L'orgue d'église : pourquoi lui, et quand il se tait

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orgue eglise
Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi l'orgue, et pas un autre instrument
  3. Orgue instrument : ce qu'il est, et pourquoi ce n'est pas un piano
  4. Où se trouve l'orgue dans une église, et pourquoi au fond
  5. Un orgue ou une orgue, et pourquoi les grandes orgues
  6. Orgue musique église : ce que fait vraiment l'organiste pendant la messe
  7. Quand l'orgue se tait, et quand il ne se tait pas
  8. À savoir : un orgue se bénit avant de servir
  9. Questions fréquentes
  10. Reconnaître ce que vous entendez

Vous entrez dans une église, et il est là, au fond, au-dessus de la porte par laquelle vous venez de passer. Un meuble de bois de plusieurs mètres, hérissé de tuyaux de métal, vide d'occupant la plupart du temps. Pourquoi cet instrument, et pas un violon, une guitare ou un piano ? Qui joue, là-haut, et pourquoi ne le voit-on jamais ? Et pourquoi, certains dimanches de mars, l'entend-on à peine ?

La réponse à la première question est écrite noir sur blanc, dans un texte de concile, et elle est plus modeste qu'on ne le croit. La constitution Sacrosanctum Concilium, en 1963, écrit au n. 120 que l'on estimera hautement, dans l'Église latine, l'orgue à tuyaux comme l'instrument traditionnel. Ce n'est pas un titre de roi, c'est une estime particulière, et le même paragraphe ouvre la porte aux autres instruments. Quant à la dernière question, c'est celle sur laquelle presque toutes les pages du sujet se trompent, y compris de bonne foi. Nous allons vous donner les deux choses qui manquent partout : le vocabulaire exact de l'instrument, pièce par pièce, et le calendrier réel de l'orgue, avec le numéro du texte qui le fixe. Vous saurez nommer ce que vous regardez, et vous saurez pourquoi, tel dimanche, l'organiste n'a joué qu'en même temps que vous.

En bref

  • Le fait qui fonde tout tient en une phrase du concile : Sacrosanctum Concilium n. 120 réserve à l'orgue à tuyaux une estime particulière dans l'Église latine, tandis que les autres instruments demandent le jugement et le consentement de l'autorité territoriale compétente.
  • Le mot « roi des instruments » n'est pas dans le concile. Il vient de textes antérieurs, plus élogieux encore, que le concile a précisément tempérés.
  • Le missel ne dit pas que l'orgue doit être au fond. La PGMR n. 313 demande un endroit approprié, défini par une fonction : soutenir le chant et, s'il joue seul, être bien entendu de tous. La tribune est un usage, pas une règle.
  • Pendant le Carême, l'orgue n'est pas muet, il est privé de solo : il reste autorisé pour soutenir le chant, sauf au quatrième dimanche, dit Laetare, aux solennités et aux fêtes, où il retrouve son jeu libre.
  • Pendant le Triduum, c'est le même régime, pas un silence. Le seul silence complet qui soit écrit tient en six mots, et il ne concerne que les funérailles du Vendredi saint.
  • Orgue est masculin au singulier et souvent féminin au pluriel quand on parle avec emphase d'un seul instrument : les grandes orgues de cette cathédrale.

Pourquoi l'orgue, et pas un autre instrument

Ce que dit le concile, en toutes lettres

C'est le texte qu'il faut lire avant tous les autres, parce que c'est lui qui est en vigueur. Le chapitre VI de la constitution Sacrosanctum Concilium sur la sainte liturgie, promulguée le 4 décembre 1963, traite de la musique sacrée en dix articles, les nn. 112 à 121. Un seul parle d'un instrument, et il porte en titre « L'orgue et les autres instruments de musique ». C'est le n. 120, et il dit ceci : « On estimera hautement, dans l'Église latine, l'orgue à tuyaux comme l'instrument traditionnel dont le son peut ajouter un éclat admirable aux cérémonies de l'Église et élever puissamment les âmes vers Dieu et le ciel. »

Trois mots de cette phrase méritent qu'on s'y arrête, parce qu'ils sont systématiquement perdus en route. Le premier est « à tuyaux » : le concile n'estime pas l'orgue en général, il estime l'orgue à tuyaux. Le second est « dans l'Église latine » : c'est une préférence de rite, pas une loi universelle du christianisme, et nous verrons plus bas une Église qui ne fait entrer aucun instrument. Le troisième est « traditionnel », qui dit un fait d'histoire, pas une supériorité de nature.

Et la suite immédiate du même numéro compte autant que son début. Pour les autres instruments, le texte prévoit qu'il est permis de les admettre dans le culte divin, « selon le jugement et le consentement de l'autorité territoriale compétente », à condition qu'ils soient adaptés à un usage sacré, qu'ils s'accordent à la dignité du temple et qu'ils favorisent l'édification des fidèles. L'orgue n'est donc pas seul autorisé : il est le seul qui n'a pas besoin d'une autorisation. C'est exactement cela, sa place singulière, et ce n'est pas rien.

Un sommet, puis un partage

Pour comprendre pourquoi le n. 120 paraît tiède à qui connaît la réputation de l'instrument, il faut regarder ce qui le précède. Le département Musique du Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle a publié sur ce point un dossier d'une franchise rare, signé de Fabien Barxell, qui retrace l'ascension puis la redescente. L'orgue, y lit-on, « a mis longtemps à s'imposer dans les églises. Après une période où il était tout juste toléré, un répertoire d'orgue, fort dépendant de la polyphonie vocale, commence à se développer vers le XVe siècle. »

Ensuite, l'escalade. Il faut attendre 1903 et Pie X pour que l'orgue soit mentionné dans un texte pontifical. En 1928, Pie XI écrit qu'« il est un instrument qui est proprement d'église et qui nous vient des anciens : c'est l'orgue, dont l'excellence et la majesté lui ont valu d'être associé aux rites liturgiques ». En 1955, Pie XII va plus loin encore : « Parmi les instruments qui sont autorisés dans les églises, l'orgue occupe à juste titre la première place. » Le dossier du SNPLS commente en une ligne : « Le sommet est atteint. Et, quand on atteint le sommet il faut amorcer la descente. »

La descente, c'est 1963. Le même auteur écrit que Sacrosanctum Concilium « tempère », et résume le mouvement d'une formule qui éclaire tout le sujet : l'orgue « quitte ainsi une situation de monopole à une obligation de partage ». Voilà pourquoi vous entendez parfois une guitare, un violon ou une flûte à la messe sans qu'aucune règle ne soit violée, et pourquoi, dans la même paroisse, l'orgue reste l'instrument qu'on n'a pas à justifier.

Ailleurs, aucun instrument n'entre

Un point de comparaison rend la préférence latine beaucoup plus lisible. Lors d'une table ronde tenue aux Journées nationales de musique liturgique et rapportée dans le même dossier, un chantre et théologien orthodoxe explique que, dans l'Église orthodoxe, « les instruments ne sont pas admis à la liturgie. L'orgue n'a donc jamais été utilisé. » La raison donnée est belle et elle est exigeante : les instruments sont considérés comme trop imparfaits pour glorifier Dieu, « car ils n'ont ni âme, ni conscience, comparés à la voix humaine ».

La question n'est donc pas « pourquoi l'orgue plutôt qu'un autre instrument », mais « pourquoi un instrument du tout ». Et la réponse latine est cohérente avec le choix du n. 120 : parce que celui-là, par son souffle continu, se rapproche de la voix et la porte, au lieu de lui faire concurrence. C'est aussi le choix qui a fait naître tout un répertoire, et si c'est le chant lui-même qui vous intéresse, nous l'avons traité à part dans notre comparaison du plain-chant et du chant grégorien et dans notre article sur l'invention du chant grégorien.

Orgue instrument : ce qu'il est, et pourquoi ce n'est pas un piano

Un instrument à vent, et tout découle de là

Le classement surprend toujours, et il est pourtant la clé de tout le reste. Le Dictionnaire de l'Académie française, dans sa neuvième édition, définit l'orgue comme un « instrument à vent, le plus souvent de grande dimension, dont les touches, réparties sur un ou plusieurs claviers, commandent le passage de l'air vers des tuyaux de taille décroissante disposés par jeux, et qui ont chacun un timbre différent ».

Vous ne jouez pas une note sur un orgue, vous ouvrez un robinet d'air. C'est toute la différence avec un piano, où un marteau frappe une corde et où le son décroît aussitôt. Ici, tant que la touche est enfoncée, l'air passe et la note tient, sans faiblir. Le diocèse de Paris le formule mieux que nous : par son souffle et la tenue indéfinie des sons, l'orgue se confond avec la voix humaine et l'amplifie. Le dossier du SNPLS nomme la même qualité d'une autre façon, en parlant de sa capacité presque unique à porter les voix quel que soit le nombre de chanteurs, et ajoute : « Il peut tout : murmurer et écraser. »

Au passage, le mot lui-même raconte cette histoire. L'Académie date « orgue » du xiie siècle et l'emprunte au latin organum, qui voulait d'abord dire « instrument, machine » avant de désigner cet instrument-ci. Ce glissement de sens n'est pas une curiosité de dictionnaire : il a changé la biographie d'une sainte, et nous l'avons raconté en détail dans notre article sur la prière à sainte Cécile, patronne des musiciens, dont l'antienne latine dit cantantibus organis, c'est-à-dire les instruments, et pas l'orgue.

Le buffet, les tuyaux, les jeux

Ce que vous voyez de la nef n'est pas l'orgue, c'est son buffet. Le buffet est la grande menuiserie qui contient et protège l'instrument, et qui organise la façade de tuyaux. L'Académie donne « Buffet d'orgue » comme emploi courant, et le SNPLS note que l'orgue et son buffet « aimantent l'attention » même quand personne ne joue, ce que confirmera votre propre regard la prochaine fois que vous entrerez.

Derrière et au-dessus, les tuyaux, de taille décroissante. Ils ne sont pas rangés par ordre de hauteur comme on le croit en regardant la façade, mais groupés par jeux. Un jeu, c'est une série complète de tuyaux qui partagent un même timbre, du grave à l'aigu. L'organiste le met en service ou le retire, et c'est ainsi qu'il change de couleur sonore sans changer de note. Le diocèse de Paris emploie, pour les nommer, un mot qui dit tout : il parle de ses voix, et met « ses jeux » entre parenthèses. Par la diversité, la qualité, la puissance et la douceur de ces voix, écrit-il, l'orgue « peut commenter un texte, interpeller, calmer, réveiller ou endormir une assemblée ».

Les claviers, le pédalier, la console

Le poste de l'organiste rassemble trois choses que l'Académie nomme toutes les trois. Les claviers d'abord, un ou plusieurs, et ils ne font pas doublon : chacun commande son propre groupe de jeux. L'Académie précise ainsi que « Grand-orgue » désigne, dans un sens spécialisé, « l'ensemble des jeux du clavier principal d'un orgue, par opposition à Récit ou à Positif, qui désignent des claviers secondaires de l'instrument ». Autrement dit, sur un même instrument, le grand-orgue est un clavier parmi d'autres, et c'est la première source de confusion du vocabulaire.

Le pédalier ensuite, que l'Académie donne également : ce sont les touches que l'organiste actionne avec les pieds, et qui tiennent les basses. C'est pour cela que le SNPLS décrit le métier comme la maîtrise des « techniques de l'orgue avec les mains et les pieds ». Enfin la console, qui est le meuble réunissant les claviers, le pédalier et les commandes de jeux, et où l'organiste s'assoit. L'expression consacrée, dit l'Académie, est « Tenir l'orgue », et celui qui construit l'instrument porte un nom de métier à lui, le « facteur d'orgues ».

Où se trouve l'orgue dans une église, et pourquoi au fond

Ce que le missel prescrit vraiment, et ce n'est pas un emplacement

Il faut dissiper ici une idée reçue tenace, et elle est d'autant plus tenace qu'elle semble évidente. La Présentation générale du Missel Romain, qui est le mode d'emploi officiel de la messe, traite la question au n. 313, dans une section intitulée « La place de la chorale et des instruments de musique ». Elle écrit : « L'orgue et les autres instruments de musique légitimement approuvés seront installés dans un endroit approprié pour qu'ils puissent soutenir le chant aussi bien du peuple que de la chorale et, s'ils jouent seuls, qu'ils puissent être bien entendus par tous. »

Ni le mot tribune ni le mot fond ne figurent dans ce numéro. Ce que le missel exige est une fonction, pas une place : être audible de tous et pouvoir porter le chant de l'assemblée comme celui de la chorale. Un orgue de tribune au fond de la nef remplit cette fonction, un orgue placé près du chœur la remplit aussi, et c'est pourquoi les deux existent dans la même église sans qu'aucun ne soit en faute.

Ce que l'usage a fixé, et pourquoi l'organiste reste invisible

L'emplacement au fond est donc un usage, et les sources le disent avec les bons adverbes. L'Académie définit le grand orgue comme un orgue « généralement placé au fond de l'église en surplomb de la nef, et formant tribune ». Le SNPLS parle d'une position dans l'espace « souvent dominante, juchée fréquemment sur une tribune qui attire le regard du visiteur ». Généralement, souvent, fréquemment : personne ne dit toujours.

Reste que cet usage a une justification, et elle est de l'ordre du sens autant que de l'acoustique. Le diocèse de Paris la donne en trois phrases qui valent tout un traité : « Dans l'église, l'orgue se place derrière l'assemblée, avec qui il fait cœur et souffle. L'organiste reste invisible. Il ne joue pas pour qu'on l'admire. » L'orgue est derrière vous parce qu'il est avec vous, et non devant vous. Il souffle dans le même sens que l'assemblée, vers l'autel, et son servant n'est pas en représentation. Le texte ajoute la conséquence : l'accomplissement de l'organiste est d'amener l'assemblée à chanter.

Un détail de langue confirme que l'usage est ancien et profond. L'Académie enregistre « orgue » dans un sens de métonymie, pour désigner non plus l'instrument mais le « lieu élevé, tribune du fond de l'église, où est placé cet instrument », avec cet exemple : « Monter à l'orgue ou aux orgues ». Quand on monte à l'orgue, on monte à un endroit. Et pour le reste de ce que vous avez sous les yeux en levant la tête, du vitrail à la voûte, nous l'avons traité dans notre article sur ce à quoi servent les vitraux dans les églises. Notez d'ailleurs la symétrie du bâtiment : à l'entrée, le bénitier, dont nous expliquons la place dans notre article sur le bénitier, et juste au-dessus, l'orgue.

Grand orgue et orgue de chœur, la différence en une ligne

C'est la question qui revient le plus souvent dès qu'une église possède les deux, et l'Académie la tranche nettement. Le grand orgue est « généralement placé au fond de l'église en surplomb de la nef, et formant tribune, par opposition à orgue de chœur, situé près de l'autel et aux dimensions restreintes ».

  Grand orgue Orgue de chœur
Où Au fond de l'église, en surplomb de la nef, formant tribune Près de l'autel
Taille Le plus souvent de grande dimension Dimensions restreintes
Autre nom Les grandes orgues, au féminin pluriel par emphase Pas d'autre nom consacré
Ce qu'il sert surtout Le chant de l'assemblée entière, et le jeu seul, entendu de tous Le chant de la chorale et les célébrations de petit effectif

Et attention à un faux ami : sur un seul instrument, « grand-orgue » avec un trait d'union ne désigne pas l'instrument entier mais son clavier principal. Un organiste qui vous dit qu'il a joué « au grand-orgue » parle d'un clavier, pas d'un lieu.

Un orgue ou une orgue, et pourquoi les grandes orgues

La question est posée partout, et la réponse est précise, écrite, et facile à retenir. L'Académie française classe « orgue » comme un nom masculin, en notant qu'il « s'est employé au féminin jusqu'au xviiie siècle », et que « cet usage s'est maintenu au pluriel pour désigner un seul instrument, les grandes orgues, le masculin pluriel servant à désigner des instruments distincts, des orgues anciens ».

Sa rubrique Questions de langue, qui range ce mot avec « amour » et « délice », le dit en une phrase complète : orgue, masculin au singulier, est généralement féminin au pluriel « quand il désigne de façon emphatique un seul instrument, les grandes orgues de cette cathédrale, mais reste au masculin quand il s'agit d'un vrai pluriel, les orgues anciens de cette région ».

Donc on écrit un bel orgue, et les grandes orgues de la cathédrale, et les deux sont corrects en même temps. Le féminin pluriel n'est pas une fantaisie, c'est une marque d'emphase appliquée à un seul instrument. Et quand vous parlez de plusieurs instruments réellement distincts, par exemple les orgues d'une région, le masculin revient. Petite curiosité pour finir : l'Académie enregistre, au figuré et par ironie, l'expression « faire donner les grandes orgues », qui signifie traiter d'un sujet avec emphase et solennité, ainsi que le très familier « ronfler comme un tuyau d'orgue », qui n'a besoin d'aucune explication.

Orgue musique église : ce que fait vraiment l'organiste pendant la messe

Soutenir le chant, pas donner un concert

Le missel est explicite sur la finalité, et il la met avant tout le reste : l'orgue est installé pour « soutenir le chant aussi bien du peuple que de la chorale ». Le jeu seul vient ensuite, dans la même phrase, et il est subordonné à une condition d'audibilité. L'ordre des mots du n. 313 dit l'ordre des priorités : d'abord accompagner, ensuite jouer seul.

Ce que l'instrument permet dans cet office, le dossier du SNPLS le détaille mieux que personne, en énumérant ce que sait faire un organiste et que nul autre instrumentiste ne sait faire : improviser, préluder, varier les harmonies, produire des transitions sous la forme d'interludes millimétrés, postluder. Le même texte en tire la condition, et elle est sévère : à condition d'être à l'écoute de l'assemblée, de l'animateur et de la chorale, et de garder la juste proportion avec les rites. Une sortie magnifique mais deux fois trop longue pour la procession qu'elle accompagne n'est pas un succès musical, c'est une erreur liturgique.

Le moment où il doit se taire, et il revient à chaque messe

Voici la règle que personne ne cite, et qui concerne pourtant les cinquante-deux dimanches de l'année. Au n. 32, le missel traite des parties dites présidentielles, celles que le prêtre prononce au nom de l'Église, et il écrit : « pendant que le prêtre les prononce, il n'y aura pas d'autres prières ni d'autres chants, l'orgue et les autres instruments resteront silencieux ».

Le silence de l'orgue n'est donc pas d'abord une affaire de Carême, c'est une affaire de chaque messe. Pas de tapis sonore sous l'oraison, pas de fond musical sous la Prière eucharistique. Si vous avez l'impression que l'organiste se retient par moments, ce n'est pas de la timidité, c'est la règle.

Le détail qui change ce que vous entendez du prêtre

Celui-ci est une petite merveille, et il montre à quel point l'instrument est tissé dans le rite. Au n. 142, à propos de la préparation des dons, le missel prévoit : « S'il n'y a pas de chant d'offertoire ou si l'on ne joue pas de l'orgue, le prêtre peut, en présentant le pain et le vin, dire à haute voix les formules de bénédiction, et chaque fois le peuple répond : Benedictus Deus in saecula. »

Autrement dit, c'est l'orgue qui décide si vous entendez le prêtre bénir le pain et le vin à voix haute, et si vous avez quelque chose à répondre. Quand l'orgue joue ou qu'on chante, ces formules restent à voix basse. Quand il se tait, elles vous sont adressées. La prochaine fois que le prêtre dira ces mots à haute voix, vous saurez pourquoi.

Un vrai métier, et souvent un métier solitaire

Le diocèse de Paris l'écrit sans détour : on ne s'improvise pas musicien dans l'Église, c'est un vrai métier, et il rappelle qu'une convention collective des musiciens des cultes en donne le cadre juridique, avec une charte des organistes et une charte des chanteurs. Le SNPLS ajoute que l'organiste est souvent la personne la plus musicalement formée de la communauté, et décrit cette formation : technique des mains et des pieds, éducation de l'oreille à mélanger les timbres, harmonie, et souvent écriture.

Le même dossier est honnête sur le revers, et c'est rare. Il rapporte cette phrase d'une organiste de diocèse : l'organiste a souvent le sentiment « qu'il fait partie des murs », et l'on cite davantage l'orgue que son servant. Si vous voulez faire plaisir à l'organiste de votre paroisse, le dossier du SNPLS donne lui-même le conseil : il n'est pas exagéré de le remercier de temps à autre. C'est le musicien le plus régulièrement présent de la communauté.

Quand l'orgue se tait, et quand il ne se tait pas

Nous arrivons au cœur du sujet, et à l'endroit où presque tout ce qui s'écrit sur l'orgue est approximatif. La croyance la plus répandue tient en deux phrases : l'orgue se tait pendant le Carême, et l'orgue se tait pendant le Triduum. Les deux sont inexactes, et les textes disent quelque chose de plus intéressant que le silence. Voici le calendrier réel, avec pour chaque ligne le numéro qui le fixe.

Moment Ce que l'orgue peut faire Texte
Temps ordinaire, Noël, temps pascal Tout : accompagner, et jouer seul s'il est bien entendu de tous PGMR n. 313
Les parties présidentielles, à chaque messe de l'année Rien. L'orgue et les autres instruments restent silencieux PGMR n. 32
Avent Tout, mais avec discrétion, sans anticiper la joie de Noël PGMR n. 313
Carême Soutenir le chant seulement. Pas de jeu seul PGMR n. 313
Quatrième dimanche de Carême (Laetare), solennités et fêtes Le jeu de l'orgue est permis, et l'on peut fleurir l'autel PGMR n. 313, lettre de 1988 n. 25
Du Gloria du Jeudi saint au Gloria de la Veillée pascale Soutenir le chant seulement. Même régime qu'au Carême Lettre de 1988 n. 50
Funérailles du Vendredi saint Rien. Sans chant, sans orgue et sans cloche Lettre de 1988 n. 61

L'Avent demande de la discrétion, pas une restriction

C'est la première distinction à faire, et elle est rarement faite. Le n. 313 écrit : « Pendant l'Avent, on se servira de l'orgue et des autres instruments de musique avec la discrétion qui convient au caractère de ce temps, et sans anticiper sur la joie complète de la Nativité du Seigneur. » L'Avent ne retire rien à l'orgue, il lui demande une tenue. Le jeu seul reste permis, simplement il ne doit pas déjà sonner comme Noël. Ce n'est donc pas du tout le régime du Carême, et confondre les deux est l'erreur la plus courante du sujet. Si ce temps liturgique vous intéresse pour lui-même, nous l'avons traité dans notre article sur l'Avent, son sens, ses dates et sa couronne.

Le Carême lui retire le solo, pas la voix

Le même numéro change de registre pour le Carême : « Pendant le Carême, l'orgue et les autres instruments ne sont autorisés que pour soutenir le chant, à l'exception du quatrième dimanche (Laetare), des solennités et des fêtes. »

Lisez bien le verbe. L'orgue n'est pas interdit pendant le Carême, il est autorisé pour une seule chose : soutenir le chant. Ce qui disparaît, c'est le reste, et le reste est considérable : l'entrée, l'interlude après la communion, la sortie, l'improvisation libre. L'organiste joue donc à chaque chant, et se tait entre les chants. Si vous sortez d'une messe de Carême avec l'impression d'un dépouillement sonore, c'est très exactement l'effet recherché, et il ne passe pas par le mutisme.

Laetare, les solennités et les fêtes rouvrent tout

L'exception est écrite deux fois, dans deux textes différents, et la seconde formulation est la plus claire. La lettre circulaire romaine de 1988 sur la préparation et la célébration des fêtes pascales écrit au n. 25 : « Le 4ème dimanche de Carême, dit Laetare, aux solennités et aux fêtes, le jeu de l'orgue et des instruments de musique est permis et on peut orner de fleurs l'autel. Ce même dimanche, on peut employer des vêtements liturgiques de couleur rose. »

Trois signes reviennent ensemble ce dimanche-là, et c'est ce qui le rend reconnaissable à l'oeil et à l'oreille : le jeu libre de l'orgue, les fleurs sur l'autel, et le rose des ornements. Notez au passage ce que la permission prouve, par simple logique : on ne permet pas ce qui n'était pas limité. Le n. 25 confirme donc le n. 313 par l'autre bout.

Le Triduum, où le mot « silence » induit tout le monde en erreur

C'est ici que la correction est la plus utile. La lettre de 1988, au n. 50, fixe la borne du Jeudi saint : pendant le chant du Gloria de la messe du soir, les cloches sonnent, puis « elles se taisent ensuite jusqu'au Gloria de la Veillée pascale ». Et la phrase suivante est celle qui nous concerne : « Dans le même temps, on ne peut se servir de l'orgue ou des autres instruments de musique que pour soutenir le chant. »

Ce sont les cloches qui se taisent, pas l'orgue. L'orgue, lui, passe simplement au régime du Carême : accompagner oui, jouer seul non. C'est un dépouillement, et non une extinction, et la nuance est théologiquement cohérente, puisque le chant de l'Église ne cesse jamais pendant ces trois jours. Nous avons raconté ces heures une à une dans notre article sur la Semaine sainte jour par jour, des Rameaux à Pâques, qui porte le déroulé complet et que celui-ci ne refait pas.

Le seul silence complet qui soit écrit

Il existe, et il tient en six mots. Toujours dans la lettre de 1988, au n. 61, à propos du Vendredi saint : la célébration des sacrements est strictement interdite ce jour-là, à l'exception de la pénitence et de l'onction des malades, puis vient la phrase : « Les funérailles seront célébrées sans chant, sans orgue et sans cloche. »

Il faut donc être précis plutôt que large : ni la PGMR n. 313 ni la lettre de 1988 ne prescrivent un silence total de l'orgue pendant le Carême ou pendant le Triduum. Les deux textes le réduisent au soutien du chant. Le seul silence complet qu'ils écrivent concerne les funérailles du Vendredi saint, et il s'ajoute à celui, permanent, des parties présidentielles. Ce qui circule sous le nom de « silence de l'orgue » est en réalité, dans les textes, une privation de solo.

À savoir : un orgue se bénit avant de servir

Le détail est dans la même phrase du missel que l'emplacement, et il passe inaperçu. Après avoir demandé un endroit approprié, le n. 313 ajoute : « Il convient que l'orgue soit béni avant d'être mis en service pour la liturgie, selon le rite prévu dans le Rituel romain. » La note du texte précise la référence : le Livre des bénédictions, « Bénédiction d'un orgue », aux nn. 1052 à 1067.

Un orgue d'église n'est donc pas seulement installé et accordé, il est béni, par un rite qui a ses propres numéros. C'est le même raisonnement qui vaut pour l'autel, pour le tabernacle et pour les cloches : un objet destiné au culte entre en service par une bénédiction, et pas seulement par une livraison. Voilà, soit dit en passant, pourquoi un orgue de concert et un orgue d'église peuvent être techniquement identiques et n'avoir pas le même statut.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un orgue d'église ?

C'est un instrument à vent, le plus souvent de grande dimension, dont les touches réparties sur un ou plusieurs claviers commandent le passage de l'air vers des tuyaux de taille décroissante, groupés par jeux ayant chacun un timbre différent : c'est la définition du Dictionnaire de l'Académie française. Ce qui en fait un orgue d'église n'est pas sa facture mais son statut : la constitution Sacrosanctum Concilium, au n. 120, lui réserve une estime particulière dans l'Église latine comme instrument traditionnel, et le Missel Romain prévoit au n. 313 qu'il soit béni avant d'être mis en service pour la liturgie.

Est-ce qu'on dit un orgue ou une orgue ?

On dit un orgue. L'Académie française classe le mot comme masculin au singulier, en notant qu'il s'est employé au féminin jusqu'au xviiie siècle. Le féminin a survécu au pluriel dans un cas précis : quand on désigne de façon emphatique un seul instrument, on écrit les grandes orgues de cette cathédrale. S'il s'agit d'un vrai pluriel, plusieurs instruments distincts, le masculin revient : les orgues anciens de cette région.

Pourquoi dit-on les grandes orgues ?

Parce que c'est une marque d'emphase, et non un pluriel réel. L'Académie française range « orgue » avec « amour » et « délice » parmi les mots masculins au singulier qui deviennent féminins au pluriel, et précise que ce féminin pluriel s'emploie « quand il désigne de façon emphatique un seul instrument ». Les grandes orgues d'une cathédrale sont donc un seul orgue, nommé avec solennité. L'Académie enregistre d'ailleurs l'expression figurée et ironique « faire donner les grandes orgues », qui veut dire traiter d'un sujet avec emphase.

Où se trouve l'orgue dans une église ?

Le plus souvent au fond, en surplomb de la nef, sur une tribune, et le mot « orgue » en est même venu à désigner ce lieu, puisque l'on dit monter à l'orgue. Mais ce n'est pas une règle : le Missel Romain, au n. 313, demande seulement un endroit approprié pour que l'instrument puisse soutenir le chant du peuple et de la chorale et, s'il joue seul, être bien entendu de tous. Le diocèse de Paris donne la raison de l'usage : l'orgue se place derrière l'assemblée, avec qui il fait cœur et souffle, et l'organiste reste invisible parce qu'il ne joue pas pour qu'on l'admire.

Quels sont les différents types d'orgues ?

Dans une église, on distingue d'abord le grand orgue, de grande dimension, au fond et en tribune, et l'orgue de chœur, de dimensions restreintes, situé près de l'autel. En dehors de l'église, l'Académie française recense notamment l'orgue de Barbarie, instrument portatif à manivelle dont le nom vient d'une déformation de Barberi, un fabricant de Modène, l'orgue électrique, où les tuyaux sont remplacés par des amplificateurs, et l'orgue électronique, dont les sons imitent ceux d'un orgue et sont produits par des oscillateurs. Elle mentionne aussi un orgue hydraulique dans l'Antiquité. Il vaut la peine de noter que le concile, lui, parle de l'orgue à tuyaux.

Comment s'appelle la personne qui joue de l'orgue dans une église ?

Un organiste, et celui qui en a la charge dans une église est l'organiste titulaire. L'expression consacrée pour dire qu'il exerce cette fonction est « tenir l'orgue ». Ne le confondez pas avec le facteur d'orgues, qui est celui qui construit et entretient l'instrument. Le diocèse de Paris rappelle qu'il s'agit d'un vrai métier, encadré par une convention collective des musiciens des cultes et par une charte des organistes.

Reconnaître ce que vous entendez

Vous savez maintenant nommer ce que vous voyez au fond de l'église : un buffet, des tuyaux groupés par jeux, une console avec ses claviers et son pédalier, sur une tribune qui n'est prescrite par aucun texte mais qui place l'instrument derrière l'assemblée, avec elle et non devant elle. Et vous connaissez le fait qui fonde sa présence, qui n'est ni une légende ni un titre honorifique mais un article de concile, le n. 120 de Sacrosanctum Concilium.

Vous savez surtout quelque chose que presque personne ne dit correctement. Pendant le Carême et pendant le Triduum, l'orgue ne se tait pas : il perd le droit de jouer seul. Il accompagne chaque chant, et il se retire entre les chants. Au quatrième dimanche de Carême, le jeu libre revient avec les fleurs et le rose. Et le seul silence complet qui soit écrit dans ces textes ne concerne que les funérailles du Vendredi saint. Dimanche prochain, écoutez où il entre et où il s'arrête : vous entendrez le calendrier.

Un mot de franchise pour finir, parce que nous préférons le dire que le contourner. Nous ne vendons pas d'orgue, et nous n'avons rien à vous proposer sur le sujet de cette page. Nous fabriquons et vendons des bijoux chrétiens, et si vous êtes venu pour l'instrument, repartez simplement avec le vocabulaire et le calendrier, c'est déjà ce que vous cherchiez. Si en revanche vous cherchez un signe à porter ou à offrir, nos croix chrétiennes existent en acier inoxydable qui ne noircit pas comme en argent 925, nos colliers croix se portent au quotidien, et nos médailles de saints accompagnent un baptême, une communion ou une confirmation. Tout est livré dans un écrin.

Deux sources de plus ont été vérifiées et sont citées en clair dans le corps, sans lien, parce que le nombre de liens d'autorité est plafonné : la page « Musique à l'église : L'orgue et la liturgie » du diocèse de Paris, signée Juan R. Biava, organiste titulaire de Saint-Pierre-de-Montmartre et président du Syndicat National des Artistes Musiciens des Cultes, et la rubrique Questions de langue « Amour, délice et orgue » du Dictionnaire de l'Académie française.

Ce que nous savons faire, et ce n'est pas un orgue

Disons-le franchement : nous vendons des croix et des médailles, pas des instruments de musique, et cette page n'a aucun produit à vous proposer sur son sujet. Si vous cherchez un bijou chrétien à porter ou à offrir, nos croix en acier inoxydable qui ne noircit pas et en argent 925 sont là, livrées dans leur écrin.

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Nos bijoux croix

Acier inoxydable ou argent 925, livré dans son écrin.

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