Prier saint Martin de Tours : manteau et 11 novembre
Sommaire
- Le 11 novembre, fête de saint Martin : ce que dit le calendrier
- Le manteau partagé, et ce que l'Évangile en dit
- Pourquoi prier saint Martin de Tours ?
- De la Pannonie à Tours : les lieux de saint Martin
- Ce que la chape de saint Martin a donné à la langue française
- Porter le signe, sans promettre ce que nous n'avons pas
- Un soldat qui a reconnu le Christ avant de le connaître
- Questions fréquentes
Pourquoi prier un saint dont on ne connaît, le plus souvent, qu'une image de vitrail : un cavalier qui coupe son manteau au bord d'un chemin ? Pourquoi sa fête tombe-t-elle le 11 novembre, alors qu'il est mort le 8 ? Et de quoi est-il patron, au juste, puisque tout le monde répond autre chose ?
Voici la réponse courte : saint Martin de Tours se prie comme le saint de la charité qui ne coûte pas rien. Le geste d'Amiens n'est pas un geste de riche, c'est un soldat qui coupe en deux le seul vêtement qui lui appartienne, et qui le fait avant même d'être baptisé. L'Église en fait mémoire le 11 novembre, jour non pas de sa mort mais de sa mise au tombeau à Tours, en 397. Nous vous donnons ici ce que le sanctoral français dit de son rang et de ses patronages, la question que tout le monde pose sur la moitié du manteau et qui a une vraie réponse, le verset d'Évangile qui éclaire la scène, et un mot de votre vocabulaire quotidien qui vient directement de sa chape.
En bref
- Fête le 11 novembre, mémoire obligatoire, couleur blanche. Le rang vient de l'Ordo du Service national de la pastorale liturgique et du sanctoral de Nominis, qui l'écrivent tous les deux.
- Le 11 novembre n'est pas le jour de sa mort : Martin meurt à Candes le 8 novembre 397, et le Martyrologe romain précise « Il fut mis au tombeau à Tours en ce jour ». La fête, c'est l'ensevelissement.
- Il n'a donné que la moitié de son manteau pour une raison précise : l'autre moitié de son équipement appartenait à l'armée romaine, pas à lui.
- Patron des soldats, des policiers, des commissaires, des maréchaux ferrants et des mendiants, ainsi que des diocèses de Tours et de Tulle, selon la fiche de Nominis.
- Le mot « chapelle » vient de sa chape : capella, « petite chape », désignait d'abord le lieu où l'on conservait la relique du manteau.
Le 11 novembre, fête de saint Martin : ce que dit le calendrier
Commençons par la question que l'on tape le plus souvent, parce qu'elle a une réponse nette. Saint Martin de Tours est fêté le 11 novembre, au rang de mémoire obligatoire, en blanc. C'est ce que porte l'Ordo publié par le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle pour l'année liturgique 2026-2027, à la ligne du 11 : « Blanc : S. Martin de Tours, évêque », suivi de la mention « Mémoire ». C'est aussi ce qu'indique la fiche de Nominis, le sanctoral de l'Église catholique en France, dans son bloc de dates : « 11 novembre, Mémoire obligatoire ».
La précision du rang n'est pas une coquetterie de sacristie. Une mémoire obligatoire se célèbre partout, contrairement à une mémoire facultative que l'on peut omettre, et elle reste en dessous d'une fête et d'une solennité. Autrement dit : le 11 novembre, Martin est au calendrier de toute l'Église latine, mais il n'écrase pas le jour. Là où il est patron, en revanche, la fête monte d'un cran : le diocèse de Tours et celui de Tulle le célèbrent comme leur saint patron, et plusieurs évêques français parlent alors de solennité.
Pourquoi le 11 novembre, alors qu'il meurt le 8 ?
C'est le détail que presque aucune page ne donne, et c'est pourtant celui qui explique la date. Martin meurt à Candes, sur les bords de Loire, le 8 novembre 397. Il s'y était rendu malgré son grand âge pour apaiser une querelle entre les clercs du lieu, une paroisse qu'il avait lui-même fondée à la confluence de la Loire et de la Vienne. Il y réussit, puis fut pris de fièvres et mourut là.
Ce que l'Église retient au calendrier, ce n'est pas ce jour. La notice du Martyrologe romain, servie sur la fiche Nominis, se termine par une phrase de six mots qui tranche la question : « Il fut mis au tombeau à Tours en ce jour. » Le corps a été rapporté de Candes à Tours, au milieu d'une foule immense, et selon l'historien Bruno Judic, près de deux mille moines accourus de partout ont participé à ce deuil. Le 11 novembre est donc la date de ses funérailles, pas celle de son décès. Il fut inhumé dans un cimetière à l'ouest de la cité gallo-romaine, là où son successeur Brice éleva d'abord un modeste édifice, bien vite insuffisant pour les pèlerins, et où l'évêque Perpetuus fit bâtir entre 460 et 480 une basilique qui compta parmi les plus somptueuses de la Gaule.
Le 11 novembre, l'armistice, et la Saint-Martin
En France, le 11 novembre est d'abord, pour la plupart des gens, l'anniversaire de l'armistice de 1918. Les deux dates se superposent, et il faut être honnête sur ce que l'on sait et sur ce que l'on ne sait pas. La fête de saint Martin précède l'armistice de quinze siècles, puisqu'elle date de son ensevelissement en 397. L'inverse n'est donc pas possible.
Reste la question de savoir si le choix de 1918 doit quelque chose au saint. Un article de l'Église catholique en France consacré au lancement de l'Année saint Martin en 2015 écrit que l'armistice a été signé « en ce jour d'armistice de 1918 repéré par le maréchal Foch en mémoire de Saint Martin ». Un feuillet diocésain d'Alsace se contente de noter que « ce choix est heureux car nous n'oublions pas que saint Martin fut un homme de paix à travers toute l'Europe ». Nous n'avons trouvé aucune source primaire attestant l'intention du maréchal Foch, et nous ne l'affirmons donc pas. Ce qui est certain, en revanche, c'est que l'Église de France a pris l'habitude de proposer ce jour-là une prière pour la paix dans tous les diocèses, et que la coïncidence des deux mémoires est devenue, de fait, un thème d'homélie.
L'été de la Saint-Martin, et les dictons
Il y a une troisième couche sur cette date, et elle est météorologique. L'été de la Saint-Martin désigne, selon le Dictionnaire de l'Académie française dans sa 9e édition, « les belles journées d'arrière-saison, vers le 11 novembre, jour de la fête de ce saint », avec un sens figuré de « regain de jeunesse, dernier éclat de beauté ». La 8e édition était plus technique : « les huit ou dix jours d'automne qui précèdent ou qui suivent ces fêtes, parce qu'ils sont quelquefois assez beaux ».
Les dictons rassemblés par Nominis disent la même chose en plus court, et avec la prudence du paysan : « L'été de la Saint Martin dure trois jours et un brin. » Ou encore, et c'est l'avertissement inverse : « La température du jour de la saint Martin doit être celle de l'hiver. » On aurait tort de croire que ce redoux est une invention moderne de bulletin météo : la Saint-Martin a longtemps marqué dans les campagnes la fin des travaux agricoles, l'échéance des baux et des contrats, et le début d'une période de pénitence. Les conciles de Tours en 563 et de Mâcon en 581 attestent en effet un carême d'environ quarante jours allant du 11 novembre à Noël, avec jeûne les lundis, mercredis et vendredis : c'est l'ancêtre lointain de notre temps de l'Avent, et il partait de la Saint-Martin.
Le manteau partagé, et ce que l'Évangile en dit
Venons-en au geste. Martin est en garnison à Amiens, jeune soldat de la garde impériale à cheval. Un soir d'hiver, il croise un pauvre transi de froid et presque nu. Il n'a pas d'argent sur lui. Il tire son épée, coupe son manteau en deux et en donne la moitié à cet homme. La nuit même, raconte Benoît XVI dans son Angélus du 11 novembre 2007, « Jésus lui apparut en songe, souriant, enveloppé dans ce même manteau ».
Ce récit ne vient pas d'une légende tardive. Il vient de la Vie de saint Martin de Sulpice Sévère, un avocat devenu ascète qui est venu à Tours rencontrer Martin de son vivant, sans doute vers 395, et qui a écrit son livre en 397. Nous avons donc un témoignage contemporain, chose rare pour un saint du IVe siècle, et c'est de lui que nous tenons presque tout ce que nous savons.
Pourquoi Saint-Martin ne donne que la moitié de son manteau ?
C'est la question la plus posée sur Google à propos de ce geste, et la réponse n'est ni une pudeur ni un calcul. La moitié de son équipement ne lui appartenait pas. Un soldat romain recevait une partie de son paquetage de l'État, l'autre étant payée sur ses deniers personnels. Martin a donc donné tout ce qu'il pouvait donner : sa part. Vatican News le formule ainsi : « Il ne pouvait donner qu'une partie de sa cape, car la moitié de son uniforme appartenait à l'armée qui l'avait payée. » Le diocèse d'Amiens fait parler Martin à la première personne dans le même sens : « Je ne possède pour tout bien que la moitié du manteau dont je suis vêtu. L'autre moitié appartient à l'armée. »
Le détail change complètement la portée du geste. Un homme qui donne la moitié d'un bien partage ; un homme qui donne la totalité de ce qui est à lui se dépouille. Les iconographes l'ont compris avant nous : dans les centaines de représentations de la Charité de saint Martin recensées en France, le manteau est presque toujours montré au moment exact de la coupe, épée levée, et jamais entier.
« J'étais nu, et vous m'avez habillé »
Le songe de la nuit suivante n'ajoute pas un prodige à l'histoire, il en donne la clé, et cette clé est un texte. L'Évangile retenu pour la fête du 11 novembre est Matthieu 25, 31-40, le jugement dernier. Dans la traduction officielle liturgique, le Roi y énumère les gestes qui comptent, et l'un d'eux est exactement celui de Martin : « j'étais nu, et vous m'avez habillé » (v. 36). Puis vient la phrase qui scelle tout : « Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (v. 40).
Martin n'a donc pas eu une vision : il a reçu la confirmation d'un verset. Et c'est pour cela que l'Église d'Orient l'appelle « saint Martin le Miséricordieux », et que Benoît XVI a rattaché son geste à « la logique du partage » plutôt qu'à l'héroïsme personnel.
Le détail que l'on oublie : il n'était pas encore baptisé
Voici l'élément le plus souvent passé sous silence, et il est au cœur de la question « pourquoi prier saint Martin ». La notice du Martyrologe romain est formelle : « À Amiens, encore catéchumène, il donna à un pauvre la moitié de son manteau. » Benoît XVI raconte la même séquence : adolescent, Martin découvre le christianisme, s'inscrit parmi les catéchumènes, et ne reçoit le baptême que vers l'âge de vingt ans, tout en restant encore longtemps dans l'armée.
La charité est donc venue avant le sacrement, et c'est le sacrement qui l'a nommée. Pour quelqu'un qui hésite, qui se prépare, ou qui accompagne un adulte vers le baptême, c'est un argument plus utile que n'importe quel récit de miracle : Martin a reconnu le Christ dans un pauvre avant de l'avoir reconnu dans l'eau du baptistère. Si cette étape vous concerne de près, nous avons écrit une page entière sur ce que l'on offre à un adulte baptisé, qui n'est pas la même question que pour un nourrisson.
Pourquoi prier saint Martin de Tours ?
On ne prie pas un saint pour ses exploits, on le prie parce qu'il intercède et parce que sa vie ressemble à un morceau de la nôtre. Avec Martin, la ressemblance est celle de l'homme pris dans un métier qu'il n'a pas choisi : son père, officier, l'a enrôlé de force, et la loi romaine obligeait les fils de soldats à servir. Il a été chrétien dans cette contrainte avant de pouvoir l'être en dehors.
Deux traits de sa figure expliquent l'ampleur de sa dévotion. Le premier, c'est qu'il est selon Nominis le premier saint à être vénéré sans avoir subi le martyre : avant lui, la sainteté publique se prouvait par le sang. Avec Martin, elle se prouve par une vie. C'est une bascule dont nous vivons encore, et nous l'expliquons en détail dans notre article sur la manière dont on devient saint. Le second, c'est qu'il a été dès son vivant tenu pour thaumaturge, c'est-à-dire faiseur de miracles : Sulpice Sévère rapporte des guérisons à Trèves, un lépreux guéri à Paris, des démons chassés, et Nominis note qu'il est traditionnellement invoqué pour les rhumatismes.
Si la question du bien-fondé de la prière aux saints vous arrête, et c'est une objection sérieuse souvent formulée par des amis protestants, nous l'avons traitée pour elle-même : est-il biblique de prier les saints ou Marie.
Saint-Martin est le patron de quoi ?
Les listes qui circulent sur ce point sont fantaisistes, et nous nous en tenons à celle du sanctoral officiel. Selon Nominis, saint Martin de Tours est le patron des soldats, des policiers, des commissaires, des maréchaux ferrants et des mendiants, ainsi que des diocèses de Tours et de Tulle. Chaque entrée de cette liste se comprend quand on connaît sa vie :
- Les soldats et les cavaliers, parce qu'il a servi vingt ans dans l'armée romaine, et dans la garde impériale à cheval.
- Les commissaires, et en France le service du commissariat des armées, pour une raison que le diocèse aux Armées françaises explique bien : leur mission est de nourrir et de vêtir le soldat, y compris le plus humble, « comme s'il s'agissait du Christ ».
- Les policiers, dont il est le patron et dont la fête tombe donc le 11 novembre. C'est pour cela que la requête « saint Martin de Tours police » revient si souvent : elle ne parle pas de typographie, elle parle de la police nationale.
- Les mendiants, pour la raison la plus évidente de toutes : c'est un mendiant qui, dans cette histoire, a le dernier mot.
Vous ne trouverez pas ici de date de désignation officielle pour ces patronages : plusieurs sites en avancent une, aucune source d'Église ne la sert, et nous préférons ne pas inventer un millésime. Si Martin est le saint de votre prénom ou celui de votre paroisse, notre article sur la fête du saint patron explique ce que l'on fait, concrètement, ce jour-là.
Une prière à saint Martin de Tours
La plus simple à retenir est celle que l'archevêque de Tours, Mgr Vincent Jordy, qui se présente lui-même comme le « 135e successeur de saint Martin », propose sur le site de son diocèse.
Saint Martin,
Toi qui as parcouru les routes d'Europe,
Toi qui as vécu à la suite de Jésus en vrai disciple,
Toi qui as partagé ton manteau avec un pauvre par amour du Christ,
Toi qui nous aides à reconnaître son visage en toute personne pour servir et aimer,
Toi qui as lutté contre le mal et qui es passé sur la terre en faisant le bien,
Intercède pour nous lors des temps difficiles,
Protège-nous lors des temps de détresse,
Donne-nous d'être persévérants et de garder la paix dans les épreuves,
Sois notre protecteur et conduis-nous sur le chemin de la vie éternelle.
Notez la structure : cinq fois « Toi qui », puis quatre demandes. C'est la forme classique de l'invocation à un saint, et elle vaut la peine d'être remarquée, parce qu'elle vous permet d'en écrire une vous-même pour n'importe quel saint dont vous connaissez la vie : on rappelle d'abord ce qu'il a fait, on demande ensuite.
Quelle est la citation célèbre de saint Martin de Tours ?
Il y en a une, et c'est la réponse du vieil évêque mourant à ses disciples qui le supplient de ne pas les quitter. Elle est rapportée par Sulpice Sévère dans une lettre ajoutée à la Vie, et elle circule en français sous plusieurs traductions. Nominis la donne ainsi : « Seigneur, s'il le faut, garde-moi en vie, car je ne refuse pas le labeur. » L'Église catholique en France en sert une version plus longue : « Seigneur, si je puis être encore utile à ton peuple, malgré mes 80 ans, je ne refuse pas le travail. Toutefois que ta volonté soit faite. » Le diocèse de Beauvais, cité par Nominis, en propose une troisième, plus militaire : « Seigneur, en voilà assez de batailles que j'ai livrées pour toi. Je voudrais mon congé. Mais si tu veux que je serve encore sous ton étendard, j'oublierai mon grand âge. »
Les trois disent la même chose et aucune n'est la bonne au mot près, parce que ce sont trois traductions d'un même texte latin, dont le noyau est resté célèbre sous la forme non recuso laborem, « je ne refuse pas la peine ». Jean XXIII la cite ainsi, en latin et sans la traduire, dans sa lettre du 10 décembre 1960 à l'archevêque de Tours : il y résume toute la vie de Martin comme allant « de son geste à jamais fameux du catéchumène qui partage son manteau avec un pauvre jusqu'aux paroles du vieillard mourant : Non recuso laborem ! ». Si vous voulez la citer, citez-la avec sa situation : ce n'est pas une devise de carrière, c'est ce qu'un homme de quatre-vingts ans répond quand on lui demande de continuer.
De la Pannonie à Tours : les lieux de saint Martin
Les requêtes sur les lieux martiniens sont nombreuses, et pour une bonne raison : il y en a beaucoup, et ils sont dispersés sur trois pays. Voici la carte, dans l'ordre de sa vie.
| Lieu | Ce qui s'y est passé |
|---|---|
| Savaria, en Pannonie (aujourd'hui Szombathely, Hongrie) | Sa naissance, vers 316, de parents païens, là où son père était en garnison. |
| Pavie (Italie du Nord) | Son enfance et son éducation. C'est là qu'adolescent, il découvre le christianisme et demande à devenir catéchumène. |
| Amiens (Gaule) | Le manteau partagé, alors qu'il sert dans la cavalerie impériale et qu'il n'est pas encore baptisé. |
| Poitiers | Sa rencontre avec l'évêque Hilaire, défenseur de la foi trinitaire contre l'arianisme, qui devient son maître. |
| Ligugé (Poitou) | Le monastère qu'il fonde avec quelques disciples, et que Benoît XVI appelle « le plus ancien monastère connu en Europe ». |
| Tours | Les Tourangeaux, en quête d'un évêque, l'y font venir par ruse et l'élisent en 371. Il est le troisième évêque de la ville. |
| Marmoutier, aux portes de Tours | L'abbaye qu'il fonde pour rester moine tout en étant évêque. Cabanes et austérité, et des dizaines de moines, dont beaucoup d'aristocrates. |
| Candes (aujourd'hui Candes-Saint-Martin) | Une paroisse qu'il avait fondée à la confluence de la Loire et de la Vienne, où il meurt le 8 novembre 397 après avoir apaisé une querelle de clercs. |
| Basilique Saint-Martin de Tours | Son tombeau, et le lieu de pèlerinage. La grande basilique de l'évêque Perpetuus, entre 460 et 480, fut l'une des plus somptueuses de la Gaule. |
Deux remarques pour éviter les confusions les plus fréquentes. Ligugé et Marmoutier ne sont pas la même fondation, et elles ne sont pas au même moment de sa vie : Ligugé est l'ermitage du disciple d'Hilaire, en Poitou, avant l'épiscopat ; Marmoutier est le monastère de l'évêque, près de Tours, après 371. Des pages sérieuses les confondent, y compris en se contredisant sur laquelle est « la plus ancienne ». Et la ville de Tours n'est pas son lieu de mort, elle est son lieu de sépulture, ce qui ramène à la date du 11 novembre.
Sur le nombre de lieux qui portent son nom en France, les chiffres divergent selon les sources, et nous vous donnons les deux : Vatican News compte 237 communes françaises et plus de 3 600 églises dédiées ; l'Église catholique en France parle, elle, de « près de 500 localités et bourgades » portant son nom. Les deux ne comptent manifestement pas la même chose. Si vous cherchez à visiter un de ces sanctuaires, notre guide des lieux de pèlerinage chrétien en France vous donnera le cadre, et le diocèse de Tours renvoie lui-même vers la basilique, l'abbaye de Ligugé et l'ancienne abbaye de Marmoutier.
Ce que la chape de saint Martin a donné à la langue française
Voici le fait que nous n'avons vu nulle part dans les pages consacrées à ce saint, et c'est pourtant le plus savoureux. Le mot « chapelle » vient du manteau de saint Martin.
Le lexique liturgique publié par le Service national de la pastorale liturgique l'écrit sans détour, d'après le Dictionnaire de Liturgie de Dom Robert Le Gall : « Du latin capella : petite chape. On désignait originellement par ce nom le lieu où l'on conservait la chape de saint Martin. » La relique du manteau, devenue l'une des plus précieuses du royaume franc, voyageait avec les rois ; le petit oratoire qui l'abritait s'appela capella, et le mot a fini par désigner tout édicule religieux destiné au culte. Le gardien de la relique, lui, s'appelait le chapelain, et le mot est resté lui aussi, pour désigner le prêtre attaché à un lieu ou à une communauté.
Le diocèse de Tours ajoute la pièce qui boucle l'histoire : « Charlemagne fit construire la Chapelle à Aix pour conserver la chape de saint Martin », et les rois de France, à partir du Xe siècle, furent les abbés de la basilique tourangelle. Nous ne vous dirons pas où se trouve aujourd'hui la relique : nous n'avons trouvé aucune source d'Église qui l'atteste, et nous préférons nous arrêter là où s'arrêtent nos sources.
À savoir
Trois mots français très courants sortent de cet unique vêtement coupé en deux au bord d'une route : chapelle, chapelain et, par la même racine, chapeau au sens ancien de couvre-chef de petite taille. La prochaine fois que vous direz « on se retrouve à la chapelle », vous parlerez d'un manteau de soldat romain.
Porter le signe, sans promettre ce que nous n'avons pas
Une chose doit être dite franchement, parce que vous êtes peut-être arrivé ici en cherchant un bijou. Nous n'avons pas de médaille de saint Martin à notre catalogue, et nous n'allons pas vous vendre une croix en vous laissant croire le contraire. Le sourcing d'une médaille gravée à un saint précis ne se décide pas en une semaine, et nous préférons une page honnête à une page qui convertit.
Ce que nous avons, et qui a un vrai rapport avec Martin, tient en trois choses :
- Les médailles de saints, pour ceux dont la dévotion passe par une figure précise. C'est le geste de piété le plus proche de celui dont parle cet article : porter sur soi le nom de quelqu'un dont on veut imiter la vie.
- Les bijoux croix et les colliers croix, en acier inoxydable ou en argent 925. L'acier ne noircit pas et ne craint pas l'eau, ce qui est une vraie différence à l'usage ; l'argent 925 se ternit avec le temps et se nettoie au chiffon.
- Les bijoux de baptême, et pas seulement pour les nourrissons. Martin a été baptisé adulte, catéchumène pendant des années : c'est exactement la situation de beaucoup de baptisés d'aujourd'hui, et c'est un cadeau qui se cherche mal.
Nos pièces sont fabriquées en Chine, nous l'écrivons comme nous l'écrivons partout. Ce qui fait la valeur d'une médaille, ce n'est pas un faux prestige d'origine, c'est ce qu'elle porte et le fait qu'elle tienne dix ans sans verdir.
Un soldat qui a reconnu le Christ avant de le connaître
Si vous ne retenez que deux choses de cette page, retenez celles-ci. La première : le 11 novembre est la date de son ensevelissement, et non celle de sa mort, ce qui dit quelque chose de la manière dont l'Église compte ses fêtes, par le jour où l'on entre dans la vie et non par celui où l'on quitte la nôtre. La seconde : Martin a donné tout ce qui lui appartenait, et il l'a fait avant son baptême, devant un homme nu, sans savoir qu'un verset d'Évangile décrivait son geste à l'avance.
C'est une dévotion pour les gens pris dans leurs obligations, pas pour les héros disponibles. Et si vous voulez savoir où elle se place dans l'année, notre calendrier des saints vous donne le 11 novembre à sa place, entre la Toussaint du 1er et sainte Cécile du 22. Découvrez nos médailles de saints quand le moment sera venu, sans urgence : une médaille se choisit pour vingt ans.
Questions fréquentes
Quelle est l'histoire de Saint Martin de Tours ?
Né vers 316 à Savaria, en Pannonie (aujourd'hui Szombathely, en Hongrie), de parents païens, Martin est élevé à Pavie et enrôlé de force dans l'armée romaine par son père, officier. En garnison à Amiens, encore catéchumène, il partage son manteau avec un pauvre et voit le Christ en songe la nuit suivante. Baptisé, il quitte l'armée, rejoint l'évêque Hilaire à Poitiers, fonde le monastère de Ligugé, puis est élu évêque de Tours en 371, où il fonde Marmoutier. Il évangélise les campagnes de Gaule jusqu'à sa mort, à Candes, le 8 novembre 397.
Pourquoi est connu Saint-Martin ?
Pour un seul geste, et c'est assez rare pour être noté : le manteau partagé à Amiens. Benoît XVI le dit explicitement, « saint Martin est surtout célèbre pour un acte de charité fraternelle ». S'y ajoutent trois raisons de fond : il est tenu pour le premier saint vénéré sans avoir été martyr, il a fondé le plus ancien monastère connu en Europe, et son culte s'est répandu si vite aux Ve et VIe siècles que des milliers d'églises lui sont dédiées de l'Italie à l'Angleterre.
Quelle est la citation célèbre de Saint Martin de Tours ?
Sa réponse aux disciples qui le supplient de ne pas mourir, rapportée par Sulpice Sévère : « Seigneur, s'il le faut, garde-moi en vie, car je ne refuse pas le labeur. » Le noyau latin, non recuso laborem, est resté célèbre : Jean XXIII le cite tel quel dans sa lettre du 10 décembre 1960 à l'archevêque de Tours. Les traductions françaises varient d'une source d'Église à l'autre : l'Église catholique en France en donne une version plus longue qui précise « malgré mes 80 ans » et finit par « que ta volonté soit faite ».
Quelle est la légende de Saint-Martin ?
Il faut distinguer deux registres. Le manteau d'Amiens n'est pas une légende : il est rapporté par Sulpice Sévère, qui a rencontré Martin de son vivant, dans un livre écrit en 397. En revanche, plusieurs traditions postérieures relèvent du folklore : le récit des arbres et des fleurs qui auraient refleuri sur le trajet de son corps vers Tours, d'où viendrait l'été de la Saint-Martin, circule sur le site Nominis comme une contribution d'internaute et non comme un fait attesté. L'oie et les lampions de la Saint-Martin relèvent du même registre : nous n'avons trouvé aucune source d'Église qui en fixe l'origine, et un défilé aux lampions est simplement attesté à Tours en 2015.
Pourquoi Saint-Martin ne donne que la moitié de son manteau ?
Parce que l'autre moitié ne lui appartenait pas. Le soldat romain recevait une partie de son équipement de l'État et payait l'autre sur ses propres deniers. Comme l'écrit Vatican News, « il ne pouvait donner qu'une partie de sa cape, car la moitié de son uniforme appartenait à l'armée qui l'avait payée ». Martin a donc donné l'intégralité de ce dont il pouvait disposer, ce qui rend le geste plus radical et non moins.
Saint-Martin est le patron de quoi ?
Selon la fiche de Nominis, sanctoral de l'Église catholique en France : patron des soldats, des policiers, des commissaires, des maréchaux ferrants et des mendiants, ainsi que des diocèses de Tours et de Tulle. Il est aussi invoqué pour les rhumatismes et tenu pour thaumaturge. Les listes plus larges que l'on trouve ailleurs (drapiers, tailleurs, vignerons) ne sont pas servies par les sources d'Église que nous avons consultées.
Également consultés et cités en clair dans l'article, sans lien, le plafond de cinq liens d'autorité étant atteint : l'Ordo 2026-2027 année B du Service national de la pastorale liturgique (rang et couleur du 11 novembre), la fiche « Saint Martin de Tours » du saint du jour de l'Église catholique en France (la citation longue, les localités), Vatican News (Sulpice Sévère, les 237 communes et 3 600 églises, la moitié d'uniforme appartenant à l'armée), le diocèse d'Amiens (le récit à la première personne), le Dictionnaire de l'Académie française 9e édition à l'entrée « été » (l'été de la Saint-Martin), un feuillet du diocèse d'Alsace (les funérailles du 11 novembre 397 et l'évangile de la fête, Mt 25, 31-40) et la lettre de Jean XXIII à l'archevêque de Tours du 10 décembre 1960, sur vatican.va, pour la citation latine Non recuso laborem.
Nos sources
- Benoît XVI, Angélus du 11 novembre 2007 : saint Martin « l'un des saints les plus célèbres et les plus vénérés d'Europe », né de parents païens en Pannonie vers 316, inscrit parmi les catéchumènes puis baptisé vers vingt ans, resté longtemps dans l'armée, fondateur avec quelques disciples de « le plus ancien monastère connu en Europe, à Ligugé », acclamé évêque de Tours environ dix ans plus tard, et le récit du manteau partagé en deux avec son épée puis du Christ apparu en songe enveloppé dans ce même manteau (nouvelle fenêtre) Magistère, Saint-Siège
- Nominis, sanctoral de l'Église catholique en France, fiche « Saint Martin de Tours » : la notice du Martyrologe romain (« À Amiens, encore catéchumène, il donna à un pauvre la moitié de son manteau », « mourut à Candes en 397 », « Il fut mis au tombeau à Tours en ce jour »), le rang « 11 novembre, Mémoire obligatoire », les patronages (soldats, policiers, commissaires, maréchaux ferrants, mendiants, diocèses de Tours et de Tulle), les lieux associés et les dictons de la Saint-Martin (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- Diocèse de Tours, « Saint Martin de Tours », par Bruno Judic, professeur d'histoire du Moyen Âge à l'université de Tours : la naissance à Savaria (Szombathely), l'éducation à Pavie, la cavalerie impériale, Amiens, Ligugé, l'élection par ruse des Tourangeaux, la fondation de Marmoutier, Candes à la confluence de la Loire et de la Vienne, l'inhumation à l'ouest de la cité, la basilique de Perpetuus entre 460 et 480, les dates données par Grégoire de Tours, la réserve sur l'année 316, la Chapelle d'Aix bâtie par Charlemagne pour conserver la chape, et la prière de Mgr Vincent Jordy (nouvelle fenêtre) Église officielle, diocèse
- Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, lexique de la liturgie, entrée « Chapelle » (Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de Liturgie) : « Du latin capella : petite chape. On désignait originellement par ce nom le lieu où l'on conservait la chape de saint Martin », et l'origine du mot chapelain (nouvelle fenêtre) Église officielle, Conférence des évêques de France
- AELF, Évangile selon saint Matthieu, chapitre 25 : « j'étais nu, et vous m'avez habillé » (v. 36) et « chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait » (v. 40), dans la traduction officielle liturgique (nouvelle fenêtre) Écriture, traduction officielle liturgique
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Nos médailles de saints
La dévotion à un saint se porte souvent sur une médaille gravée à son nom. Saint Martin n'est pas à notre catalogue, nous préférons l'écrire : voici les saints que nous gravons vraiment, en acier inoxydable ou en argent 925, livrés dans un écrin.
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Médaille Saint Benoît
Odilon
39 €
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Bague Saint Michel
Georges
44 €
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Bracelet Saint Benoit
Mechtilde
44 €
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Collier chapelet croix perles
Assunta
54 €
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Médaille ange
Céleste
64 €
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Collier Coeur Sacré
Marguerite
49 €
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Collier saint Benoit
Hildegarde
49 €
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Collier chapelet médaille miraculeuse
Reine
49 €
Nos médailles de saints
Les saints que nous avons en catalogue aujourd'hui.
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