Conclave : comment est élu un pape, étape par étape

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Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'un conclave ?
  2. Avant le conclave : la vacance du siège apostolique
  3. Qui élit le pape ?
  4. L'entrée en conclave : la procession, le serment, l'extra omnes
  5. Le scrutin : comment on vote, et la majorité des deux tiers
  6. Combien de temps dure un conclave ?
  7. La fumée noire et la fumée blanche
  8. « Acceptes-tu ? », le choix du nom, et le Habemus Papam
  9. L'anneau du pêcheur
  10. Ce que le conclave n'est pas
  11. Questions fréquentes
  12. Un signe qui se porte, bien avant le vote

Qui a le droit de voter, exactement ? Qui décide du jour où l'on commence ? Et comment un collège de cardinaux enfermés à clé arrive-t-il à un nom, sans campagne, sans candidat déclaré et sans un mot qui sorte de la pièce ?

Voici la réponse courte : le pape est élu par les cardinaux de moins de 80 ans, au scrutin secret, à la majorité des deux tiers des électeurs présents et votants, dans la chapelle Sixtine fermée au monde. Tout le reste, la fumée, le latin, le balcon, l'anneau, vient après et découle de cela. Le mot lui-même dit déjà l'essentiel : cum clavis, fermé à clé.

Nous suivons ici l'ordre réel des opérations, de la vacance du siège à l'anneau du pêcheur. Et nous faisons, à chaque étape, une chose que presque personne ne fait : nous disons si la règle est écrite dans le texte en vigueur, ou si elle relève de l'usage raconté. C'est cette distinction qui vous évitera de répéter trois ou quatre affirmations fausses qui circulent partout sur le sujet.

En bref

  • Qui vote : les cardinaux de moins de 80 ans, et eux seuls. L'âge se compte au jour où le siège devient vacant, pas au jour du vote. Le texte fixe aussi un plafond de cent vingt électeurs.
  • À quelle majorité : les deux tiers des électeurs présents et votants, du premier tour au dernier. Cette règle a été rétablie en 2007 et confirmée en 2013 : elle ne tombe jamais, même après des dizaines de tours.
  • Quand : quinze jours après le début de la vacance, vingt au maximum. Depuis 2013, le collège peut avancer la date si tous les électeurs sont déjà là.
  • Le rythme : un seul tour le premier après-midi, puis quatre par jour, deux le matin et deux l'après-midi, avec des journées de prière imposées quand ça bloque.
  • La couleur de la fumée n'est écrite nulle part dans la constitution. Le texte prescrit seulement de brûler les bulletins. La couleur est produite par un second poêle et des cartouches fumigènes, et c'est un usage, pas une norme.

Qu'est-ce qu'un conclave ?

Un conclave est l'assemblée des cardinaux électeurs réunis pour pourvoir un siège épiscopal précis : celui de Rome. Pas une fonction administrative, pas une présidence d'organisation internationale. L'Église catholique en France le formule simplement : c'est une élection faite dans la prière et devant Dieu, afin de pourvoir le premier siège épiscopal, celui de Rome. Celui qui est élu devient évêque de Rome, et c'est parce qu'il est évêque de Rome qu'il est pape.

Cette précision n'est pas de l'érudition. Elle explique pourquoi le nouveau pape va ensuite célébrer une messe à Saint-Jean du Latran, qui est la cathédrale de Rome : il se présente à son diocèse. Et elle explique pourquoi les papes sont appelés les successeurs de saint Pierre sur le siège de Rome, au sens propre et non au sens figuré.

Pourquoi dit-on « conclave » ?

Le mot vient du latin cum clavis, « fermé à clé ». Il désigne à la fois les opérations de vote et le lieu où elles se déroulent, et il garde la trace d'une pratique très concrète : l'isolement complet des électeurs pendant toute la durée de l'élection, requis depuis le XIIIe siècle.

C'est de là que vient aussi l'usage figuré de l'expression « se réunir en conclave », pour dire se retirer à l'écart afin de décider quelque chose sans être dérangé. L'image est juste : dans le cas du conclave romain, la clé n'est pas une métaphore.

Où se passe le conclave ?

Les votes se déroulent dans la chapelle Sixtine, et c'est écrit noir sur blanc dans le texte, qui la désigne comme « lieu et siège du déroulement de l'élection ». Rien n'oblige en revanche les cardinaux à y dormir : depuis la constitution de 1996, le périmètre fermé a été étendu à une partie de la Cité du Vatican, et les électeurs sont logés à la Domus Sanctae Marthae, la Maison Sainte-Marthe, construite pour cela.

Ce point est souvent présenté comme un détail de confort. Il est en réalité une règle de secret : la constitution prévoit que les cardinaux ne puissent être approchés par personne pendant leurs trajets entre la Maison Sainte-Marthe et le Palais apostolique. Le périmètre fermé n'est pas la chapelle, c'est le chemin entier.

Avant le conclave : la vacance du siège apostolique

Le conclave ne commence pas à la mort d'un pape. Entre les deux, il y a une période qui porte un nom, sede vacante, le siège vacant, et qui a ses propres règles. Elle commence à la mort du pape ou à l'effet de sa renonciation, et elle s'achève à l'instant où l'élu accepte son élection.

Ce qui s'arrête, et ce qui continue

Le principe est net : pendant la vacance, le collège des cardinaux n'a aucun pouvoir sur ce qui relève du pape. Le texte va jusqu'à déclarer d'avance nul tout acte de ce genre. Le gouvernement de l'Église est confié au collège « seulement pour expédier les affaires courantes ou celles qui ne peuvent être différées », et pour préparer l'élection.

Concrètement, à la mort du pape, tous les chefs des dicastères de la Curie romaine cessent leurs fonctions, secrétaire d'État compris. Deux charges seulement continuent : le camerlingue et le grand pénitencier. Les nonces, eux, restent en poste. Et la règle la plus lourde de conséquences est celle-ci : durant la vacance, on ne peut ni corriger ni modifier les lois du pape défunt. Personne ne peut profiter du vide pour changer quoi que ce soit.

Quelle est la fonction du camerlingue ?

Le camerlingue est le cardinal chargé de l'intendance de la vacance. Le texte lui confie une liste de gestes précis : constater officiellement la mort du pape en présence du maître des célébrations liturgiques et des prélats de la Chambre apostolique, apposer les scellés sur le bureau et la chambre du pape, informer le cardinal vicaire de Rome, prendre possession du Palais apostolique, et veiller à l'administration des biens du Saint-Siège avec l'aide de trois cardinaux assistants tirés au sort.

Il ne gouverne pas. Il garde, il constate, il prépare. Et il n'est pas le président du collège : les congrégations générales sont présidées par le doyen.

Les congrégations générales, la partie dont personne ne parle

Avant le vote, il y a des réunions, et elles comptent énormément. Le texte distingue deux sortes de congrégations : la générale, c'est-à-dire tout le collège, et la particulière, qui expédie les affaires de peu d'importance. Les congrégations générales qui précèdent l'élection sont appelées « préparatoires » et doivent avoir lieu quotidiennement, y compris les jours des obsèques.

Deux choses y sont remarquables. D'abord, les cardinaux de plus de 80 ans y participent : ils ne votent pas, mais ils ont voix au chapitre dans la discussion, et le texte leur laisse seulement la faculté de s'abstenir d'y venir s'ils le préfèrent. Ensuite, c'est là que chaque cardinal « exprime son sentiment sur les problèmes qui se présentent ». Autrement dit, la délibération réelle a lieu avant l'enfermement, pas pendant. La Sixtine, elle, est silencieuse : on y vote.

Une de ces congrégations prend les décisions matérielles : le jour et l'heure de l'exposition du corps, les obsèques sur neuf jours consécutifs, la préparation de la Maison Sainte-Marthe et de la Sixtine, la désignation des deux ecclésiastiques qui prononceront les méditations, la lecture des documents laissés par le pape défunt, l'annulation de l'anneau du pêcheur et du sceau de plomb, le tirage au sort des logements, et enfin le jour et l'heure du premier vote.

Qui élit le pape ?

Le droit d'élire appartient uniquement aux cardinaux de la Sainte Église romaine. Le texte ferme la porte à double tour : il est « absolument exclu » qu'un autre dignitaire ecclésiastique ait le droit de vote, ou qu'une autorité laïque intervienne, quel que soit son rang.

Les cardinaux de moins de 80 ans, et le plafond de cent vingt

Deux chiffres sont dans la même phrase du texte, et il vaut la peine de les lire mot pour mot. Sont exclus de l'élection les cardinaux qui, avant le jour de la mort du pape ou avant le jour où le siège est devenu vacant, ont « déjà quatre-vingts ans accomplis ». Puis : « Le nombre maximum de Cardinaux électeurs ne doit pas dépasser cent vingt. »

Attention à la mécanique de l'âge, qui surprend souvent. Ce n'est pas l'âge au jour du vote qui compte, c'est l'âge au jour où la vacance commence. Un cardinal qui franchit ses 80 ans pendant la vacance reste électeur. Un cardinal qui les avait la veille de la mort du pape ne l'est pas, même si le conclave s'ouvre trois semaines plus tard.

Quant au plafond, il faut être honnête sur ce qu'il est : une limite voulue par le texte, pas un verrou automatique. Le nombre réel d'électeurs dépend des cardinaux créés avant la vacance, et le texte lui-même précise qu'un cardinal créé et publié en consistoire a le droit de vote même s'il n'a pas encore reçu la barrette, ni l'anneau, ni prêté serment. Le chiffre de cent vingt dit une intention de dimension universelle ; il ne garantit pas un décompte.

Dernière précision qui tranche une idée reçue : aucun cardinal électeur ne peut être exclu du vote « pour quelque motif ou prétexte que ce soit ». Ni une charge en cours, ni une fonction à la Curie, ni le fait d'être lui-même pressenti. Un camerlingue peut donc être élu, comme n'importe quel autre.

Qui peut devenir pape ?

Et là, la réponse est bien plus large qu'on ne le croit. Le texte demande aux électeurs de donner leur voix à celui qu'ils auront jugé le plus capable de gouverner l'Église universelle, « même hors du Collège cardinalice ». L'élu n'a donc pas besoin d'être cardinal.

Les conditions réelles sont celles pour devenir évêque : être un homme baptisé catholique remplissant ces conditions, l'Église catholique ne prévoyant pas l'ordination des femmes. Dans la pratique, depuis des siècles, les papes sont choisis parmi les cardinaux électeurs. Et si l'élu n'était pas évêque, il serait immédiatement ordonné : le texte prévoit que l'élu déjà ordonné évêque est pape dès son consentement, et acquiert à cet instant « le pouvoir plein et suprême sur l'Église universelle ».

L'entrée en conclave : la procession, le serment, l'extra omnes

Le jour venu, la journée a une forme très précise, et elle est écrite. Le matin, une messe solennelle dans la basilique Saint-Pierre, la messe votive pro eligendo Papa, « pour l'élection du pape ». L'après-midi, l'entrée.

Le Veni Creator, de la chapelle Pauline à la Sixtine

Les cardinaux se réunissent dans la chapelle Pauline du Palais apostolique, en habit de chœur, et se rendent à la Sixtine « en procession solennelle, en invoquant à travers le chant du Veni Creator l'assistance de l'Esprit Saint ». Ce n'est pas un usage, c'est une prescription du texte, et c'est l'un des rares endroits où une constitution apostolique nomme un chant.

Le choix n'est pas décoratif. Cette hymne du IXe siècle est celle que l'Église chante chaque fois qu'il s'agit de choisir des hommes ou de décider ensemble, aux ordinations comme à l'ouverture d'un synode. Nous en avons publié le texte latin et la traduction liturgique complets, avec la rubrique exacte qui en prescrit le chant à l'entrée en conclave. Et c'est la même invocation de l'Esprit qui est au cœur de la fête de la Pentecôte et de ses sept dons.

Le serment des électeurs

Arrivés dans la chapelle, les personnes de la procession étant encore présentes, les cardinaux prêtent serment. Le doyen, ou le premier des cardinaux par ordre et ancienneté, lit la formule à haute voix. Elle engage les électeurs à observer la constitution, à défendre la liberté du Saint-Siège, et surtout à garder « avec la plus grande fidélité et avec tous, clercs et laïcs, le secret sur tout ce qui concerne d'une manière quelconque l'élection », pendant comme après.

Puis chaque cardinal, à son tour et selon l'ordre de préséance, prononce la sienne : « Et moi, N. Cardinal N., je le promets, j'en fais le vœu et je le jure », en posant la main sur l'Évangile, et il ajoute : « Que Dieu m'y aide ainsi que ces saints Évangiles que je touche de ma main. » Le serment est individuel, nominatif, et la main est sur le livre.

« Extra omnes », tout le monde dehors

Quand le dernier électeur a prêté serment, l'extra omnes est prononcé par le maître des célébrations liturgiques pontificales, et toutes les personnes étrangères au conclave quittent la Sixtine. Deux hommes restent : le maître des célébrations lui-même, et l'ecclésiastique choisi pour la seconde méditation, sur la tâche très lourde qui incombe aux électeurs et sur la nécessité d'agir solum Deum prae oculis habentes, « n'ayant que Dieu devant les yeux ».

La méditation achevée, ces deux-là sortent à leur tour. C'est à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, que la chapelle est vide de tout non-électeur. Ce n'est donc pas le doyen qui prononce l'extra omnes, contrairement à ce qu'on lit souvent, et ce n'est pas la dernière parole avant le vote : il reste encore une méditation à entendre.

L'isolement, dans le détail

Les règles de coupure sont beaucoup plus concrètes que l'image qu'on s'en fait. Pendant toute la durée des opérations, les cardinaux électeurs doivent s'abstenir de toute correspondance écrite et de toute conversation téléphonique ou radio avec des personnes non admises. Ils ne peuvent ni recevoir ni expédier de messages, y compris par l'intermédiaire d'une personne légitimement présente. Et nommément : interdiction de recevoir la presse quotidienne ou périodique, d'écouter la radio, de regarder la télévision.

Enfin, le texte interdit absolument d'introduire, ou d'utiliser s'ils s'y trouvent déjà, « tout genre d'appareils techniques qui servent à enregistrer, à reproduire ou à transmettre les voix, les images ou les écrits ». Le camerlingue fait vérifier qu'aucun moyen d'espionnage n'a été dissimulé dans la chapelle.

Le scrutin : comment on vote, et la majorité des deux tiers

Il n'existe plus qu'une seule manière d'élire un pape. Les deux anciennes formes, l'acclamation quasi ex inspiratione et le compromis, sont abolies : la forme de l'élection est désormais uniquement per scrutinium, par scrutin secret.

Le bulletin : Eligo in Summum Pontificem

Le bulletin est décrit au millimètre. Rectangulaire, portant sur sa moitié supérieure les mots Eligo in Summum Pontificem, « j'élis comme Souverain Pontife », imprimés si possible, et laissant la moitié inférieure libre pour y écrire un nom. Il doit pouvoir être plié en deux.

La rédaction est secrète, et le texte demande à chaque électeur d'écrire « d'une écriture autant que possible non reconnaissable ». Un seul nom : deux noms rendent le vote nul. Avant chaque tour, trois scrutateurs, trois infirmarii chargés de recueillir les votes des malades et trois réviseurs sont tirés au sort publiquement par le dernier des cardinaux diacres. Neuf noms, tirés au sort, à chaque scrutin.

Le serment prononcé devant l'urne

Chaque cardinal porte lui-même son bulletin plié à l'autel, en le tenant levé de façon qu'il puisse être vu. Arrivé là, il prononce à haute voix une formule que peu de gens connaissent et qui dit tout du sens de ce vote : « Je prends à témoin le Christ Seigneur, qui me jugera, que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu. » Puis il dépose le bulletin sur le plateau, le fait glisser dans l'urne, s'incline vers l'autel et regagne sa place.

Après le vote, le premier scrutateur agite l'urne pour mélanger les bulletins, le dernier les compte un à un. Si le nombre des bulletins ne correspond pas au nombre des électeurs, on les brûle tous et on revote immédiatement, sans dépouillement. Le dernier scrutateur perfore chaque bulletin lu avec une aiguille, à l'endroit du mot Eligo, et les enfile sur un fil.

La majorité des deux tiers, et pourquoi elle a été rétablie

C'est le point où il faut absolument servir la bonne version du texte, parce que la règle a changé deux fois en dix-sept ans.

La constitution de 1996 prévoyait, à son numéro 75, qu'après une longue série de tours infructueux, les cardinaux pouvaient décider de passer à la majorité absolue. Cette disposition a été abrogée par Benoît XVI le 11 juin 2007, qui a rétabli « la norme entérinée par la tradition, selon laquelle pour l'élection valide du Pontife Romain est toujours requise la majorité des deux tiers des voix des Cardinaux électeurs présents ». Et c'est la version de 2013 qui fait foi aujourd'hui : « pour la validité de l'élection du Pontife Romain sont requis au moins les deux tiers des suffrages de la totalité des électeurs présents et votants ».

La conséquence est considérable, et c'est elle qui explique la mécanique entière d'un conclave : la barre ne descend jamais. Un candidat qui réunirait une majorité simple confortable n'est pas élu, et ne le sera pas davantage au centième tour. Il faut convaincre les deux tiers, ou s'effacer. C'est ce qui rend un conclave si différent d'un scrutin politique, où l'on gagne en étant le plus fort du premier tour.

Si personne n'atteint les deux tiers, le texte est laconique : « le Pape n'a pas été élu ». Et dans les deux cas, élection ou non, les réviseurs contrôlent les bulletins et les relevés des scrutateurs. Une élection faite autrement que ce que prescrit la constitution est nulle de plein droit, sans qu'aucune déclaration soit nécessaire, et ne donne aucun droit à la personne élue.

Combien de temps dure un conclave ?

Le texte ne fixe aucune durée maximale, mais il organise le temps de façon si serrée qu'un blocage long devient très improbable.

Le rythme : un tour le premier soir, quatre ensuite

La règle est la suivante. Si le vote commence dès l'après-midi du premier jour, il n'y a qu'un seul tour ce jour-là. Les jours suivants, deux tours le matin et deux l'après-midi, soit quatre par jour : aussitôt après un tour sans résultat, les électeurs votent une seconde fois, sans prêter serment à nouveau ni retirer au sort de nouveaux scrutateurs.

Faites le calcul, parce qu'il est parlant : un tour le premier soir, puis trois journées pleines à quatre tours, cela fait treize tours en quatre jours.

Ce qui se passe quand ça bloque

Au bout de ces trois jours de scrutins sans résultat, les votes sont suspendus pendant un jour au maximum, consacré à la prière, à un libre échange entre les votants et à une brève exhortation spirituelle du premier des cardinaux diacres. Puis sept tours. Nouvelle pause, avec une exhortation du premier des cardinaux prêtres. Sept tours encore. Nouvelle pause, exhortation du premier cardinal évêque. Sept tours encore.

Et si rien n'a abouti, la règle en vigueur depuis 2013 est claire : une journée de prière, de réflexion et de dialogue, puis seuls les deux cardinaux arrivés en tête au tour précédent restent éligibles, et ces deux-là n'ont plus le droit de vote. La majorité des deux tiers reste exigée. Avec un enchaînement aussi contraint, un conclave n'est pas censé dépasser une quinzaine de jours.

Il faut dire franchement ce que le texte ne dit pas : il ne garantit rien. L'histoire a connu des vacances de plusieurs années, et c'est précisément cette expérience qui a produit, au XIIIe siècle, la règle de l'enfermement dont le mot « conclave » garde le souvenir. La durée courte des conclaves récents est un fait d'époque, pas une norme.

Où dorment les cardinaux pendant le conclave ?

À la Maison Sainte-Marthe, dans la Cité du Vatican, où chacun dispose d'une chambre individuelle entre les scrutins. Avant 1996, les électeurs étaient logés dans des conditions bien plus austères, aménagées à la hâte dans le Palais apostolique. La constitution a étendu le périmètre fermé pour permettre ce logement, à la condition expresse que le trajet reste inviolable.

La fumée noire et la fumée blanche

C'est le signe le plus célèbre du conclave, et c'est aussi celui sur lequel on raconte le plus de choses inexactes. Voici la part du texte et la part de l'usage.

Ce que la constitution prescrit, et ce qu'elle ne dit pas

La troisième et dernière phase du scrutin, le post-scrutin, comprend trois opérations : le décompte des voix, leur vérification, et la combustion des bulletins. Le texte précise que les bulletins doivent être brûlés par les scrutateurs avant que les cardinaux ne quittent la chapelle, et que si l'on enchaîne immédiatement un second tour, les bulletins du premier ne sont brûlés qu'à la fin, avec ceux du second. Les notes personnelles des électeurs sont remises et brûlées avec eux.

Voilà tout. Le mot « fumée » n'apparaît pas une seule fois dans la constitution, et aucun code de couleurs n'y est écrit. Ce que le texte prescrit, c'est la destruction des bulletins, pour le secret. Le signal donné au monde est une conséquence de ce geste, pas son objet.

Au passage, cela éclaire un détail qui intrigue : si deux tours ont lieu dans la même demi-journée, il n'y a qu'une seule fumée pour les deux. C'est pour cela qu'on ne voit pas quatre fumées par jour, mais deux.

Les deux poêles, et ce qui fait la couleur

La cheminée installée sur le toit de la Sixtine est reliée à deux poêles de fonte, trente mètres plus bas. Le premier est historique, il date de 1939, et sert à brûler les bulletins. Le second a été installé en 2005, et il sert « à la combustion des produits chimiques fumigènes, qui donnent la couleur à la fumée, noire ou celle tant attendue, blanche ».

Autrement dit, la couleur ne vient pas de la paille humide ou sèche que décrivent les récits anciens : elle est produite à part, dans un second poêle, par des cartouches prévues pour cela. C'est une solution technique à un problème réel, l'ambiguïté des fumées grises. Et pour lever ce qui pourrait rester de doute, les cloches de la basilique Saint-Pierre sonnent en même temps que la fumée blanche.

« Acceptes-tu ? », le choix du nom, et le Habemus Papam

L'élection acquise, le dernier des cardinaux diacres fait entrer le secrétaire du collège, le maître des célébrations liturgiques et deux cérémoniaires. Alors seulement commence la partie que le monde connaît.

Les deux questions du doyen

Au nom de tout le collège, le cardinal doyen, ou le premier des cardinaux par ordre et ancienneté, demande son consentement à l'élu en ces termes exacts : « Acceptes-tu ton élection canonique comme Souverain Pontife ? » Et aussitôt le consentement reçu, il pose la seconde question : « Comment veux-tu être appelé ? »

Deux remarques. D'abord, l'élection précède le consentement : on n'est pas candidat, on est élu, puis on accepte ou non. Ensuite, c'est le maître des célébrations liturgiques qui, faisant office de notaire avec deux cérémoniaires pour témoins, rédige le document de l'acceptation et du nom pris. Le nom est consigné par un notaire, le jour même.

Et si le doyen est lui-même l'élu, c'est le cardinal évêque le plus ancien qui lui pose la question. De même, si le doyen a plus de 80 ans et n'entre donc pas en conclave, les règles prévoient que le cardinal électeur le plus ancien présidera.

Comment le pape choisit-il son nom ?

Il faut répondre honnêtement : le texte ne dit rien du choix du nom, sinon qu'il est demandé et consigné. Aucune liste de noms permis, aucune liste de noms interdits, aucun délai, aucun critère. Le choix est entièrement libre, et il n'est encadré par rien.

Ce qui existe autour de cette liberté est de l'ordre de l'usage et de la lecture : un nom reprend souvent celui d'un prédécesseur dont on veut poursuivre l'œuvre, ou celui d'un saint dont on veut se placer sous le patronage. C'est pour cela que le choix est commenté comme un programme. Mais dire que telle règle impose ou interdit un nom est faux : il n'y a pas de règle.

L'annonce au balcon et la bénédiction Urbi et Orbi

Les cardinaux rendent hommage au nouveau pape, on rend grâce à Dieu, puis le premier des cardinaux diacres annonce au peuple dans l'attente l'élection accomplie et le nom du nouveau pontife, qui donne aussitôt la bénédiction apostolique Urbi et Orbi, « à la ville et au monde », depuis le balcon de la basilique vaticane. C'est la même bénédiction que celle de Noël et de Pâques.

Pour tout le cérémonial de détail, la constitution renvoie à un autre livre, l'Ordo rituum Conclavis, le rituel du conclave. Et c'est là qu'il faut être précis : les mots Habemus Papam n'apparaissent pas une seule fois dans la constitution apostolique. La formule latine que tout le monde attend appartient au rituel et à l'usage, pas au texte de loi. Elle est authentique, elle n'est simplement pas à l'endroit où on la croit.

Le conclave, lui, prend fin dès que l'élu a donné son consentement, et non à son apparition au balcon.

L'anneau du pêcheur

L'anneau du pêcheur est l'insigne propre du pape. Il représente saint Pierre pêchant au filet dans sa barque, et il est remis lors de l'inauguration solennelle du pontificat, glissé à l'annulaire de la main droite par le doyen du Collège cardinalice. Il a longtemps servi à sceller les lettres apostoliques : c'était un sceau avant d'être un symbole.

C'est cet usage de sceau qui explique le geste le plus étonnant de la vacance. À la mort du pape, l'anneau est retiré de son doigt par le doyen, puis détruit par le camerlingue, afin d'éviter toute falsification. La constitution le prévoit noir sur blanc parmi les décisions urgentes des congrégations générales : « prendre soin de faire annuler l'Anneau du Pêcheur et le sceau de plomb sous lesquels sont expédiées les Lettres apostoliques ».

Depuis le pontificat de Benoît XVI, l'anneau n'est plus brisé : il est simplement annulé, c'est-à-dire rendu inutilisable par une entaille, puis exposé dans les Musées du Vatican. Un anneau détruit n'est pas une mise à mort symbolique du pape défunt, comme on l'écrit parfois : c'est la mise hors service d'un outil de signature. La différence entre les deux lectures est exactement celle qui sépare l'usage raconté du texte.

Ce que le conclave n'est pas

C'est ici que la plupart des récits dérapent, et le texte lui-même suffit à remettre les choses d'aplomb.

Ce n'est pas une campagne, et il n'y a pas de candidat déclaré. La constitution interdit aux cardinaux, du vivant du pape et sans l'avoir consulté, de prendre des engagements sur l'élection de son successeur, de promettre des voix ou de décider de cela dans des réunions privées. Elle leur interdit « toute espèce de pactes, d'accords, de promesses ou d'autres engagements » qui les contraindraient à donner ou refuser leur voix. Un tel engagement est nul et non avenu, personne n'est obligé de le tenir, et les transgresseurs sont frappés d'excommunication latae sententiae.

Mais, et c'est la nuance que presque tout le monde oublie, le texte ajoute immédiatement : « Cependant, je n'entends pas interdire les échanges d'idées en vue de l'élection, durant la vacance du Siège. » Discuter est permis, et même attendu : c'est tout le rôle des congrégations générales. Ce qui est interdit, c'est de s'engager. La frontière n'est pas entre parler et se taire, elle est entre délibérer et se lier.

Ce n'est pas une élection où un État a son mot à dire. La constitution interdit à tous, sous peine d'excommunication latae sententiae, d'accepter d'un pouvoir civil la mission de proposer un veto ou une exclusive, « même sous forme d'un simple désir », et de le révéler au collège ou à un électeur. L'interdiction s'étend à toutes les formes d'ingérence.

Ce n'est pas un vote d'affinités. Le texte exhorte les électeurs à ne pas se laisser guider par la sympathie ou l'aversion, ni influencer par des faveurs ou des rapports personnels, ni pousser par l'intervention de personnalités en vue, par des groupes de pression, par « l'emprise des moyens de communication sociale », par la violence, la crainte ou la recherche de popularité.

Et le secret n'est pas une consigne de discrétion, c'est une matière pénale. Il faut toutefois lire précisément qui risque quoi, parce que l'affirmation courante est trop large. L'excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique est prévue nommément pour le personnel de service qui violerait le secret, pour toute infraction au périmètre fermé, pour la simonie, pour le veto civil et pour les pactes. Pour les cardinaux électeurs eux-mêmes, le texte ordonne de conserver le secret même après l'élection, graviter onerata ipsorum conscientia, « leur conscience en étant gravement chargée », et rappelle qu'il n'est permis de le violer en aucune façon sans permission expresse du pape.

Le texte ou l'usage : le tableau qui tranche

Ce qu'on entend dire Dans le texte en vigueur ?
Seuls les cardinaux de moins de 80 ans votent Écrit, et l'âge se compte au début de la vacance
Il y a au maximum cent vingt électeurs Écrit, comme un plafond voulu, pas comme un verrou
Il faut les deux tiers des voix Écrit, et la barre ne descend jamais depuis 2007
On vote dans la chapelle Sixtine Écrit, elle est nommée « lieu et siège » de l'élection
Les cardinaux dorment à la Maison Sainte-Marthe Écrit, depuis 1996
On chante le Veni Creator en entrant Écrit, l'hymne est nommée
Le maître des cérémonies dit « extra omnes » Écrit, et ce n'est pas le doyen qui le prononce
Les bulletins sont brûlés Écrit, par les scrutateurs, avant de quitter la chapelle
La fumée noire ou blanche annonce le résultat Usage. Le mot « fumée » est absent du texte
La couleur vient de paille humide ou sèche Usage ancien. Un second poêle et des fumigènes depuis 2005
On annonce « Habemus Papam » Usage et rituel. La formule n'est pas dans la constitution
Le pape bénit depuis le balcon Écrit, bénédiction Urbi et Orbi
Les cloches de Saint-Pierre sonnent aussi Usage, décrit par l'Église de France
Certains noms de pape sont interdits Ni l'un ni l'autre. Le texte ne dit rien du choix du nom
L'anneau du pêcheur est détruit à la mort du pape Écrit, il est « annulé » avec le sceau de plomb

Questions fréquentes

Combien y a-t-il de cardinaux électeurs ?

Le texte fixe un plafond : « le nombre maximum de Cardinaux électeurs ne doit pas dépasser cent vingt ». Le nombre réel varie d'un conclave à l'autre, puisqu'il dépend des cardinaux créés avant la vacance et de ceux qui ont franchi leurs 80 ans avant qu'elle ne commence. Retenez la règle, pas le chiffre : sont électeurs les cardinaux de moins de 80 ans au jour où le siège devient vacant, dans la limite voulue de cent vingt.

Quelle est la fonction du camerlingue ?

Il administre la vacance. La constitution lui demande de constater officiellement la mort du pape, d'apposer les scellés sur son bureau et sa chambre, d'informer le cardinal vicaire de Rome, de prendre possession du Palais apostolique, de veiller sur les biens et les droits temporels du Saint-Siège avec trois cardinaux assistants tirés au sort, et de garantir l'inviolabilité du périmètre du conclave. Avec le grand pénitencier, il est l'une des deux seules charges de Curie qui ne cessent pas à la mort du pape. Il ne gouverne pas et ne préside pas les congrégations générales.

Qui est le doyen du collège des cardinaux ?

C'est le cardinal qui préside le collège, et sa fonction au conclave est écrite. Il préside les congrégations générales, lit la formule du serment dans la Sixtine, et c'est lui qui pose à l'élu les deux questions du consentement et du nom. Le texte prévoit aussi les cas de remplacement : si le doyen est absent ou empêché, le vice-doyen ; si ni l'un ni l'autre n'a le droit d'élire parce qu'ils ont dépassé 80 ans, le cardinal électeur le plus ancien selon l'ordre de préséance ; et si le doyen est lui-même l'élu, c'est le cardinal évêque le plus ancien qui lui demande son consentement.

Comment le pape choisit-il son nom ?

Librement, et le texte ne l'encadre d'aucune manière. La seule règle écrite est que la question lui est posée immédiatement après son consentement, « Comment veux-tu être appelé ? », et que le maître des célébrations liturgiques, faisant office de notaire, rédige le document de l'acceptation et du nom pris. Il n'existe ni liste de noms autorisés, ni liste de noms interdits, ni critère imposé. Tout ce qui se dit sur la signification d'un nom relève de la lecture et de l'usage, non de la norme.

Qu'est-ce que l'anneau du pêcheur ?

C'est l'insigne distinctif du pape, remis lors de l'inauguration solennelle de son pontificat et glissé à l'annulaire de sa main droite par le doyen du Collège cardinalice. Il représente saint Pierre pêchant au filet dans sa barque, d'où son nom. Il a d'abord été un sceau, servant à authentifier les lettres apostoliques, et la constitution Pastor bonus confie à la Secrétairerie d'État la garde du sceau de plomb et de l'anneau du pêcheur.

Pourquoi détruit-on la bague du pape ?

Pour une raison strictement pratique : empêcher qu'un document soit scellé au nom d'un pape défunt. La constitution range cette opération parmi les décisions urgentes des congrégations générales, en demandant « de faire annuler l'Anneau du Pêcheur et le sceau de plomb sous lesquels sont expédiées les Lettres apostoliques ». Le geste a évolué : l'anneau était brisé, il est désormais annulé, c'est-à-dire entaillé pour être rendu inutilisable, puis exposé dans les Musées du Vatican. Ce n'est pas un rite funèbre, c'est la mise hors service d'un instrument de signature.

Un signe qui se porte, bien avant le vote

Vous aviez deux questions en arrivant : qui vote, et comment on arrive à un nom. Vous avez maintenant les deux réponses dans leur version exacte, les cardinaux de moins de 80 ans et la majorité des deux tiers, et surtout la ligne de partage entre ce que la loi de l'Église écrit et ce que l'habitude raconte. C'est cette ligne qui permet de suivre un conclave sans répéter d'approximations.

Reste un détail que le texte glisse presque incidemment, et qui est peut-être le plus parlant de tous. Pendant toute la vacance, dans les congrégations générales comme particulières, la constitution demande aux cardinaux de porter la soutane noire filetée, la ceinture rouge, la calotte, la croix pectorale et l'anneau. Avant de voter, avant d'entrer, avant la fumée, chacun de ces hommes porte une croix au cou et un anneau au doigt. Ce ne sont pas des décorations de fonction : ce sont les deux signes les plus anciens de l'appartenance chrétienne, et ils disent au nom de quoi le vote est donné.

C'est le même geste, en plus discret, que celui de porter une croix tous les jours. Découvrez nos bijoux croix, nos colliers croix à porter près du cœur et nos bagues croix, en acier inoxydable ou en argent 925, livrés dans un écrin. Et si vous voulez comprendre ce que l'élection confère exactement à celui qui l'accepte, nous l'avons détaillé en comparant la primauté reconnue au pape par les catholiques et le refus qu'en fait la Communion anglicane, cette Église dont le Credo que nous récitons dit pourtant qu'elle est « une, sainte, catholique et apostolique ».

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Nos bijoux croix

Pendant la vacance du siège, la constitution demande aux cardinaux de porter la soutane noire, la ceinture rouge, la calotte, la croix pectorale et l'anneau. La croix au cou n'est pas un ornement : c'est le signe que porte celui qui va voter. En acier inoxydable ou en argent 925, livrés dans un écrin.

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Acier inoxydable ou argent 925, livré dans son écrin.

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