Eau bénite : à quoi elle sert, et ce qu'elle ne fait pas

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eau bénite
Sommaire
  1. Qu'est-ce que l'eau bénite ? Un sacramental, pas un sacrement
  2. Eau bénite ou eau bénie : laquelle s'écrit comment
  3. Eau bénite composition : comment fait-on de l'eau bénite
  4. À quoi sert l'eau bénite : les usages réels
  5. Eau bénite et eau baptismale : deux eaux, deux formules
  6. Eau bénite dans la maison : comment en rapporter, où la mettre, quoi en faire
  7. Pouvoirs, envoûtement, protection : ce que l'eau bénite ne fait pas
  8. Questions fréquentes
  9. Ce que vous saurez répondre la prochaine fois

Vous avez un petit flacon dans un placard et vous ne savez plus quoi en faire. Ou bien quelqu'un vous a dit d'en mettre dans les coins de votre maison, et quelque chose dans cette phrase vous a mis mal à l'aise sans que vous sachiez quoi. Ou encore vous vous demandez tout simplement ce qu'est cette eau dans laquelle tout le monde trempe les doigts à l'entrée de l'église, pourquoi on écrit « bénite » et pas « bénie », et si elle a vraiment un effet.

La réponse tient en un mot, et ce mot décide de tout le reste : l'eau bénite est un sacramental, et un sacramental n'est pas un sacrement. C'est de l'eau sur laquelle l'Église a prononcé une prière. Elle ne contient rien, elle ne se charge de rien, elle ne fonctionne pas toute seule. Le Catéchisme l'écrit noir sur blanc, et le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France ajoute la précision la plus utile de ce sujet : les fidèles qui en usent ravivent les effets de leur baptême « à proportion de leur foi ». Nous allons donc répondre dans cet ordre : ce qu'elle est, comment elle se fait, qui peut la bénir, à quoi elle sert réellement, en quoi elle diffère de l'eau du baptême, comment en rapporter chez soi et quoi en faire après. Et nous dirons franchement ce qu'elle ne fait pas, parce que c'est là que se logent les malentendus.

En bref

  • L'eau bénite est un sacramental, pas un sacrement. Le Catéchisme la définit au n. 1667 comme un « signe sacré » institué par l'Église, et précise au n. 1670 que les sacramentaux « ne confèrent pas la grâce de l'Esprit saint à la manière des sacrements ».
  • Elle n'agit pas à votre place. Le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France est explicite : quand les fidèles usent de l'eau bénite, « ils ravivent en eux les effets de leur baptême, à proportion de leur foi ». Pas de disposition, pas d'effet.
  • Composition : de l'eau, une prière, et éventuellement du sel. Le sel « ne trouve sa place, facultative, dans la liturgie que dans le rite de la bénédiction de l'eau bénite ». Il n'y a aucune autre recette.
  • Tout prêtre peut la bénir (can. 1169 § 2). Le diacre, seulement si le droit le lui permet expressément, et certains sacramentaux peuvent être administrés par des laïcs au jugement de l'Ordinaire du lieu (can. 1168).
  • On écrit « bénite » avec un t parce que c'est un adjectif, pas un participe passé. L'Académie française en fait une entrée séparée, et date cette distinction du xixe siècle.
  • Elle ne s'achète pas, elle se demande. Prenez un flacon, allez à la sacristie de votre paroisse. Le can. 1171 demande que les choses que la bénédiction destine au culte divin soient « traitées avec respect », même quand elles appartiennent à un particulier.
  • Nous ne vendons pas d'eau bénite. Nous faisons des croix et des médailles. Le funnel commercial de cet article est nul, et nous préférons l'écrire que l'inventer.

Qu'est-ce que l'eau bénite ? Un sacramental, pas un sacrement

La définition exacte, et d'où elle vient

Il faut commencer par le mot que personne n'emploie dans la conversation courante et qui règle pourtant toute la question : sacramental. Le Catéchisme de l'Église catholique en donne la définition au n. 1667, en citant le concile Vatican II : les sacramentaux sont « des signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l'Église. Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l'effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées ».

Relisez les deux expressions décisives. « Selon une certaine imitation des sacrements » : ce n'est pas un sacrement, c'est quelque chose qui lui ressemble. Et « obtenus par la prière de l'Église » : ce qui agit, c'est une prière, pas une substance. Le Code de droit canonique ouvre son titre sur les sacramentaux par la même formule au can. 1166.

Et l'eau bénite n'est pas un exemple parmi d'autres : elle est l'exemple que le Catéchisme choisit lui-même. Au n. 1668, en listant les signes qui accompagnent la prière d'un sacramental, il écrit « l'imposition de la main, le signe de la croix, l'aspersion d'eau bénite (qui rappelle le Baptême) ». Cette parenthèse est tout le sujet. L'eau bénite ne vaut pas par elle-même, elle vaut parce qu'elle renvoie à autre chose.

Pourquoi l'eau n'est pas un sacrement, et l'eau du baptême pas davantage

C'est la nuance que l'on manque le plus souvent, et le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France la pose en une phrase, sous la plume de Dom Robert Le Gall : « On notera que l'eau n'est pas en soi un sacrement : le baptême consiste dans le bain d'eau qu'une parole accompagne (Ep 5, 26). L'eau bénite est un sacramental. »

Autrement dit, même au baptême, ce n'est pas l'eau qui est le sacrement. Le sacrement est le geste entier : l'eau versée et les paroles prononcées, ensemble. Retirez la parole, il ne reste que de l'eau. C'est d'ailleurs pour cela qu'un chrétien ne « possède » jamais un morceau de sacrement chez lui : si vous voulez comprendre ce que l'Église appelle précisément un sacrement, nous l'avons détaillé dans notre guide des 7 sacrements de l'Église catholique.

Sacrement, eau baptismale, eau bénite : le tableau qui lève la confusion

Trois choses portent des noms voisins et ne sont pas de même nature. Voici comment elles se rangent.

Ce dont on parle Sa nature Ce qu'elle fait
Le baptême Un sacrement, l'un des sept Il fait entrer dans la vie du Christ. Il ne se répète pas. Ce n'est pas l'eau seule, c'est « le bain d'eau qu'une parole accompagne »
L'eau baptismale De l'eau bénie par une prière propre, employée pour célébrer le baptême Elle sert au sacrement. Sa prière de bénédiction est employée au cours de la Veillée pascale et reprend les grands moments de l'histoire du salut
L'eau bénite Un sacramental Elle rappelle le baptême et prépare à recevoir la grâce. Elle ne la confère pas. Elle sert à l'aspersion dominicale, aux bénédictions, au signe de croix à l'entrée de l'église

Le lexique liturgique signale que le missel contient bien deux formules distinctes, « les formules de bénédiction de l'eau baptismale et de l'eau bénite », toutes deux situées au milieu de la Vigile pascale. Deux prières, deux usages, deux eaux. Nous y revenons plus bas, parce que c'est la question que l'on pose le plus souvent sans trouver de réponse nette.

Eau bénite ou eau bénie : laquelle s'écrit comment

« Bénit » est un adjectif, « béni » un participe passé

C'est une des questions les plus tapées sur ce sujet, et elle a une réponse propre, qui n'est ni une coquetterie ni une faute tolérée. Le Dictionnaire de l'Académie française consacre au mot bénit une entrée séparée de celle du verbe bénir, et la classe comme adjectif. Son article dit ceci : « BÉNIT, BÉNITE, adjectif. En parlant des choses. Qui a été l'objet d'un rite liturgique de bénédiction. »

Et la même entrée donne la clé historique : « La distinction entre béni, participe passé, et bénit, adjectif, date du xixe siècle. » Avant cela, les deux formes se mélangeaient, ce qui explique les hésitations que l'on croise dans les textes anciens. L'Académie fait d'ailleurs remonter bénit au xvie siècle, issu de beneit, participe passé de benëir, forme ancienne de bénir.

La règle pratique qui en découle est simple. Vous écrivez « bénit, bénite » quand vous qualifiez une chose passée par un rite liturgique, et l'Académie donne elle-même les exemples : « Eau bénite », « Le cierge, le buis, le pain bénit sont des sacramentaux », « Cette médaille est bénite ». Vous écrivez « béni, bénie » dans tous les autres cas, et notamment quand c'est le participe passé du verbe : le prêtre a béni l'assistance, Dieu a béni nos efforts, béni soit Dieu. Notez au passage que l'Académie emploie elle-même le mot « sacramentaux » dans sa définition, ce qui n'est pas si courant pour un dictionnaire généraliste.

« De l'eau bénite de cour » : l'expression, et ce qu'elle vise

Si vous avez entendu cette formule et que vous l'avez cherchée, elle n'a rien de liturgique. La même entrée de l'Académie la donne au registre figuré et familier : « De l'eau bénite de cour » désigne « des compliments, des déclarations mondaines de dévouement et d'amitié ». Comprenez : des paroles aimables qui ne coûtent rien et n'engagent à rien. Un « donneur d'eau bénite » est celui qui les distribue.

Deux autres expressions viennent de la même famille et le dictionnaire les enregistre également. « C'est pain bénit » signifie « cela tombe à point, c'est bien mérité ». Et le mot bénitier a lui aussi sa vie propre, jusque dans la zoologie, ce que nous racontons dans notre article sur le bénitier et sa place à l'entrée de l'église.

Eau bénite composition : comment fait-on de l'eau bénite

De l'eau, et une prière de l'Église

Beaucoup de gens cherchent une composition, une recette, un dosage. Il n'y en a pas, et c'est exactement ce qui distingue un sacramental d'un remède ou d'un talisman. L'eau bénite est de l'eau ordinaire sur laquelle l'Église a prononcé une prière de bénédiction, selon un rite approuvé. Le Catéchisme le dit du genre entier au n. 1668 : les sacramentaux « comportent toujours une prière, souvent accompagnée d'un signe déterminé ».

Et le Code de droit canonique ajoute la contrainte de forme, au can. 1167 § 2 : « Dans la confection ou l'administration des sacramentaux, les rites et les formules approuvés par l'autorité de l'Église seront soigneusement observés. » Le même canon, à son § 1, réserve au Siège Apostolique le pouvoir de constituer de nouveaux sacramentaux, d'en interpréter authentiquement l'usage, d'en abolir ou d'en changer. Ce n'est donc pas un geste que l'on compose soi-même, et c'est la raison de fond pour laquelle on ne trouve nulle part de mode d'emploi à suivre chez soi.

Le sel, facultatif, et le prophète Élisée

Un détail revient souvent et il est vrai, à condition de le dire avec sa nuance. Le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France écrit que le sel « ne trouve sa place, facultative, dans la liturgie que dans le rite de la bénédiction de l'eau bénite ». C'est son seul emploi liturgique actuel, et il n'est pas obligatoire.

Quand il est employé, il est lui-même béni avant d'être versé dans l'eau, et la formule prononcée sur lui renvoie à un épisode précis de l'Ancien Testament : le cycle du prophète Élisée assainissant les eaux par le sel, en 2 R 2, 19-22. Le lexique en donne le sens : « le sel mêlé à l'eau est le symbole de la présence vivifiante de l'Esprit de sagesse ». Le même lexique rappelle d'ailleurs que le sel entrait dans la composition des offrandes de l'ancienne Alliance, le Lévitique prescrivant au chapitre 2, verset 13, de saler toute oblation.

Qui peut bénir l'eau : prêtre, diacre, laïc

La réponse est graduée, et le Code de droit canonique la donne canon par canon. Tout prêtre peut donner les bénédictions, sauf celles qui sont réservées au Pontife Romain ou aux évêques (can. 1169 § 2). Le diacre ne peut donner que les bénédictions qui lui sont expressément permises par le droit (can. 1169 § 3). Et le can. 1168 pose le principe général : « Le ministre des sacramentaux est le clerc muni du pouvoir requis ; certains sacramentaux, selon les règles des livres liturgiques, peuvent aussi, au jugement de l'Ordinaire du lieu, être administrés par des laïcs ayant les qualités voulues. »

Le Catéchisme explique pourquoi cette gradation existe, et son raisonnement est beau. Au n. 1669, il rattache les sacramentaux au sacerdoce baptismal : « tout baptisé est appelé à être une bénédiction et à bénir. C'est pourquoi des laïcs peuvent présider certaines bénédictions ; plus une bénédiction concerne la vie ecclésiale et sacramentelle, plus sa présidence est réservée au ministère ordonné (évêques, prêtres ou diacres). » La règle n'est donc pas une question de rang, c'est une question de proximité avec les sacrements. Et comme la bénédiction de l'eau destinée à l'aspersion touche de très près au baptême, elle relève en pratique du prêtre.

À quoi sert l'eau bénite : les usages réels

Le signe de croix en entrant dans l'église

C'est le geste que tout le monde a vu et que peu de gens savent expliquer. On trempe les doigts, on se signe, on avance. Ce signe de croix n'est pas un salut d'entrée, c'est un rappel de votre baptême, et ce n'est pas une interprétation pieuse : c'est la parenthèse du Catéchisme au n. 1668, « l'aspersion d'eau bénite (qui rappelle le Baptême) ». Vous entrez dans l'église par la porte que vous avez franchie une première fois le jour de votre baptême.

L'objet qui contient cette eau, sa place à l'entrée, ses formes et son histoire font un sujet à eux seuls, et nous lui avons consacré un article complet : le bénitier, pourquoi il est à l'entrée de l'église. Nous n'y revenons pas ici, nous restons sur l'eau.

L'aspersion du dimanche, en mémoire du baptême

Beaucoup de catholiques n'ont vu l'aspersion qu'à Pâques et la croient réservée à ce jour. Elle peut avoir lieu n'importe quel dimanche, et le lexique liturgique la mentionne au même rang que celle de la Vigile pascale : « lors de l'aspersion qui suit la rénovation des promesses baptismales à la Vigile pascale, ou lors de l'aspersion dominicale, elle est un rappel du baptême ».

Le portail Liturgie et Sacrements de la Conférence des évêques de France précise la mécanique concrète, sous la plume d'un diacre permanent ancien directeur-adjoint du Centre national de pastorale liturgique : dans le temps ordinaire, le Missel romain prévoit qu'un vase d'eau à bénir soit placé près du siège de présidence, et le jour de Pâques on emploie l'eau bénite de la Veillée pascale, c'est-à-dire l'eau du baptistère. Le geste, les objets qui le servent et les quatre formes de rite pénitentiel sont traités dans notre article sur le goupillon, l'objet qui asperge l'eau bénite.

La bénédiction d'une maison, d'un objet, d'une tombe

Le Catéchisme, au n. 1671, range « d'abord les bénédictions » parmi les sacramentaux, et les décline : bénédictions de personnes, de la table, d'objets, de lieux. Il ajoute que « toute bénédiction est louange de Dieu et prière pour obtenir ses dons », et que l'Église la donne « en invoquant le nom de Jésus et en faisant habituellement le signe saint de la Croix du Christ ». Le lexique liturgique précise le rôle de l'eau dans ces rites : « Le prêtre utilise l'eau bénite dans le rite de plusieurs bénédictions : elle purifie et vivifie l'objet à bénir. »

Pour les objets, et c'est la question que l'on nous pose le plus souvent dans notre métier, nous avons écrit un article entier qui y répond avec les textes : peut-on faire bénir un bijou, une croix ou un chapelet. Le Catéchisme distingue par ailleurs, au n. 1672, les bénédictions « à portée durable », celles qui réservent un objet ou un lieu à l'usage liturgique, comme la dédicace d'une église ou d'un autel.

Pour un défunt, enfin, le geste a le même sens que tous les autres. « Le geste d'asperger d'eau bénite la dépouille mortelle d'un fidèle est encore un rappel de son baptême », écrit le lexique liturgique. Ce n'est pas un adieu ni une purification du corps : c'est la dernière fois que l'on dit à voix haute, sur cette personne, d'où elle venait. Nous avons écrit par ailleurs pourquoi les catholiques prient pour les morts.

Un non-catholique peut-il recevoir une bénédiction ?

La question se pose vraiment, dans les familles mêlées comme à la porte d'une église, et le droit de l'Église y répond directement. Le can. 1170 dit : « Les bénédictions, qui doivent être données avant tout aux catholiques, peuvent aussi être données aux catéchumènes, et même aux non-catholiques, à moins qu'une interdiction de l'Église ne s'y oppose. »

Le texte est à la fois clair sur l'ordre de priorité et large sur la possibilité. Il ne dit pas que la bénédiction serait sans portée pour qui ne partage pas la foi, et il ne dit pas non plus qu'elle opérerait malgré lui : rappelez-vous le « à proportion de leur foi » du lexique liturgique. Une bénédiction est une prière, et une prière se reçoit.

Eau bénite et eau baptismale : deux eaux, deux formules

Ce qui se bénit à la Vigile pascale

Voici la distinction que l'on cherche le plus et que l'on trouve le moins. L'eau baptismale et l'eau bénite ne sont pas la même eau, et le missel ne les bénit pas avec la même prière. Le lexique liturgique est net : « Pour un condensé du symbolisme de l'eau, on pourra méditer, dans le missel, les formules de bénédiction de l'eau baptismale et de l'eau bénite (au milieu de la Vigile pascale). » Deux formules, dans le même office.

La prière de bénédiction de l'eau baptismale, celle qui est employée au cours de la veillée pascale, a sa logique propre. Le portail Liturgie et Sacrements en donne le principe en citant le Rituel de l'initiation chrétienne des adultes au n° 216/1 : comme toute véritable bénédiction, elle s'adresse à Dieu, « on le bénit pour les actes de salut qu'il a accomplis au moyen de l'eau ; on le supplie de continuer aujourd'hui, par l'eau du baptême, son œuvre de salut ». Elle parcourt pour cela les grands moments de l'histoire du salut : la création, le déluge, la sortie d'Égypte, le Jourdain.

Retenez la différence de destination, c'est elle qui compte. L'eau baptismale est bénie pour servir le sacrement. L'eau bénite est bénie pour rappeler le sacrement. La première est une eau de passage, la seconde une eau de mémoire.

L'eau du baptistère, et son usage le reste de l'année

En pratique, les deux se rejoignent souvent, et c'est voulu. Le portail Liturgie et Sacrements consacre un article à l'usage du baptistère en dehors du baptême et y note que le jour de Pâques, l'eau employée pour l'aspersion est celle du baptistère. Certaines paroisses vont plus loin et puisent l'eau au baptistère pendant tout le temps pascal, ou bénissent l'eau au baptistère au début de la célébration le reste de l'année, précisément pour rendre visible le lien entre l'aspersion et le baptême.

C'est aussi pour cette raison que l'eau bénite est particulièrement disponible dans les paroisses au temps de Pâques : elle vient d'être bénie. Si vous voulez en rapporter, c'est la meilleure période de l'année pour le demander.

Eau bénite dans la maison : comment en rapporter, où la mettre, quoi en faire

Où en trouver, et pourquoi elle ne s'achète pas

La réponse pratique est banale et c'est tant mieux : prenez un petit flacon propre et demandez à la sacristie de votre paroisse. Vous pouvez aussi puiser dans le bénitier de l'entrée, ou à la fontaine prévue pour cela quand l'église en a une. Beaucoup de paroisses en mettent à disposition, surtout au temps pascal.

Et il faut le dire franchement, parce que la requête existe et que la réponse honnête est désagréable pour un commerçant : l'eau bénite ne s'achète pas. Ce qui s'achète, c'est un contenant, un flacon, un bénitier de chevet. La bénédiction, elle, est une prière de l'Église, et le Code de droit canonique range au can. 1171 les choses que la dédicace ou la bénédiction destinent au culte divin parmi celles qui « seront traitées avec respect et ne seront pas employées à un usage profane ou impropre, même si elles sont la propriété de personnes privées ». Nous vendons des bijoux, nous n'avons rien à vous vendre ici, et nous ne voyons pas l'intérêt de faire semblant.

Où la poser chez soi

L'usage le plus répandu est un petit bénitier domestique, près de la porte d'entrée ou au chevet du lit, pour reprendre dehors et dedans le geste que l'on fait à l'église. Nous avons décrit cet objet, ses formes et son emplacement dans notre article sur le bénitier, et si vous aménagez un endroit pour prier, la méthode et les objets utiles sont dans notre guide pour faire un autel catholique chez soi.

Deux réflexes de bon sens valent mieux que des règles inventées. Renouvelez-la plutôt que de la laisser croupir, parce qu'une eau stagnante dans un contenant poreux finit par tourner, et elle n'est pas censée devenir un objet de dégoût. Et gardez le flacon identifié, pour que personne chez vous ne s'en serve par erreur pour arroser une plante : ce serait exactement l'« usage impropre » que le can. 1171 demande d'éviter.

Ce qu'on fait de l'eau bénite usée

Il circule beaucoup d'affirmations catégoriques sur ce point, et nous préférons vous dire exactement ce que les textes portent et ce qu'ils ne portent pas.

Ce que les textes disent : le can. 1171 impose le respect et proscrit l'usage profane ou impropre, y compris pour un objet qui appartient à un particulier. C'est une règle de comportement, et elle est contraignante.

Ce que les textes ne disent pas : nous n'avons trouvé, dans le Catéchisme comme dans le Code de droit canonique, aucune prescription qui fixe une manière de se défaire de l'eau bénite. L'usage largement répandu, qui consiste à la répandre dans la terre ou dans un jardin plutôt que dans l'évier, découle du principe de respect du can. 1171 ; il n'est pas, à notre connaissance, l'objet d'une obligation canonique écrite. Nous le recommandons parce qu'il est juste et simple, pas parce qu'un texte l'ordonnerait. Si vous lisez ailleurs que ce serait une faute, demandez la référence.

Pouvoirs, envoûtement, protection : ce que l'eau bénite ne fait pas

Elle n'agit pas toute seule

Nous arrivons au cœur du sujet, et nous allons citer plutôt que faire la leçon, parce que les textes sont plus nets que n'importe quel sermon.

Le Catéchisme, au n. 1670 : les sacramentaux « ne confèrent pas la grâce de l'Esprit saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l'Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer ». Deux verbes, et aucun des deux n'est « produire » : préparer, et disposer. Le même numéro ajoute que c'est « chez les fidèles bien disposés » que presque tous les événements de la vie sont sanctifiés.

Et le lexique liturgique, en une formule qui devrait être affichée près de chaque bénitier : « quand les fidèles usent de l'eau bénite, ils ravivent en eux les effets de leur baptême, à proportion de leur foi ». Il n'y a pas de dose, pas de seuil, pas de garantie. Une eau bénite employée sans foi ne fait rien du tout, et ce n'est pas nous qui le disons.

La conséquence est directe pour les requêtes du type « pouvoirs de l'eau bénite » ou « envoûtement eau bénite ». L'eau bénite n'est pas un dispositif de protection que l'on installe et qui fonctionne en votre absence. Elle n'annule pas un sort, elle ne neutralise pas une personne, elle ne se charge ni ne se décharge. La croire efficace indépendamment de la prière, c'est précisément la sortir de ce que l'Église en dit.

Ce qu'est un exorcisme, et qui peut le faire

Puisque la question vient toujours ensuite, autant la traiter avec les textes, et constater au passage à quel point l'Église est prudente là où les forums sont bavards.

Le Catéchisme définit l'exorcisme au n. 1673 : c'est le fait que « l'Église demande publiquement et avec autorité, au nom de Jésus-Christ, qu'une personne ou un objet soit protégé contre l'emprise du Malin et soustrait à son empire ». Il précise que « l'exorcisme solennel, appelé grand exorcisme, ne peut être pratiqué que par un prêtre et avec la permission de l'évêque », qu'il faut « y procéder avec prudence », et il ajoute une phrase qu'il faut lire deux fois : « Très différent est le cas des maladies, surtout psychiques, dont le soin relève de la science médicale. Il est important, donc, de s'assurer, avant de célébrer l'exorcisme, qu'il s'agit d'une présence du Malin, et non pas d'une maladie. »

Le Code de droit canonique verrouille la même chose au can. 1172 : « Personne ne peut légitimement prononcer des exorcismes sur les possédés, à moins d'avoir obtenu de l'Ordinaire du lieu une permission particulière et expresse », et cette permission n'est accordée « qu'à un prêtre pieux, éclairé, prudent et de vie intègre ». Il n'existe donc aucun usage privé de l'eau bénite qui constituerait un exorcisme, et quelqu'un qui vous proposerait de « désenvoûter » une maison avec un flacon se situerait entièrement hors de ce cadre.

Pourquoi l'Église ne balaie pas la piété populaire pour autant

Il serait facile de conclure que tout ce qui dépasse la liturgie est de la superstition. Le Catéchisme ne le fait pas, et sa position est plus intéressante que cela.

Aux nn. 1674 à 1676, il traite de la religiosité populaire et il la défend : « Le sens religieux du peuple chrétien a, de tout temps, trouvé son expression dans des formes variées de piété », et il nomme la vénération des reliques, les pèlerinages, les processions, le chemin de croix, le rosaire, les médailles. Il ajoute que ces expressions « prolongent la vie liturgique de l'Église, mais ne la remplacent pas ».

Et il tient les deux bouts au n. 1676 : « Un discernement pastoral est nécessaire pour soutenir et appuyer la religiosité populaire et, le cas échéant, pour purifier et rectifier le sens religieux qui sous-tend ces dévotions. » Soutenir, et rectifier. C'est exactement la bonne manière de traiter l'eau bénite dans une maison : le geste est bon, l'attente magique est à corriger, et on ne jette pas le premier avec la seconde.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'eau bénite ?

C'est de l'eau sur laquelle l'Église a prononcé une prière de bénédiction, selon un rite approuvé. Elle fait partie de ce que l'Église appelle les sacramentaux, que le Catéchisme définit au n. 1667 comme « des signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l'Église ». Ce n'est donc pas un sacrement, et l'eau n'est pas modifiée dans sa nature : ce qui agit, c'est la prière de l'Église, et elle agit chez des fidèles bien disposés.

Comment fait-on de l'eau bénite ?

Un ministre habilité prononce sur de l'eau la prière de bénédiction prévue par les livres liturgiques. Il n'y a pas d'autre ingrédient nécessaire : le Code de droit canonique demande seulement, au can. 1167 § 2, que « les rites et les formules approuvés par l'autorité de l'Église seront soigneusement observés ». Du sel peut être ajouté, mais c'est facultatif : le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France précise que le sel « ne trouve sa place, facultative, dans la liturgie que dans le rite de la bénédiction de l'eau bénite », et qu'il est lui-même béni avant d'être versé dans l'eau, par une formule qui renvoie au prophète Élisée assainissant les eaux par le sel en 2 R 2, 19-22. Côté ministre, tout prêtre peut donner les bénédictions sauf celles réservées au pape ou aux évêques (can. 1169 § 2), le diacre seulement celles que le droit lui permet expressément (can. 1169 § 3), et certains sacramentaux peuvent être administrés par des laïcs au jugement de l'Ordinaire du lieu (can. 1168).

Pourquoi dit-on eau bénite et pas eau bénie ?

Parce que bénite n'est pas le participe passé du verbe bénir, c'est un adjectif distinct. Le Dictionnaire de l'Académie française lui consacre une entrée séparée, « BÉNIT, BÉNITE, adjectif », avec ce sens : « En parlant des choses. Qui a été l'objet d'un rite liturgique de bénédiction. » L'Académie précise que la distinction entre béni, participe passé, et bénit, adjectif, date du xixe siècle. On écrit donc « eau bénite », « pain bénit », « cette médaille est bénite », et l'on garde « béni » pour le verbe : le prêtre a béni l'assistance, béni soit Dieu.

Quels sont les pouvoirs de l'eau bénite ?

Aucun, au sens où cette question l'entend, et c'est l'Église elle-même qui le dit le plus clairement. Le Catéchisme écrit au n. 1670 que les sacramentaux « ne confèrent pas la grâce de l'Esprit saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l'Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer », et il précise que c'est « chez les fidèles bien disposés » que la vie se trouve sanctifiée. Le lexique liturgique ajoute que les fidèles qui en usent ravivent les effets de leur baptême « à proportion de leur foi ». L'eau bénite n'est donc ni un talisman, ni une protection qui fonctionne sans vous, ni un instrument contre un sort. Quant à l'exorcisme, il est strictement encadré : le grand exorcisme ne peut être pratiqué que par un prêtre avec la permission de l'évêque (Catéchisme, n. 1673), et nul ne peut exorciser sans permission expresse et particulière de l'Ordinaire du lieu (can. 1172).

Comment se servir de l'eau bénite ?

Les usages ordinaires sont peu nombreux et tous rattachés au baptême. Le signe de croix en entrant dans l'église ou chez soi, qui rappelle le baptême, le Catéchisme le note au n. 1668. L'aspersion, qui peut remplacer la préparation pénitentielle au début de la messe, n'importe quel dimanche et pas seulement à Pâques. Les bénédictions de personnes, de lieux et d'objets, où le prêtre emploie l'eau bénite dans le rite. Et l'aspersion de la dépouille d'un défunt, qui est, là encore, un rappel de son baptême. Chez vous, le plus simple reste un petit bénitier près de la porte ou au chevet, et le geste fait en conscience plutôt que machinalement.

Quels sont les bienfaits de l'eau bénite ?

Le vocabulaire juste n'est pas celui du bienfait mais celui de la disposition. Selon le Catéchisme, n. 1667, les sacramentaux disposent « à recevoir l'effet principal des sacrements » et sanctifient « les diverses circonstances de la vie ». Autrement dit, le bénéfice réel de l'eau bénite est de vous remettre devant votre baptême, régulièrement, par un geste court. Ce n'est pas rien : c'est une mémoire entretenue. Mais ce n'est pas un effet automatique, et le lexique liturgique fixe la mesure, « à proportion de leur foi ». Si vous cherchez un résultat garanti indépendamment de votre vie intérieure, aucun texte de l'Église ne vous le promettra.

Ce que vous saurez répondre la prochaine fois

Vous avez les deux choses promises au début. La première : l'eau bénite est un sacramental, pas un sacrement. C'est de l'eau et une prière de l'Église, elle rappelle le baptême, elle prépare et dispose à recevoir la grâce, et le Catéchisme écrit au n. 1670 qu'elle ne la confère pas à la manière des sacrements. Tout ce qui se raconte de pouvoirs automatiques tombe sur cette phrase.

La seconde : l'effet dépend de celui qui s'en sert. « À proportion de leur foi », dit le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France. Un flacon oublié dans un placard ne fait rien. Un signe de croix fait en conscience, en entrant dans une église ou en sortant de chez soi, remet un baptisé devant ce qu'il est. C'est modeste, c'est gratuit, et c'est tout ce que l'Église en promet.

Disons les choses comme elles sont pour finir : nous sommes bijoutiers, nous ne vendons pas d'eau bénite et nous n'avons aucun produit à vous proposer pour celle-ci. Allez à votre paroisse avec un flacon, c'est gratuit. Le seul point de contact entre ce sujet et notre métier est celui que les textes désignent eux-mêmes : le Catéchisme range la bénédiction d'objets parmi les sacramentaux au n. 1671, et l'Académie française donne « Cette médaille est bénite » comme exemple d'emploi du mot. Si vous cherchez un objet qui rappelle le baptême au quotidien, nos bijoux de baptême sont faits pour cela, nos médailles de saints et nos croix se portent et peuvent être bénies, et nous expliquons comment le demander dans notre article sur le fait de faire bénir un bijou. Nos pièces sont en acier inoxydable, qui ne noircit pas et supporte l'eau, ou en argent 925 qui se ternit avec le temps et s'entretient au chiffon. Elles viennent de Chine, nous l'écrivons toujours, et ce qui fait leur valeur est ce qu'elles signifient. Si vous offrez pour un baptême, notre guide sur la médaille de baptême vous aidera à choisir.

Sont également citées en clair, sans lien : le portail Liturgie et Sacrements de la Conférence des évêques de France, pour son article « La prière de bénédiction de l'eau baptismale », par Arnaud Toury, prêtre, délégué à la pastorale liturgique et sacramentelle du diocèse de Reims, qui cite le Rituel de l'initiation chrétienne des adultes au n° 216/1 (« on le bénit pour les actes de salut qu'il a accomplis au moyen de l'eau ; on le supplie de continuer aujourd'hui, par l'eau du baptême, son œuvre de salut ») et parcourt les grands moments de l'histoire du salut repris par cette prière ; et, du même portail, l'article « De l'usage du baptistère en dehors du baptême », par Serge Kerrien, diacre permanent et ancien directeur-adjoint du Centre national de pastorale liturgique, pour la disposition du Missel romain dans le temps ordinaire (un vase d'eau à bénir placé près du siège de présidence), pour l'emploi de l'eau du baptistère le jour de Pâques, et pour les pratiques consistant à puiser l'eau au baptistère pendant le temps pascal ou à la bénir au baptistère en dehors de ce temps. La traduction des versets cités est la traduction officielle liturgique (AELF).

Nos sources

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Ce que nous faisons, nous

Nous ne vendons pas d'eau bénite, et personne ne devrait vous en vendre. Notre métier est la croix et la médaille que l'on porte, en acier inoxydable ou en argent 925, celles que l'on peut faire bénir et qui rappellent le baptême au quotidien.

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Nos bijoux croix

Acier inoxydable ou argent 925, livré dans son écrin.

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