Exorcisme : ce que l'Église catholique fait vraiment

Mis à jour le 27 min de lecture

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Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'un exorcisme dans l'Église catholique ?
  2. L'exorcisme du baptême, celui que presque personne ne sait avoir reçu
  3. Avant tout exorcisme, l'Église regarde du côté de la médecine
  4. Tentation, infestation, possession : trois choses à ne pas mélanger
  5. Qui peut pratiquer un exorcisme ? Ce que dit le canon 1172
  6. Le rituel d'exorcisme catholique, et pourquoi vous ne le lirez pas
  7. L'exorciste, un ministère ordinaire des diocèses français
  8. Ce qu'il faut faire si vous pensez en avoir besoin
  9. Ce que tout fidèle peut prier, et ce qu'il ne peut pas
  10. L'exorcisme dans la Bible, en deux mots
  11. Ce qu'il faut retenir, et ce que nous ne vous vendrons pas
  12. Questions fréquentes
  13. Sources

Vous avez tapé ce mot après un film, ou parce qu'une inquiétude réelle vous a conduit ici, et vous vous demandez ce que l'Église catholique fait vraiment sous ce nom. Vous cherchez peut-être à savoir si cela existe encore, qui a le droit de le pratiquer, et à qui l'on s'adresse si l'on pense en avoir besoin. Ou vous voulez simplement comprendre pourquoi un sujet aussi sérieux est devenu un genre de cinéma.

Voici la réponse courte, et elle tient en deux mots qui n'ont presque rien en commun. L'Église appelle « exorcisme » deux choses très différentes. Le premier est l'exorcisme simple, celui du baptême : il figure dans le rite, il se dit sur un enfant au milieu de sa famille, et la plupart des baptisés ignorent qu'ils l'ont reçu. Le second est l'exorcisme majeur, et le droit de l'Église le réserve à un prêtre ayant reçu une permission particulière et expresse. Entre les deux, il y a une exigence que presque aucune page ne met en avant alors qu'elle est écrite noir sur blanc dans le Catéchisme : l'Église demande de s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une maladie avant de célébrer quoi que ce soit, et son propre Rituel renvoie à des médecins. Nous vous donnons ici les textes exacts, la marche à suivre concrète si la question vous concerne, et nous ne reproduisons aucune formule, pour une raison que nous expliquons.

En bref

  • Deux exorcismes, un seul mot. Le Catéchisme (n. 1673) écrit que « sous une forme simple, l'exorcisme est pratiqué lors de la célébration du Baptême ». Celui-là, tout baptisé selon le rite romain l'a reçu.
  • L'exorcisme majeur est réservé. Le canon 1172 est clair : personne ne peut légitimement le prononcer sans une permission « particulière et expresse » de l'Ordinaire du lieu, accordée à un prêtre « pieux, éclairé, prudent et de vie intègre ».
  • Le médecin passe avant. Le Catéchisme distingue le cas des maladies, « surtout psychiques, dont le soin relève de la science médicale », et demande de s'en assurer avant toute célébration. Le Rituel lui-même suggère le recours à des experts en psychiatrie.
  • Ce n'est pas une rareté. L'exorcisme fait partie du ministère de l'évêque, qui délègue habituellement cette mission à un prêtre nommé pour un temps donné. Il existe un Bureau national des exorcistes, et l'on peut joindre le service de son département.
  • Nous ne donnons aucune formule. Le Rituel n'est pas vendu en librairie, il est adressé aux évêques et aux exorcistes nommés par eux. Et en 1985, Rome a rappelé qu'il n'est pas permis aux fidèles d'employer la formule d'exorcisme de Léon XIII.

Qu'est-ce qu'un exorcisme dans l'Église catholique ?

La définition officielle est courte et elle vaut la peine d'être lue mot à mot, parce qu'elle ne ressemble pas à ce que l'on imagine. Le Catéchisme écrit : « Quand l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Malin et soustrait à son empire, on parle d'exorcisme ».

Trois choses sautent aux yeux dans cette phrase. L'exorcisme est une demande, pas une opération. C'est l'Église qui demande, et elle demande à Dieu : il n'y a pas de force que l'on manipulerait, pas de technique, pas de pouvoir détenu en propre. Ensuite, cela se fait « publiquement et avec autorité », c'est-à-dire dans un cadre et au nom d'un mandat, jamais à titre privé. Enfin, l'objet de la demande peut être « une personne ou un objet », et c'est déjà une surprise pour beaucoup : on exorcise aussi des choses.

Le Service national de la pastorale liturgique le résume d'une formule qui ferme la porte à tout malentendu : en pratiquant le grand exorcisme, l'Église « n'agit pas de façon magique avec une force qu'elle n'aurait pas elle-même ». Elle intervient au nom de Dieu. Tout le reste de cet article découle de cette phrase.

Exorcisme simple et exorcisme majeur, les deux mots que l'on confond

Le même numéro du Catéchisme pose la distinction centrale, et elle est la clé de tout le sujet. « Sous une forme simple, l'exorcisme est pratiqué lors de la célébration du Baptême. L'exorcisme solennel, appelé "grand exorcisme", ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de l'évêque. »

Autrement dit, il y a d'un côté une prière qui fait partie de la vie ordinaire des paroisses, que l'on entend plusieurs fois par an sans la remarquer, et de l'autre un rite rare, encadré, réservé, dont la célébration ne fait l'objet d'aucune publicité. Les deux portent le même nom. Presque toute la confusion publique sur l'exorcisme vient de là.

L'exorcisme du baptême, celui que presque personne ne sait avoir reçu

C'est le point le plus étonnant de ce dossier, et il est entièrement vérifiable dans les livres liturgiques. Le rite du baptême comporte une prière d'exorcisme. Le Service national de la pastorale liturgique donne les références précises : le Rituel du baptême des petits enfants porte, aux numéros 84-85 et 124-125, une « Prière d'exorcisme et de délivrance ».

Et son contenu n'a rien d'inquiétant. Cette prière, écrit la même source, « déploie la dernière demande du Notre Père : "Délivre-nous du mal" ». Le texte exact de cette demande, dans la traduction liturgique officielle, est : « Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal » (Matthieu 6, 13, traduction officielle liturgique). L'exorcisme du baptême n'est donc rien d'autre que le Notre Père déplié. Il ne s'adresse pas au démon, il s'adresse à Dieu, et il demande ce que des millions de personnes demandent chaque jour sans y penser.

Le même mécanisme existe pour les adultes. Le cheminement du catéchuménat comporte des exorcismes dits « mineurs », célébrés aux étapes qui jalonnent la préparation (Rituel de l'initiation chrétienne des adultes, numéros 110-115). Ce sont des prières adressées à Dieu le Père ou au Christ pour aider le catéchumène à mener les combats qu'implique sa conversion. Là encore, rien de spectaculaire : une demande de force.

Si vous préparez un baptême et que vous vous demandez ce que l'on y entend, notre article sur les sept sacrements de l'Église catholique replace le baptême dans l'ensemble, et nos bijoux de baptême sont pensés pour le cadeau qui accompagne ce jour-là. Le signe que le célébrant trace sur le front de l'enfant, lui, est une croix.

Avant tout exorcisme, l'Église regarde du côté de la médecine

Voici le point le plus important de cette page, et celui que l'on trouve le moins souvent écrit. Ce n'est pas une précaution moderne ajoutée par prudence : c'est dans le Catéchisme, dans le même numéro que la définition.

Le texte dit : « Très différent est le cas des maladies, surtout psychiques, dont le soin relève de la science médicale. Il est important, donc, de s'assurer, avant de célébrer l'exorcisme, qu'il s'agit d'une présence du Malin, et non pas d'une maladie. » L'ordre est donné par l'Église elle-même : on écarte d'abord l'hypothèse médicale.

Le Rituel va dans le même sens, et le Service national de la pastorale liturgique le rapporte sans détour : le Rituel de l'exorcisme majeur « exhorte au plus grand discernement et suggère d'avoir en certains cas recours à la consultation d'experts dans le domaine spirituel et, si nécessaire, des experts en psychiatrie ayant le sens des réalités spirituelles ». La même source ajoute une phrase d'une grande honnêteté sur la difficulté de l'exercice : il est « facile d'être dupe de l'imagination et de se laisser égarer par des récits inexacts, maladroitement transmis ou abusivement interprétés ».

Il faut mesurer ce que cela veut dire en pratique. Une personne qui s'adresse à un service diocésain d'exorcisme sera d'abord écoutée, et le plus souvent orientée vers un soin, un accompagnement ou le sacrement de réconciliation. L'exorcisme majeur est, dans ce parcours, l'exception et non l'issue attendue. L'ouvrage que les évêques de France ont publié pour faire connaître l'esprit du Rituel consacre d'ailleurs une partie entière à « bien situer l'articulation des dimensions psychique et spirituelle », et il fait appel à un psychiatre au même titre qu'à un exégète et à un pasteur.

Tentation, infestation, possession : trois choses à ne pas mélanger

Le mot « possession » est employé à tort et à travers, et l'Église distingue des degrés très différents. La page du Bureau national des exorcistes en donne la version la plus accessible, et nous la reprenons telle qu'elle est écrite.

Première chose, ce que la page appelle le mode « ordinaire » de nuisance du démon : « Faire entrer en tentation. Conduire à la tristesse et à la désespérance. Ôter la paix. Diviser et obscurcir les consciences. » Notez ce que cette liste ne contient pas : aucun phénomène physique, aucune voix, aucun objet qui bouge. Le registre ordinaire est celui de la tentation et du découragement, c'est-à-dire ce que tout le monde connaît, et sa réponse est la vie chrétienne ordinaire.

Ensuite viennent les cas extraordinaires, et la même page distingue l'infestation de la possession.

Degré Ce que l'Église en dit Ce qu'elle fait
Tentation Le mode ordinaire : faire entrer en tentation, conduire à la tristesse et à la désespérance, ôter la paix, diviser les consciences. La vie chrétienne ordinaire : prière, sacrements, confession, accompagnement.
Infestation Satan « peut se saisir de l'imagination et de la mémoire » et altérer la volonté, mais pas l'âme, et la personne garde sa liberté. L'atteinte est psychique. « L'écoute, le dialogue et la prière permettent de démêler ces troubles. » Pas d'exorcisme majeur.
Possession « Le possédé ne domine plus rien, le mal agit alors sans le consentement de la personne. » L'exorcisme majeur, célébré par l'exorciste nommé, après discernement et examen médical.

Un mot sur le vocabulaire, parce qu'il flotte. Le lexique du Rituel distingue encore d'autres termes, et les évêques de France en citent la liste : aliénation, envoûtement, infestation, maléfice, obsession, possession. Le mot « obsession » appartient donc bien au vocabulaire de l'Église, mais la page grand public de la Conférence des évêques, elle, emploie « infestation » pour le degré intermédiaire. Si vous croisez les deux mots, ce n'est pas une contradiction, ce sont deux niveaux de langue.

Il faut ajouter une mise en garde que l'Église formule elle-même, et qui coupe court à bien des usages du mot. En reconnaissant la réalité du monde démoniaque, écrit le Service national de la pastorale liturgique, « l'Église n'a jamais permis à l'homme d'évacuer sa responsabilité en attribuant ses fautes aux démons ». La phrase est nette, et elle vise exactement l'usage le plus courant du mot possession.

Qui peut pratiquer un exorcisme ? Ce que dit le canon 1172

Le droit de l'Église est ici d'une précision qu'il vaut la peine de citer exactement, parce que presque toutes les versions qui circulent sont approximatives.

Le canon 1172 dispose, au paragraphe 1 : « Personne ne peut légitimement prononcer des exorcismes sur les possédés, à moins d'avoir obtenu de l'Ordinaire du lieu une permission particulière et expresse. » Et au paragraphe 2 : « Cette permission ne sera accordée par l'Ordinaire du lieu qu'à un prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre. »

Trois précisions valent d'être relevées, parce qu'on les voit rarement.

Le texte dit « l'Ordinaire du lieu », pas « l'évêque ». La notion est plus large : elle inclut l'évêque diocésain, mais aussi d'autres autorités que le droit assimile à lui. En pratique, dans un diocèse français, c'est bien l'évêque qui nomme, et c'est ce que dit le Catéchisme en écrivant « avec la permission de l'évêque ». Mais si vous citez le canon, citez-le avec son mot.

La permission doit être « particulière et expresse ». Elle ne se déduit pas d'une fonction, elle ne s'attache pas à une paroisse, elle ne se présume jamais. Un prêtre qui n'a pas reçu cette permission nommément ne peut pas célébrer d'exorcisme majeur, quelle que soit son expérience.

Le paragraphe 2 ajoute quatre qualités requises du prêtre : pieux, éclairé, prudent, de vie intègre. Ce n'est pas une clause de style. La Congrégation pour la doctrine de la foi, en 1985, a reformulé la même exigence en demandant aux évêques « d'insister sur l'observation de ces prescriptions ». Le mot « éclairé » dit en particulier ce que tout ce dossier répète : on attend de cet homme du jugement, pas du courage.

Le rituel d'exorcisme catholique, et pourquoi vous ne le lirez pas

Il existe un livre liturgique propre à l'exorcisme majeur. Son titre latin est De exorcismis et supplicationibus quibusdam. Il a remplacé le titre XII de l'ancien Rituel romain de 1952, et selon la notice de la Bibliothèque nationale de France, qui en tient le titre conventionnel, il a été approuvé le 1er octobre 1998, le décret de publication de l'édition typique latine portant la date du 22 novembre 1998. La version française, celle qu'utilisent les exorcistes de France, est le « Rituel de l'exorcisme et prières de supplication », publié par l'AELF chez Desclée-Mame en 2006, traduction approuvée par les conférences des évêques francophones et confirmée à Rome.

Maintenant, l'information qui compte, et elle est plus intéressante que le contenu du livre. Ce Rituel n'est pas diffusé en librairie. Le Service national de la pastorale liturgique l'écrit : il est « directement adressé aux évêques diocésains et aux exorcistes expressément nommés par eux ». Mieux, la Conférence des évêques précise que le livre est attaché à la fonction : l'exorciste le reçoit de son évêque et doit le rendre à la fin de sa mission.

À savoir : pourquoi cette page ne décrit aucun rite et ne donne aucune formule

Ce n'est pas de la pudeur, et ce n'est pas une litote pour vous retenir sur le site. C'est la position de l'Église, et elle est double. D'une part, le Rituel lui-même, selon ses préliminaires, prévoit que la célébration « ne fera l'objet d'aucune publicité » et que l'exorciste comme les personnes présentes gardent la discrétion. D'autre part, la Congrégation pour la doctrine de la foi a écrit en 1985 qu'il « n'est pas même permis aux fidèles d'employer la formule d'exorcisme contre Satan et les anges déchus » tirée de celle publiée par mandat de Léon XIII, « et encore moins d'employer le texte intégral de cet exorcisme ». Publier un texte que les fidèles n'ont pas le droit d'employer n'aiderait personne. Les pages qui le font, souvent en PDF, vous proposent un document sans usage licite.

Ce que l'on peut dire sans entrer dans le détail, c'est la forme générale de la célébration, telle que les évêques de France la décrivent publiquement : elle est d'inspiration baptismale, elle comporte des rites d'ouverture avec signe de croix et aspersion d'eau bénite, une liturgie de la Parole avec psaumes, lecture de l'Évangile, imposition des mains et profession de foi, puis les rites propres, et enfin une action de grâce et une bénédiction. Quelques proches peuvent y prendre part. C'est, de bout en bout, une célébration liturgique, et c'est la raison pour laquelle le même texte insiste pour qu'elle ne puisse « être considérée par personne comme un acte de magie ou de superstition ». L'eau bénite et son usage, si cela vous intrigue, se comprennent mieux avec notre article sur le bénitier.

L'exorciste, un ministère ordinaire des diocèses français

On imagine volontiers l'exorciste comme une figure rare, cachée, presque légendaire. La réalité administrative est beaucoup plus banale, et c'est une bonne nouvelle.

La Conférence des évêques de France l'écrit ainsi : « L'exorcisme fait partie du ministère de l'évêque. De manière habituelle, il délègue cette mission à un prêtre qu'il nomme exorciste pour un temps donné. » C'est donc une charge diocésaine comme une autre, avec une lettre de nomination et une durée. Trois conséquences concrètes en découlent, toutes tirées de la même page.

L'exorciste ne peut agir que dans son diocèse, sauf dérogation accordée au cas par cas. On ne choisit donc pas son exorciste comme on choisit un spécialiste, on s'adresse à celui de son territoire.

Il n'est pas seul. Sa mission est partagée avec une équipe d'accueil composée de laïcs, de religieux, de religieuses et de prêtres. Le diocèse de Paris, par exemple, confie le service de l'exorcisme pour les diocèses d'Île-de-France à une structure d'accueil rattachée à une paroisse, avec des permanences téléphoniques plusieurs jours par semaine. L'essentiel du travail est de l'écoute.

Et ce ministère est encadré et formé. Les exorcistes rendent compte régulièrement de leur mission à leur évêque, suivent des sessions de formation, et participent à une Session nationale qui se tient tous les deux ans, organisée par le Bureau national des exorcistes. Ce bureau existe, il travaille avec le Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, et les deux ont publié ensemble un ouvrage de prières destiné aux personnes en souffrance.

Nous ne donnons pas de nombre d'exorcistes en France : les chiffres qui circulent viennent de reportages de presse, pas d'une source d'Église, et nous n'avons pas trouvé de décompte officiel publié.

Ce qu'il faut faire si vous pensez en avoir besoin

C'est pour cette section que beaucoup de gens arrivent ici, et elle mérite d'être simple. Trois démarches, dans cet ordre, et aucune n'est effrayante.

1. Voyez votre médecin

Ce n'est pas une façon de botter en touche, c'est l'ordre que l'Église donne elle-même. Le Catéchisme demande de s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une maladie « avant de célébrer l'exorcisme », et son Rituel prévoit le recours à des psychiatres. Beaucoup de ce qui se vit comme une emprise relève d'une souffrance qui se soigne, et le dire n'enlève rien à la réalité de cette souffrance. Un médecin ne vous jugera pas, et son avis fait partie du discernement de l'Église, pas contre lui.

2. Parlez à votre curé

Un prêtre de paroisse est l'interlocuteur normal, et il est très probablement déjà passé par cette conversation. Il écoutera, il pourra proposer la confession et un accompagnement, et c'est lui qui saura s'il faut passer la main. Les sacrements ordinaires sont la première réponse de l'Église au mal, bien avant tout rite extraordinaire : si c'est le pas que vous voulez faire, notre article sur comment se confesser explique le déroulé concret d'une confession.

3. Votre diocèse a un service, et il est joignable

Chaque diocèse dispose d'un contact pour ces questions, et la Conférence des évêques de France met à disposition un accès par département depuis sa page consacrée à l'exorcisme. On y est reçu par une équipe, on y est écouté, et c'est gratuit.

Et ce qu'il ne faut surtout pas faire

L'avertissement qui suit n'est pas de nous, il est en tête de la page officielle, répété deux fois. « Des personnes non mandatées par l'Église catholique romaine se présentent comme évêques, monseigneurs ou prêtres exorcistes. Elles ne sont pas inscrites aux Ordos diocésains. Elles vous demanderont de l'argent et sont incapables de vous offrir la liberté du Christ. »

Retenez le critère, il est simple et il tranche presque tous les cas : un exorciste mandaté figure dans l'annuaire du diocèse, et il ne vous demande rien. Quiconque réclame un paiement, un objet à acheter, un abonnement ou une consultation sort du cadre de l'Église. Et par construction, il en va de même des désenvoûteurs, voyants et autres services payants : la même page range le spiritisme et les pratiques occultes du côté des problèmes, pas des solutions.

Ce que tout fidèle peut prier, et ce qu'il ne peut pas

La frontière est nette, et elle est posée par un texte précis : la Lettre aux Ordinaires au sujet des normes sur l'exorcisme, signée par le cardinal Ratzinger le 29 septembre 1985.

Ce que ce texte interdit aux fidèles tient en deux points. Employer la formule d'exorcisme contre Satan et les anges déchus tirée de celle publiée par mandat de Léon XIII, et à plus forte raison son texte intégral. Et diriger des réunions de prière de délivrance où les démons sont directement interpellés et où l'on cherche à connaître leur nom, pour qui n'a pas reçu le pouvoir nécessaire. La différence de fond est là : on s'adresse à Dieu, pas au démon.

Mais la lettre se termine par une phrase qu'il faut lire aussi attentivement que les interdits, parce qu'elle est souvent oubliée. « L'exposé de ces normes ne doit cependant absolument pas détourner les fidèles de prier pour que, comme Jésus nous l'a enseigné, ils soient libérés du mal. » Prier pour être délivré du mal est la demande même du Notre Père, et elle appartient à tout baptisé.

La prière à saint Michel n'est pas l'exorcisme de Léon XIII

C'est la confusion la plus répandue sur ce sujet, et elle mérite une mise au point. Léon XIII a laissé deux textes différents. Le premier est la courte prière « Saint Michel Archange, défendez-nous dans le combat », que des millions de catholiques récitent et que rien n'interdit. Le second est un long exorcisme contre Satan et les anges apostats, publié par mandat du même pape, et c'est de celui-là, et de lui seul, que parle la lettre de 1985.

Si vous cherchez le texte de la prière courte, il est intégralement reproduit dans notre article sur la prière à saint Michel archange, avec son origine. Et si c'est le personnage qui vous intéresse, qui est saint Michel archange fait le tri entre les trois passages bibliques qui le nomment et l'imagerie qui s'est ajoutée. Nous ne refaisons pas ici ce travail.

Comment prier, concrètement

La Conférence des évêques de France donne, sur cette même page, des indications d'une grande sobriété pour les personnes éprouvées, et elles valent mieux que toutes les formules. On peut prier chez soi, dans un lieu d'Église, un monastère ou une communauté. Il s'agit de créer un espace de recueillement, « pour y trouver la discrétion et le calme nécessaires » : « Une croix, un chapelet, une Bible ou un livre des Évangiles pourront marquer ce lieu en l'orientant vers la présence du Seigneur. » Notez que ces objets ne sont là que pour orienter le regard : une croix posée ou portée ne fait rien par elle-même, elle rappelle à qui l'on parle.

Puis, toujours selon cette page : se tenir quelques instants assis ou à genoux, en silence ; faire un beau signe de croix, « en se rappelant que nous avons été baptisés » ; murmurer le nom de Jésus, plusieurs fois ; et réciter le Notre Père lentement. C'est tout. Aucune formule spéciale, aucun objet obligatoire, aucune condition. Le détail qui compte, et qui boucle tout cet article, est le rappel du baptême : c'est là qu'a eu lieu le premier exorcisme, le simple, et c'est à lui que l'on revient.

Notre article sur la prière du soir donne des textes simples pour ce moment-là, si vous cherchez par où commencer.

L'exorcisme dans la Bible, en deux mots

Nous ne développons pas ce point ici, parce qu'il est traité ailleurs sur ce blog, mais il faut le situer. Les évangiles rapportent plusieurs épisodes où Jésus délivre des personnes tourmentées par des esprits mauvais, et le Catéchisme en donne la clé au numéro 550 : ces exorcismes « libèrent des hommes de l'emprise des démons » et anticipent la victoire du Christ sur « le prince de ce monde ». C'est de là que l'Église tient ce qu'elle fait : le numéro 1673 précise qu'elle en a reçu « le pouvoir et la charge ».

Le détail des récits, leur classement et leurs références exactes se trouvent dans notre article sur les miracles de Jésus, qui consacre une section entière aux exorcismes évangéliques. Et sur l'identité de ces esprits dont parlent les textes, qu'est-ce qu'un ange rappelle que la tradition les décrit comme des créatures, et des créatures tombées : rien qui ait de puissance propre.

Ce qu'il faut retenir, et ce que nous ne vous vendrons pas

Vous savez maintenant que le mot « exorcisme » recouvre deux réalités sans commune mesure : une prière du rite baptismal que presque tout baptisé a reçue sans le savoir, et un rite majeur que le canon 1172 réserve à un prêtre nommément autorisé. Et vous savez l'exigence que l'Église place avant tout le reste, celle qui n'apparaît presque jamais dans les récits spectaculaires : s'assurer d'abord qu'il ne s'agit pas d'une maladie, et consulter des médecins s'il le faut. Si une seule chose doit rester de cette page, c'est celle-là, avec le numéro de téléphone du service de votre diocèse.

Un mot sur nous, pour finir, parce qu'un site qui vend des bijoux chrétiens doit être clair sur ce sujet précis. Aucun objet ne protège du mal, et nous ne vous vendrons jamais le contraire. Le Catéchisme range cette croyance du côté de la superstition, et le cas de la médaille de saint Benoît le montre bien : sa bénédiction comporte bel et bien un exorcisme, mais cet exorcisme porte sur la médaille, pas sur la personne qui la portera, et notre article sur la signification de la médaille de saint Benoît détaille cette nuance que presque personne ne fait.

Ce qu'un objet peut faire, il le fait comme un rappel. Nos médailles de saints rappellent une prière et la personne à qui on la dit, rien de plus, et c'est déjà beaucoup les jours où l'on n'a pas les mots. En acier inoxydable ou en argent 925, fabriquées en Chine comme nous l'écrivons sur chaque fiche, livrées dans un écrin.

Questions fréquentes

Est-ce que l'exorcisme existe toujours ?

Oui, et sous deux formes. L'exorcisme simple est pratiqué lors de la célébration du baptême, donc plusieurs fois par an dans n'importe quelle paroisse. L'exorcisme majeur existe également : chaque diocèse français a un prêtre nommé exorciste par son évêque, pour un temps donné, et un Bureau national des exorcistes coordonne ce ministère et organise une session nationale tous les deux ans.

Comment se déroule un exorcisme ?

C'est une célébration liturgique, d'inspiration baptismale, et elle n'est pas publique. Les évêques de France en décrivent les grandes étapes : des rites d'ouverture avec signe de croix et aspersion d'eau bénite, une liturgie de la Parole avec psaumes, lecture d'Évangile, imposition des mains et profession de foi, les rites propres de l'exorcisme, puis une action de grâce et une bénédiction. Le Rituel prévoit qu'elle ne fasse l'objet d'aucune publicité et que les personnes présentes gardent la discrétion. C'est pourquoi nous n'en donnons pas le détail.

Quels sont les signes d'une possession ?

L'Église ne publie pas de liste de symptômes, et c'est volontaire : le discernement se fait au cas par cas, par des personnes formées. Ce qu'elle dit, c'est où commence la question. Le Catéchisme demande de s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une maladie, « surtout psychique », avant toute célébration, et le Rituel suggère le recours à des experts en psychiatrie. La Conférence des évêques précise par ailleurs que dans la possession, « le possédé ne domine plus rien, le mal agit sans le consentement de la personne », ce qui la distingue de l'infestation, où la personne garde sa liberté. Si la question vous concerne, l'interlocuteur est un médecin, puis votre curé.

Quelle est la prière pour exorciser une personne ?

Il n'y en a pas que vous puissiez dire, et c'est une information en soi. Le canon 1172 réserve l'exorcisme sur les possédés à un prêtre ayant reçu une permission particulière et expresse de l'Ordinaire du lieu, et le Rituel qui en porte les formules n'est pas diffusé en librairie : il est adressé aux évêques et aux exorcistes nommés par eux. En 1985, la Congrégation pour la doctrine de la foi a même rappelé qu'il n'est pas permis aux fidèles d'employer la formule d'exorcisme de Léon XIII. En revanche, prier pour être délivré du mal est la demande même du Notre Père, et elle appartient à tout baptisé.

Comment contacter un prêtre exorciste ?

Par votre paroisse ou par votre diocèse, jamais par une annonce. La Conférence des évêques de France donne un accès par département sur sa page consacrée à l'exorcisme, et chaque service fonctionne avec une équipe d'accueil et des permanences. Deux points importants : l'exorciste ne peut agir que dans son diocèse, et un exorciste réellement mandaté figure dans l'annuaire diocésain et ne demande pas d'argent. La page officielle avertit explicitement contre des personnes non mandatées qui se présentent comme prêtres exorcistes et réclament un paiement.

Est-il possible d'être exorciste sans être prêtre ?

Non, pas pour l'exorcisme majeur. Le canon 1172 § 2 précise que la permission n'est accordée qu'à « un prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre », et le Catéchisme écrit que le grand exorcisme « ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de l'évêque ». Des laïcs participent en revanche pleinement aux équipes d'accueil des services diocésains, pour l'écoute et la prière, et tout baptisé peut prier pour être délivré du mal.

Sources

  • Catéchisme de l'Église catholique, n. 1673 : la définition de l'exorcisme, l'exorcisme « sous une forme simple » lors du baptême, la réserve du grand exorcisme à un prêtre avec la permission de l'évêque, et la distinction d'avec les maladies « surtout psychiques, dont le soin relève de la science médicale », avec l'obligation de s'en assurer avant de célébrer. Le n. 550, sur la même page que les miracles du Christ, donne le fondement évangélique.
  • Code de droit canonique, can. 1172 : la réserve de l'exorcisme sur les possédés à qui a obtenu de l'Ordinaire du lieu « une permission particulière et expresse », et les quatre qualités requises du prêtre au paragraphe 2. Le canon figure au titre des sacramentaux, ce qui situe l'exorcisme parmi eux et non parmi les sacrements.
  • Congrégation pour la doctrine de la foi, Lettre aux Ordinaires au sujet des normes sur l'exorcisme, 29 septembre 1985 : l'interdiction faite aux fidèles d'employer la formule d'exorcisme de Léon XIII, l'interdiction des réunions où les démons sont interpellés et où l'on cherche leur nom, et la précision que ces normes ne doivent pas détourner les fidèles de prier pour être libérés du mal.
  • Service national de la pastorale liturgique et sacramentelle, Monique Brulin, « Les pratiques d'exorcisme dans l'Église catholique et le Rituel de l'exorcisme » : les exorcismes mineurs du catéchuménat (RICA nn. 110-115), la prière d'exorcisme et de délivrance du Rituel du baptême des petits enfants (nn. 84-85 et 124-125) comme déploiement du « Délivre-nous du mal », le recours aux experts en psychiatrie, la non-diffusion du Rituel en librairie, l'absence de publicité, le déroulement général de la célébration, et la référence du Rituel français (AELF, Desclée-Mame, 2006).
  • Conférence des évêques de France, « Exorcisme catholique », page du Bureau national des exorcistes : la mission d'accueil, d'écoute et de discernement, la nomination par l'évêque pour un temps donné, le périmètre diocésain, le Rituel rendu en fin de mission, la distinction infestation et possession, le mode « ordinaire » de nuisance du démon, les indications de prière pour les personnes éprouvées, l'accès au service par département, et l'avertissement sur les personnes non mandatées qui demandent de l'argent.
  • Cités en clair, sous le plafond de cinq liens d'autorité : la traduction officielle liturgique de Matthieu 6, 13 (AELF) pour le texte exact de la demande « délivre-nous du Mal » ; la notice de titre conventionnel de la Bibliothèque nationale de France pour le Rituel de l'exorcisme et prières de supplication, qui donne le titre latin De exorcismis et supplicationibus quibusdam, l'approbation du 1er octobre 1998, le décret de publication de l'édition typique latine du 22 novembre 1998 et le remplacement du titre XII du Rituel romain de 1952 ; la page du Service de l'exorcisme du diocèse de Paris pour l'exemple d'un service régional avec équipe d'accueil et permanences.

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Acier inoxydable ou argent 925, livré dans son écrin.

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