dorée sur un linge blanc, au milieu de l'autel, et vous vous êtes demandé comment elle s'appelle. Puis vous avez remarqué qu'il y avait là plusieurs tissus, pas un seul, et que personne ne les nomme jamais. Et quand vous avez cherché, vous êtes tombé sur quatre mots que vous n'avez jamais entendus : corporal, purificatoire, pale, manuterge.

L'assiette s'appelle la patène, et c'est le vase sacré qui porte le pain destiné à devenir le Corps du Christ. Elle ne va jamais seule : elle se pose sur le corporal, elle se range sur le purificatoire, elle est parfois recouverte par la pale, et le tout attend sous un voile. Chacune de ces pièces a un nom exact, une fonction précise et un moment où elle apparaît, et le Missel romain les écrit toutes, numéro par numéro.

Vous trouverez ici la définition de la patène et son rôle à chaque moment de la messe, puis un tableau qui donne pour chaque linge son nom, ce à quoi il sert et le moment où vous le voyez. Ensuite les cinq pièces une par une, avec leurs dimensions réelles, l'ordre dans lequel on les empile avant la célébration, la règle de lavage que les sacristies appliquent encore, et une précision que nous n'avions pas vue venir : il existe deux objets que l'on appelle patène, et le Missel lui-même n'emploie pas le même mot d'un numéro à l'autre.

En bref

  • La patène est le plat circulaire et concave qui reçoit l'hostie. Son nom vient du latin patena, « plat creux ». Elle est assortie au calice et faite du même métal noble.
  • Le corporal est le linge carré posé sur la nappe, et c'est lui qui reçoit la patène et le calice. Le droit de l'Église le rend obligatoire même quand on célèbre sur une simple table.
  • Le purificatoire essuie le calice et la patène après la communion. La pale couvre le calice. Le manuterge essuie les mains du prêtre au lavabo.
  • Aucun texte officiel ne donne le nombre des linges d'autel. Le Missel en nomme quatre et ignore complètement le manuterge, qu'une fiche diocésaine compte pourtant parmi les trois principaux.
  • Nous ne vendons ni patène ni linge d'autel. Ce sont des pièces de sacristie, réservées à la célébration. Nous faisons des bijoux chrétiens, et nous le disons franchement.

Qu'est-ce qu'une patène ?

La définition, en une phrase

Le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France la définit en une ligne, et tout y est : « la patène est le vase sacré, de forme circulaire et concave, destiné à recevoir l'hostie pour la célébration de la messe ». Le mot vient du latin patena ou patina, qui désigne un plat creux. L'Église catholique en France ajoute une précision de forme que l'on ne remarque pas : la patène est conçue de manière à pouvoir être posée sur le calice. Ce n'est pas une assiette qui se trouve là par hasard, c'est une pièce dessinée pour s'emboîter avec une autre.

Deux conséquences suivent de cette définition, et elles valent la peine d'être dites tout de suite. La première : la patène est un vase sacré, exactement au même titre que le calice. Le Missel romain est explicite au numéro 327 : parmi les objets requis pour célébrer la messe, « on honore tout spécialement les vases sacrés et, parmi eux, le calice et la patène dans lesquels le vin et le pain sont offerts, consacrés et consommés ». Les deux sont nommés ensemble, au même rang. La seconde : elle est faite pour le pain, et le pain seulement. Le calice reçoit le vin, la patène reçoit le pain. Tout le reste de la confusion vient de là.

Patène et calice vont par paire

Le lexique le dit en trois mots : « elle est assortie au calice ». Dans une sacristie, une patène seule est une anomalie. Les deux pièces sortent du même atelier, dans le même métal, avec le même décor, et elles se rangent ensemble. C'est pourquoi les catalogues d'orfèvrerie liturgique parlent d'un « calice et sa patène » comme on parlerait d'une paire, et pourquoi les inventaires diocésains les cataloguent sous une seule entrée.

Si c'est le calice qui vous intéresse d'abord, nous lui avons consacré un article entier, avec ses règles de matière, sa consécration et sa purification : le calice, sa définition et son rôle à la messe. Vous y trouverez notamment la réponse à la question de la bénédiction, qui vaut pour la patène autant que pour le calice, et qui change le statut de l'objet.

Patène, patère : ce n'est pas le même mot

Une recherche sur « patène » renvoie souvent vers « patère », et il vaut mieux lever la confusion en une ligne plutôt que de la laisser traîner : la patère n'est pas un objet liturgique et il n'en sera pas question ici. Les deux mots se ressemblent, ils se prononcent presque pareil, et ils désignent deux choses sans rapport. Dans cet article, « patène » veut dire une seule chose : le plat sacré qui porte l'hostie à la messe.

Le tableau : chaque pièce, sa fonction, le moment où vous la voyez

Voici la table que nous cherchions nous-mêmes et que nous n'avons trouvée nulle part en entier. Elle réunit la patène, les quatre linges qui l'entourent et les deux pièces que l'on oublie toujours, le voile de calice et le plateau de communion. La colonne de droite donne le numéro du Missel romain, pour que vous puissiez vérifier chaque ligne vous-même.

Nom À quoi ça sert Quand vous le voyez Référence
La nappe Couvrir la table de l'autel. Au moins une, de couleur blanche En place avant votre arrivée, pendant toute la célébration nn. 117 et 304
Le corporal Recevoir le calice et la patène, et retenir les parcelles du pain consacré Déplié sur la nappe à la préparation des dons, replié après la communion nn. 139 et 141
La patène Porter le pain destiné à devenir le Corps du Christ Sur le corporal dès l'offertoire, élevée à la consécration et à la doxologie nn. 141, 84 et 151
Le purificatoire Essuyer le calice et la patène, et le bord du calice entre deux communiants Après la communion, et à chaque gorgée si l'on communie au calice nn. 163, 279 et 286
La pale Couvrir le calice pour que rien n'y tombe Posée sur le calice après l'offertoire, si c'est opportun nn. 118 et 142
Le voile de calice Recouvrir le calice dressé, couleur du jour ou blanc Sur la crédence avant la messe, retiré à l'offertoire n. 118
Le manuterge Essuyer les doigts du prêtre au lavement des mains Juste après l'offertoire, présenté avec la burette d'eau n. 118, sans son nom
Le plateau de communion Recueillir l'hostie ou un fragment qui tomberait Tenu sous le menton du communiant, au moment de communier nn. 118 et 287

À savoir : personne ne sait combien il y a de linges d'autel

La question « combien de linges liturgiques » revient sans arrêt, et les réponses que vous trouverez annoncent trois, quatre ou cinq. Nous avons compté sur le texte lui-même plutôt que de reprendre un chiffre. La Présentation générale du Missel romain nomme quatre pièces de tissu, la nappe, le corporal, le purificatoire et la pale, auxquelles s'ajoute le voile du calice. Elle emploie le mot « patène » dans 22 de ses numéros, « corporal » dans 12, « purificatoire » dans 9 et « pale » dans 5. Et elle n'écrit pas une seule fois le mot « manuterge » : au numéro 118, elle range à la crédence « ce qu'il faut pour se laver les mains », sans nommer l'objet. La fiche destinée aux sacristains du diocèse de Strasbourg, rédigée par Michel Steinmetz, en compte de son côté trois, « le corporal, le purificatoire, et le manuterge », et laisse la nappe et la pale en dehors de sa liste. Les deux comptes sont justes dans leur cadre. Il n'existe simplement aucun nombre officiel, et tout chiffre présenté comme tel est une invention de rédacteur.

La patène à la messe : où elle se trouve, moment par moment

Le Missel suit la patène d'un bout à l'autre de la célébration, et c'est en lisant ces numéros dans l'ordre qu'on comprend l'objet. Voici le parcours complet.

  • Avant la messe, à la crédence. Le numéro 118 range sur la crédence, cette table de service placée près de l'autel, « le calice, le corporal, le purificatoire et, si cela est opportun, la pale ; la patène et, si c'est nécessaire, des ciboires ». La patène attend donc hors de l'autel, avec le reste.
  • À la préparation des dons, sur l'autel. Les numéros 139 et 190 décrivent le même geste : l'acolyte, ou un autre ministre laïc en l'absence de diacre, « met sur l'autel le corporal, le purificatoire, le calice, la pale et le missel ». L'autel est nu jusque-là. Le dernier objet de cette liste est le livre, et nous avons écrit un guide pour apprendre à utiliser un missel si ce vocabulaire vous échappe souvent pendant la messe.
  • À l'offertoire, sur le corporal. Le numéro 141 est le cœur du dispositif : « le prêtre, à l'autel, reçoit la patène avec le pain, et il la tient des deux mains un peu élevée au-dessus de l'autel, en disant à voix basse : Benedictus es, Domine. Ensuite, il dépose la patène avec le pain sur le corporal. » Pas sur la nappe : sur le corporal.
  • À la communion, élevée. Le numéro 84 précise que le prêtre montre aux fidèles le pain eucharistique « au-dessus de la patène ou du calice ». Et au numéro 151, à la doxologie, il prend la patène avec l'hostie et le calice et les élève ensemble.
  • Après la communion, purifiée. Le numéro 163 détaille : le prêtre « purifie la patène ou le ciboire au-dessus du calice », puis il purifie le calice et l'essuie avec le purificatoire. Le numéro 279 ajoute la précision qui règle une question très posée : « ordinairement on essuiera la patène avec le purificatoire ».

Le dressage du calice, dans l'ordre exact

Il existe un montage que les sacristains appellent le calice dressé, et qui explique d'un coup pourquoi ces pièces se trouvent toujours ensemble. La fiche aux sacristains du diocèse de Strasbourg le donne pour le purificatoire : « il se place sur le calice, et sous la patène, avant la messe ». En remontant du bas vers le haut, cela donne la pile suivante.

  1. Le calice, vide, posé sur la crédence.
  2. Le purificatoire, plié en travers de la coupe.
  3. La patène, posée dessus, avec l'hostie du prêtre. C'est la forme concave et le diamètre de la patène qui permettent cet emboîtement.
  4. La pale, posée sur la patène, quand on l'emploie.
  5. Le voile, par-dessus l'ensemble. Le numéro 118 le dit « très souhaitable », de la couleur du jour ou de couleur blanche.

Le corporal, lui, voyage à part, plié, et ne se déplie qu'une fois sur l'autel. Quant au manuterge, il reste avec les burettes : si ce coin de la messe vous intéresse, nous avons écrit un article entier sur les burettes, l'eau, le vin et leur sens, qui décrit la crédence et le lavabo en détail.

Les linges, un par un

La nappe d'autel

C'est la réponse à une question que beaucoup de monde se pose sans oser la poser : le grand linge blanc sur l'autel n'a pas de nom savant, il s'appelle la nappe. Le Missel l'écrit ainsi, et il n'en demande qu'une : « l'autel sera couvert d'au moins une nappe de couleur blanche » au numéro 117, repris au numéro 304, qui ajoute qu'elle doit convenir « par sa forme, ses dimensions et sa décoration » à la structure de cet autel. Aucune dimension chiffrée, aucun nombre de nappes imposé, et le mot « au moins » laisse la place à l'usage ancien des trois nappes superposées.

Si vous dressez un coin de prière chez vous, c'est la seule pièce de cette liste qui a du sens à la maison, et nous en parlons dans notre guide sur comment faire un autel catholique chez soi.

Le corporal

Son nom dit sa fonction. Le lexique liturgique explique qu'il vient du latin corporale, de corpus, « corps », et qu'il porte ce nom parce qu'autrefois l'on déposait directement sur lui l'hostie, le corps du Christ. C'est le linge blanc que l'on pose sur la nappe d'autel, et sur lequel on place le calice et la patène, le plus souvent carré. Le même lexique signale qu'il peut être assez grand pour couvrir tout l'autel quand une concélébration répartit plusieurs calices et plusieurs patènes.

Du côté des dimensions, la fiche aux sacristains de Strasbourg donne la mesure d'usage : un carré d'environ 40 cm de côté, muni d'une croix brodée en son centre ou au milieu d'un des côtés, légèrement amidonné. Elle ajoute deux consignes pratiques que le Missel ne formule pas : on ne déplie le corporal qu'au moment de la préparation des dons et on le replie après la communion, et hormis les dons eucharistiques, on ne doit rien y déposer. Elle propose aussi une lecture du signe : le corporal évoque le linceul du Christ, puisque la messe est la célébration du Mystère pascal.

Et voici le fait qui nous a le plus surpris. Le corporal est le seul de ces linges que le droit universel de l'Église rend obligatoire nommément, et il l'est dans le cas même où l'autel peut être remplacé. Le canon 932 § 2 du Code de droit canonique dispose que le Sacrifice eucharistique doit être célébré sur un autel consacré ou béni, et « en dehors d'un lieu sacré, peut être utilisée une table convenable, en gardant toujours la nappe et le corporal ». Deux pièces nommées, deux seulement. Le Missel, au numéro 297, décrit la même situation et ajoute la croix et les chandeliers à la liste. La nappe et le corporal figurent dans les deux textes.

Le purificatoire

Sa définition officielle tient en une ligne, et le lexique liturgique ne dit rien de plus : c'est le « linge sacré destiné à la purification du calice et des doigts du prêtre, au moment des ablutions ». La fiche de Strasbourg le décrit comme un rectangle d'environ 40 sur 30 cm, portant une croix brodée en son centre, légèrement amidonné.

Le Missel lui donne quatre emplois distincts, et c'est en les listant qu'on mesure combien cet objet travaille : il essuie le calice après la purification (n. 163), il essuie ordinairement la patène (n. 279), il essuie le bord du calice entre deux communiants quand on communie au Sang du Christ (n. 286), et à l'intinction des concélébrants il se tient sous la bouche pour recueillir ce qui tomberait (n. 249). C'est le linge le plus manipulé de l'autel, et le seul qui touche à la fois le calice, la patène, les doigts et les lèvres.

La pale

Son nom vient du latin palla, « manteau », « écharpe », « tenture ». Le lexique liturgique la définit comme un « linge blanc rigide, de forme carrée, destiné à couvrir le calice à l'autel, quand on peut craindre la chute de poussières, de mouches, etc. ». La Commission diocésaine d'Art Sacré de Paris est plus concrète sur la fabrication, et donne la seule dimension chiffrée que nous ayons trouvée dans une source d'Église : « on appelle pale un morceau de carton carré mesurant entre 15 et 20 cm de côté, recouvert d'un tissu brodé ou peint ». Les deux descriptions ne se contredisent pas, elles parlent à deux niveaux : le lexique dit ce que c'est dans la liturgie, le diocèse dit comment c'est construit.

La même page de Paris énumère les motifs que les brodeuses reprennent le plus souvent : la croix, le monogramme IHS, le calice, le pélican nourrissant ses petits, qui est un symbole classique de l'Eucharistie, le poisson et les pains qui rappellent la multiplication, et les lettres AVM entrelacées pour l'Ave Maria.

Dernière précision, et elle compte si vous servez l'autel : le Missel n'impose pas la pale, il la propose. Au numéro 118, elle figure sur la crédence « si cela est opportun ». Au numéro 142, le prêtre dépose le calice sur l'autel et « si cela est opportun, le couvre de la pale ». Deux fois la même réserve. Aux numéros 139, 190 et 306, elle est nommée sans condition dans la liste de ce qui se trouve sur l'autel. Autrement dit, son emploi est prévu partout et exigé nulle part, ce qui explique que vous la voyiez dans certaines paroisses et pas dans d'autres.

Le manuterge

C'est le cas le plus curieux de la série. Le manuterge est le seul de ces objets dont le Missel romain n'écrit jamais le nom. Au numéro 118, à la fin de la liste de la crédence, il range « enfin ce qu'il faut pour se laver les mains », et c'est tout. Pour son nom, il faut aller au lexique liturgique de la Conférence des évêques, qui le donne avec son étymologie : « du latin manus : mains et tergere : essuyer. Le manuterge est l'essuie-main utilisé par le prêtre au lavabo de la messe et à l'occasion d'autres rites qui l'obligent à se laver les mains, par exemple après l'imposition des cendres, au début du Carême. »

C'est aussi ce qui règle la question la plus posée du sujet, celle de la différence avec le purificatoire. Les deux sont des rectangles de tissu blanc de taille voisine, et ils ne touchent pas la même chose : le purificatoire touche le calice et la patène, le manuterge touche les mains. La fiche de Strasbourg le formule d'une manière qu'on retient : les deux premiers linges « entourent directement le Corps et le Sang du Christ », le troisième sert à essuyer les mains du prêtre. D'où une conséquence de sacristie : le manuterge se lave normalement, le purificatoire non, et nous y venons plus bas.

Le voile de calice

Le numéro 118 se termine par une phrase qu'on oublie toujours de citer : « Il est très souhaitable de recouvrir le calice d'un voile qui peut être de la couleur du jour ou de couleur blanche. » C'est la pièce que vous apercevez sur la crédence avant la messe, qui cache tout l'ensemble et que l'on retire à l'offertoire.

Attention à ne pas le confondre avec les deux autres voiles de l'Eucharistie, qui ne couvrent pas le calice mais le ciboire et le tabernacle, et qui portent leurs propres noms, le pavillon et le conopée. Nous les avons détaillés dans notre article sur le ciboire et le tabernacle.

Deux objets portent le nom de patène, et le Missel lui-même hésite

Si vous cherchez une patène dans un catalogue d'orfèvrerie liturgique, vous tomberez sur deux objets très différents : le plat d'autel dont nous parlons depuis le début, et un petit plateau à manche que le servant tient sous le menton du communiant. Les deux sont vendus comme des patènes, et cette ambiguïté n'est pas une invention de boutique. Elle est dans les textes.

Voici ce que nous avons mesuré en comparant les versions du Missel romain publiées par le Saint-Siège. La version française n'emploie jamais le mot « patène » pour l'objet de communion : elle dit « le plateau pour la communion des fidèles » au numéro 118, et « le plateau de communion » au numéro 287. L'instruction Redemptionis Sacramentum dit également « plateau », à son numéro 93, où elle demande de maintenir cet usage « afin d'éviter que la sainte hostie, ou quelque fragment, ne tombe à terre ». La version italienne du même Missel, elle, change de mot d'un numéro à l'autre : elle écrit piattello, le petit plateau, au numéro 118, et patena au numéro 287, pour le geste du communiant qui le tient sous son menton.

La leçon pratique est simple. Quand on dit « patène » sans préciser, en français et dans un contexte liturgique, il s'agit du plat qui porte l'hostie sur l'autel. L'autre objet s'appelle le plateau de communion, et il remplit une fonction de précaution, pas d'offrande. Le numéro 118 les range d'ailleurs à deux endroits différents de la même liste.

En quelle matière une patène doit-elle être faite ?

Les règles sont écrites, et elles tiennent en quatre numéros du Missel, de 327 à 334, qui valent pour tous les vases sacrés.

  • Du métal noble. Le numéro 328 demande que les vases sacrés soient en métal noble et, s'ils sont faits d'un métal susceptible de rouiller ou moins noble que l'or, qu'ils soient « normalement dorés à l'intérieur ». C'est la raison de ce creux doré que vous voyez au centre des patènes anciennes.
  • Les autres matières, mais pas sur simple décision locale. Le numéro 329 ouvre la porte à d'autres matières solides jugées nobles dans la région, comme l'ébène ou d'autres bois durs, à deux conditions : le jugement de la Conférence des évêques et la confirmation de ses actes par le Siège Apostolique. Le texte précise que cela vaut « pour tous les vases sacrés destinés à recevoir les hosties, comme la patène, le ciboire, la custode, l'ostensoir ». La patène y est nommée.
  • La forme est libre, à une condition. Le numéro 332 laisse l'artiste choisir la forme selon les habitudes de chaque région, pourvu que le vase soit adapté à son usage liturgique et « qu'on le distingue clairement des vases à usage quotidien ». Une assiette doit cesser de ressembler à une assiette.
  • Une grande plutôt que plusieurs. Le numéro 331 recommande d'employer « une patène assez grande, dans laquelle on mettra non seulement le pain pour le prêtre et le diacre mais aussi celui pour les autres ministres et les fidèles ». Le lexique liturgique reprend ce conseil presque mot pour mot. C'est pourquoi vous voyez de plus en plus souvent une seule grande patène, et non une pile de petites.

La bénédiction, enfin. Le numéro 333 renvoie simplement aux rites prescrits par les livres liturgiques, et c'est le lexique liturgique qui en donne la portée : calice et patène deviennent des vases sacrés par la bénédiction du prêtre, et dès lors ils ne sont plus affectés qu'à un usage liturgique. Nous avons détaillé ce point, et ce qu'il implique concrètement, dans l'article sur le calice. Pour les vases qui montrent l'hostie plutôt que de la porter, voyez l'ostensoir et ses formes.

Comment laver les linges d'autel

Le Missel ne donne pas de protocole de lavage. Il donne une seule chose, et elle est décisive : où part la première eau. Le numéro 334 demande de maintenir la coutume d'installer dans la sacristie une piscine, aussi appelée sacrarium, « pour y verser l'eau d'ablution des vases et des linges sacrés ». Cette piscine est un petit évier qui ne rejoint pas les eaux usées mais s'écoule en pleine terre. Le numéro 280 applique la même logique à un accident : si du vin consacré se répandait, on laverait l'endroit avec de l'eau, et cette eau serait jetée dans la piscine.

La fiche aux sacristains du diocèse de Strasbourg décrit la pratique qui en découle, et c'est la plus claire que nous ayons lue. Le corporal et le purificatoire peuvent avoir été en contact avec le Corps et le Sang du Christ, par des parcelles ou par l'essuyage du calice. On procède donc à un premier lavage, appelé la « première eau » : on met d'abord les deux linges à tremper dans une cuvette d'eau, on les essore, et seulement ensuite on les lave normalement. L'eau de la cuvette est rejetée en pleine terre, ou en un endroit où elle ne se mélange pas aux résidus urbains. La fiche conclut par une phrase juste : ce geste un peu contraignant exprime, aujourd'hui encore, le respect pour le Corps et le Sang du Christ.

Le manuterge, lui, n'a touché que des mains. Il se lave comme n'importe quel linge.

Une patène antique au Louvre, et ce que le musée refuse d'affirmer

L'histoire de ces objets réserve de belles surprises, et il y en a une que nous voulions raconter. Le musée du Louvre conserve, sous le numéro d'inventaire MR 415, la patène de serpentine du trésor de Saint-Denis. Sa notice la décrit comme deux objets d'époques différentes réunis en un seul : le plat de pierre dure est une pièce de glyptique antique, taillé entre le premier siècle avant et le premier siècle après Jésus-Christ, et la monture d'orfèvrerie cloisonnée qui l'enchâsse date de la seconde moitié du neuvième siècle. Un plat païen, devenu un vase sacré huit siècles plus tard.

La serpentine vert sombre est incrustée de huit petits poissons d'or, dont deux manquent aujourd'hui. Et c'est là que la notice du Louvre fait exactement ce que nous essayons de faire sur ce blog : elle écrit que leur signification chrétienne supposée n'est pas avérée. La tentation était facile, le poisson étant un symbole chrétien ancien, mais le musée s'arrête où s'arrêtent ses preuves. Nous n'en dirons donc pas plus non plus.

Dans un registre plus récent, la Commission diocésaine d'Art Sacré de Paris signale que son fonds conserve des calices et leurs patènes du dix-huitième siècle, dont un ensemble qui a servi à la dernière messe à laquelle assista Louis XVI, et des pièces signées Puiforcat pour le vingtième siècle. Si vous voulez voir ce que l'orfèvrerie liturgique a produit de plus beau, c'est dans les trésors de cathédrales qu'il faut aller, pas dans les catalogues.

Peut-on acheter une patène, et nous, que vendons-nous ?

Autant être direct, parce que vous êtes peut-être arrivé ici en cherchant un prix. Nous ne vendons pas de patènes, ni de calices, ni de linges d'autel, et nous ne comptons pas nous y mettre. Ce sont des pièces d'orfèvrerie et de couture liturgiques, destinées à une sacristie, bénies pour un usage réservé, et le métier qui les fabrique n'est pas le nôtre. Pour une paroisse, ces objets s'acquièrent auprès de maisons d'orfèvrerie religieuse ou se reçoivent par don, et la question se traite avec le curé, pas en ligne.

Une remarque qui vaut d'être connue, puisque le sujet revient : un objet consacré ou béni ne redevient pas un objet ordinaire parce qu'il change de mains. C'est vrai à l'échelle d'un calice, et c'est vrai à l'échelle d'une médaille que l'on fait bénir avant de la porter. La bénédiction ne change pas la matière, elle change l'usage auquel on s'engage.

Notre métier, c'est le bijou chrétien : ce qui se porte, ce qui sort de l'église avec vous, ce qui s'offre pour un baptême ou une communion. Rien de ce que vous avez lu ici n'est à vendre chez nous, et c'est très bien ainsi : l'autel garde ses objets, et vous gardez le vôtre.

Questions fréquentes

Quelle est la fonction de la patène dans l'église ?

La patène est le vase sacré qui porte le pain destiné à devenir le Corps du Christ. Le lexique liturgique de la Conférence des évêques la définit comme un vase « de forme circulaire et concave, destiné à recevoir l'hostie pour la célébration de la messe », assorti au calice et fait en matière solide et noble. Le Missel romain la suit d'un bout à l'autre de la célébration : elle attend sur la crédence (n. 118), l'acolyte la porte à l'autel à la préparation des dons, le prêtre la reçoit avec le pain et la dépose sur le corporal (n. 141), elle est élevée avec le calice à la doxologie (n. 151), puis purifiée au-dessus du calice après la communion (n. 163). Le numéro 327 la place au même rang d'honneur que le calice parmi les vases sacrés.

Comment s'appelle la nappe sur l'autel ?

Elle s'appelle simplement la nappe, ou la nappe d'autel. Il n'y a pas de terme savant à chercher : la Présentation générale du Missel romain emploie ce mot-là, au numéro 117 (« l'autel sera couvert d'au moins une nappe de couleur blanche ») et au numéro 304, qui demande en outre qu'elle convienne par sa forme, ses dimensions et sa décoration à la structure de l'autel. Deux précisions utiles : le texte n'en exige qu'une, mais le « au moins » laisse place à l'usage ancien des trois nappes superposées, et il ne donne aucune dimension chiffrée. Ne confondez pas la nappe avec le corporal, le petit linge carré que l'on déplie par-dessus et sur lequel se posent le calice et la patène.

Quelle est la différence entre le manuterge et le purificatoire ?

Ce sont deux rectangles de tissu blanc de taille voisine, et la différence est dans ce qu'ils touchent. Le purificatoire est un linge sacré : il essuie le calice après la purification (n. 163), il essuie ordinairement la patène (n. 279), il essuie le bord du calice entre deux communiants (n. 286). Le manuterge n'est qu'un essuie-main : il sert au lavement des mains du prêtre, le lavabo, juste après l'offertoire. La fiche aux sacristains du diocèse de Strasbourg résume la frontière : le corporal et le purificatoire « entourent directement le Corps et le Sang du Christ », le manuterge sert à essuyer les mains. Conséquence concrète : le purificatoire passe par la « première eau » avant tout lavage normal, le manuterge se lave comme un torchon de maison. Signe de cette différence de rang, le Missel romain ne prononce jamais le mot « manuterge » et parle seulement de « ce qu'il faut pour se laver les mains » (n. 118), alors qu'il nomme le purificatoire dans neuf de ses numéros.

Quel est le nom du linge qui recouvre le calice ?

Il y en a deux, et ils ne se posent pas au même moment. La pale est le carré rigide que l'on pose directement sur la coupe, pour qu'aucune poussière ni aucun insecte n'y tombe : le Missel l'emploie « si cela est opportun » (nn. 118 et 142), et la Commission diocésaine d'Art Sacré de Paris la décrit comme un morceau de carton de 15 à 20 cm de côté recouvert d'un tissu brodé. Le voile de calice est la grande étoffe qui recouvre tout l'ensemble dressé sur la crédence avant la messe : le numéro 118 le dit « très souhaitable », de la couleur du jour ou de couleur blanche. Attention à deux autres voiles qui ne concernent pas le calice : le pavillon recouvre le ciboire, et le conopée recouvre le tabernacle.

Quels sont les linges sacrés ?

Le Missel romain nomme la nappe, le corporal, le purificatoire et la pale, et il ajoute le voile du calice. Il range aussi à la crédence « ce qu'il faut pour se laver les mains », c'est-à-dire le manuterge, sans jamais écrire ce mot. Dans l'usage des sacristies, on réserve l'expression « linges sacrés » aux pièces qui peuvent toucher les espèces eucharistiques, donc au corporal et au purificatoire, auxquels le Missel applique la règle de la piscine pour leur eau d'ablution (n. 334). La nappe, la pale et le manuterge sont des linges d'autel, mais ils ne reçoivent pas les parcelles. Aucun texte officiel ne donne de nombre : les listes de trois, quatre ou cinq que vous trouverez ailleurs dépendent uniquement de la frontière que chacun trace.

Comment laver les linges liturgiques ?

Les textes de l'Église ne décrivent pas un lavage, ils décrivent où part la première eau. Le Missel romain, au numéro 334, demande de maintenir dans la sacristie une piscine, ou sacrarium, « pour y verser l'eau d'ablution des vases et des linges sacrés » : c'est un évier qui ne rejoint pas les eaux usées mais s'écoule en pleine terre. La pratique qui en découle est décrite par la fiche aux sacristains du diocèse de Strasbourg : le corporal et le purificatoire sont d'abord mis à tremper dans une cuvette d'eau, on les essore, puis on les lave normalement, et l'eau de la cuvette est rejetée en pleine terre ou en un endroit où elle ne se mêle pas aux résidus urbains. Le manuterge, qui n'a touché que les mains, se lave sans précaution particulière.

Le plat qui porte, et le signe qui sort avec vous

Vous savez maintenant nommer ce que vous voyez. La patène est le plat sacré qui porte l'hostie, et les quatre linges qui l'accompagnent ont chacun un nom exact, une fonction précise et un moment d'apparition que le Missel romain écrit numéro par numéro. Vous pouvez relire le tableau plus haut avant une messe et suivre chaque pièce du regard : la nappe en place, le corporal déplié à l'offertoire, la patène posée dessus, la pale, le purificatoire après la communion. C'est une grammaire discrète, et elle devient évidente une fois qu'on en connaît les mots.

Ces objets, eux, restent à la sacristie. Ce qui sort de l'église avec vous, c'est le signe que vous portez, et c'est là que nous intervenons. Si vous cherchez une croix à garder sur soi, nos croix chrétiennes en acier et en argent couvrent les modèles classiques, pour homme comme pour femme. Pour une dévotion particulière ou un saint patron, voyez nos médailles de saints. Et si vous préparez un cadeau pour une première communion, notre sélection communion rassemble les pièces qui conviennent à cette occasion, livrées dans un écrin.

Nous ne vendons pas de patènes, mais des croix et des médailles à porter

La patène est une pièce d'orfèvrerie réservée à l'autel, et ce n'est pas notre métier. Le nôtre, c'est le bijou chrétien : la croix et la médaille qui sortent de l'église avec vous.

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