Fonts baptismaux : à quoi ils servent et où ils sont
Sommaire
- Fonts ou fonds baptismaux ? L'Académie française a tranché
- À quoi servent les fonts baptismaux, et ce qu'ils contiennent
- Où sont placés les fonts baptismaux dans l'église, et pourquoi
- Le baptistère, quand c'est un édifice à part entière
- Pourquoi les fonts baptismaux sont souvent octogonaux
- Le couvercle des fonts baptismaux, et la vraie raison de sa présence
- Fonts baptismaux et bénitier : ce qui les sépare
- Porter, tenir, mettre sur les fonts baptismaux : l'expression
- Peut-on acheter des fonts baptismaux ? Le point que personne ne fait
- Questions fréquentes
- Le jour qui mérite qu'on le marque
Vous avez entendu la phrase à un baptême, ou vous l'avez lue dans un acte de famille, et vous vous êtes demandé pourquoi ce mot prenait un « t » alors qu'il désigne une cuve posée au fond d'une église. Est-ce qu'on écrit fonts ou fonds ? Qu'est-ce qu'il y a dedans exactement ? Et pourquoi, dans la plupart des églises, cette cuve est-elle placée près de la porte plutôt qu'à côté de l'autel, là où tout le reste se passe ?
La réponse tient en une phrase : « fonts » vient du latin fons, qui veut dire la source, et le mot ne s'emploie qu'au pluriel. Rien à voir avec le fond d'une pièce, rien à voir non plus avec une police de caractères. L'Académie française range « fonds baptismaux » parmi les emplois fautifs, et elle a une bonne raison : les deux mots ne viennent pas de la même famille.
Une fois le piège d'orthographe levé, il reste un objet qui mérite mieux qu'une définition de dictionnaire. Vous allez voir pourquoi sa place dans l'église n'est pas une question de commodité mais une déclaration de théologie, pourquoi tant de baptistères anciens sont octogonaux, à quoi servait le couvercle qui coiffe les vieilles cuves, et ce qui sépare les fonts baptismaux du bénitier de l'entrée. Nous finirons par un point que la plupart des pages sur le sujet oublient : en France, les fonts baptismaux d'une église ancienne n'appartiennent presque jamais à la paroisse.
En bref
- Fonts, avec un « t », et toujours au pluriel. Du latin fontes, pluriel de fons, « source, fontaine ». La graphie « fonds baptismaux » est une faute, l'Académie française la classe dans ses emplois fautifs.
- C'est la cuve où l'on bénit l'eau du baptême et au-dessus de laquelle se font les trois aspersions. Par extension, le mot désigne aussi le lieu où cette cuve est posée.
- Le baptistère est le lieu, les fonts sont la cuve. À l'origine, un édifice séparé bâti près de l'église ; aujourd'hui, le plus souvent, une chapelle à l'intérieur.
- Ils sont placés près de l'entrée parce que le baptême est l'entrée dans l'Église, afin que le nouveau baptisé soit ensuite introduit dans la maison de Dieu. Le lieu dit le rite.
- La forme octogonale vient du huitième jour, celui de la Résurrection. Saint Ambroise de Milan demandait au IVe siècle que les baptistères soient bâtis sur le nombre huit.
- Le droit de l'Église est explicite : toute église paroissiale aura les fonts baptismaux (Code de droit canonique, canon 858).
Fonts ou fonds baptismaux ? L'Académie française a tranché
C'est de loin la question la plus tapée sur le sujet, et elle a une réponse nette. Dans sa rubrique « Dire, Ne pas dire », à la section Emplois fautifs, l'Académie française écrit noir sur blanc : on écrit « les fonts baptismaux », on n'écrit pas « les fonds baptismaux ». Ce n'est pas un conseil de bon goût, c'est le classement d'une faute.
Pourquoi un « t » et jamais un « d »
Les trois mots se prononcent pareil et viennent de trois endroits différents. « Fond » descend du latin fundus, le même mot qui a donné l'anglais bottom et l'allemand Boden : c'est la limite inférieure, le plus profond, le plus éloigné de l'entrée. « Fonds » désigne un bien ou un capital qu'on fait valoir, un fonds de commerce, le fonds d'une bibliothèque. « Fonts » appartient à la famille de fontaine, et l'Académie précise qu'il « ne se rencontre guère que dans la locution fonts baptismaux ».
L'étymologie ferme le dossier. L'entrée « fonts » du Dictionnaire de l'Académie française, dans sa neuvième édition, la donne ainsi : attestée au XIe siècle sous la forme funz, issue du latin fontes, pluriel de fons, « source, fontaine ». Les fonts baptismaux ne sont donc pas le fond de l'église. Ce sont les sources, au pluriel, et le pluriel n'est pas décoratif.
Le mot ne s'emploie qu'au pluriel
Beaucoup de gens cherchent le singulier de « fonts baptismaux », et c'est une impasse. L'Académie française range « fonts » comme un nom masculin pluriel, sans forme au singulier dans l'usage. On ne dit pas « un font baptismal » : on dit les fonts baptismaux, même devant une cuve unique. La seule variante acceptée par les textes liturgiques pour parler de l'objet seul est « cuve baptismale », et c'est d'ailleurs le mot qu'emploient les documents d'inventaire du patrimoine.
L'Académie signale une deuxième forme abrégée, « les fonts » tout court, dans l'expression consacrée « la bénédiction des fonts ». Elle reste au pluriel elle aussi.
Baptistère et baptistaire : deux mots de plus à ne pas confondre
Puisque nous sommes dans les pièges, autant les prendre ensemble, car celui-ci revient dans les questions posées à Google. Le baptistère est un lieu, le baptistaire est un papier.
« Baptistère » est emprunté au latin chrétien baptisterium, lui-même venu du grec baptisterion, et l'Académie note une chose savoureuse : en latin classique, baptisterium désignait une piscine de bain. Le mot a glissé du bassin profane au bassin sacré. « Baptistaire », lui, est un adjectif qui veut dire « qui constate un baptême » : on parle du registre baptistaire, où sont inscrits les baptisés avec leur nom de baptême, et d'un extrait baptistaire, qui est le document. Si vous cherchez un acte pour un dossier, c'est un baptistaire. Si vous cherchez une cuve, c'est un baptistère.
À quoi servent les fonts baptismaux, et ce qu'ils contiennent
La définition de référence est celle du lexique liturgique de la Conférence des évêques de France, reprise du Dictionnaire de Liturgie de Dom Robert Le Gall. Elle est d'une précision utile : les fonts baptismaux désignent « le bassin où l'on bénit l'eau baptismale et au-dessus duquel on fait les trois aspersions du baptême ».
Deux choses dans cette phrase, et elles ne sont pas du même ordre. Les fonts ne sont pas seulement un récipient, ce sont le lieu où l'eau est bénie. La bénédiction se fait là, pas ailleurs, puis le geste du baptême se fait au-dessus. Et le mot désigne « à la fois la cuve baptismale destinée à recevoir l'eau baptismale et le lieu où elle est placée », comme le formule le glossaire de l'Église catholique en France. En parler comme d'un simple meuble est donc déjà une erreur.
La cuve, sa matière, les trois aspersions
Matériellement, une cuve baptismale est une vasque de taille variable, en pierre, en marbre ou en métal, posée sur un pied ou maçonnée. Les notices d'inventaire du patrimoine français parlent couramment de pierre taillée monolithe pour les cuves médiévales, de grès dans l'est, de marbre noir dit pierre de Tournai dans le nord.
Le geste, lui, se décline en trois formes et le vocabulaire les distingue. L'immersion plonge le baptisé dans l'eau, c'est la forme des premiers siècles et celle que les rituels issus du concile Vatican II remettent au premier rang parce qu'elle « signifie plus clairement la participation à la mort et à la résurrection du Christ ». L'infusion verse l'eau sur la tête, et c'est la pratique devenue quasi générale au XIVe siècle, avec la raréfaction des baptêmes d'adultes. L'aspersion, enfin, est le geste des trois versements au-dessus de la cuve, celui que vous avez vu si vous avez assisté à un baptême d'enfant.
Ce passage par l'eau n'est pas une image que l'Église se serait donnée après coup. Il est dans l'Évangile, dans la réponse de Jésus à Nicodème : « personne, à moins de naître de l'eau et de l'Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jean 3, 5, traduction liturgique de l'AELF). Et saint Paul en donne la clé aux Romains : « par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle » (Romains 6, 4). La cuve est une tombe autant qu'une fontaine, et c'est exactement ce qu'un Père de l'Église du IVe siècle, Cyrille de Jérusalem, disait aux nouveaux baptisés : « cette eau salutaire devenait à la fois votre tombe et votre mère ».
L'eau baptismale bénie à la Vigile pascale, et sa réserve
Voici le détail que presque personne n'explique, et il change la façon de regarder la cuve. L'eau des fonts baptismaux n'est pas une eau que l'on bénit à chaque baptême. Le lexique liturgique de la CEF le dit en une incise : « pendant le temps pascal, l'eau bénite à la Vigile pascale y est conservée ».
Autrement dit, la grande bénédiction de l'eau a lieu dans la nuit de Pâques, au cours de la Vigile pascale, et cette eau est ensuite gardée dans les fonts et servie aux baptêmes du temps pascal. C'est pour cela que le rituel demande aussi que le grand cierge allumé cette nuit-là, le cierge pascal, soit conservé « avec honneur à l'intérieur du baptistère » après le temps pascal : on l'allume pour les baptêmes, et c'est à sa flamme qu'on allume le cierge remis au nouveau baptisé. Le cierge et l'eau viennent de la même nuit. Les deux objets se tiennent côte à côte dans le même coin de l'église parce qu'ils racontent le même événement.
Le droit de l'Église recommande d'ailleurs explicitement de baptiser « le dimanche ou, si cela est possible, au cours de la veillée pascale » (canon 856). La veillée pascale est le jour du baptême par excellence, pas une option exotique.
Où sont placés les fonts baptismaux dans l'église, et pourquoi
C'est le point le plus intéressant du sujet, et le plus mal expliqué. Si vous entrez dans une église de village, vous trouverez très souvent la cuve baptismale dans les premiers mètres, près de la porte, parfois dans une petite chapelle latérale juste après l'entrée. Ce n'est pas qu'on l'ait reléguée là faute de place.
Près de l'entrée, parce que le baptême est l'entrée
Le lexique liturgique de la Conférence des évêques de France donne la raison en une phrase, et c'est une phrase à lire deux fois : quand les fonts ne sont pas dans un baptistère indépendant, « ils sont habituellement placés auprès de l'entrée de l'église, pour que le nouveau baptisé puisse être introduit dans la maison de Dieu ».
Tout est là. Le baptême est le sacrement qui fait entrer dans l'Église, et on le célèbre donc à l'endroit où l'on entre. Le baptisé est accueilli au seuil, reçoit l'eau au seuil, puis on l'avance vers l'autel. Le trajet n'est pas une chorégraphie, c'est le sens du rite rendu visible par la géographie du bâtiment. Le rituel du baptême des petits enfants rend ce déplacement explicite, de l'accueil à l'entrée jusqu'à l'autel, avec cette promesse pour plus tard : « un jour, ils approcheront de la table du Seigneur pour prendre part à l'eucharistie ».
Le corollaire est posé par le département Art sacré de la CEF, et il est net : il ne convient pas de placer un baptistère derrière l'autel. Cela casserait le mouvement. On n'entre pas par le fond.
C'est aussi ce qui distingue radicalement les fonts baptismaux du bénitier placé lui aussi à l'entrée, et nous y revenons plus bas : les deux objets sont voisins dans l'espace et n'ont pas du tout la même fonction.
Ce que le droit de l'Église exige vraiment
Le Code de droit canonique traite le lieu du baptême aux canons 857 à 860, et il est plus directif qu'on ne l'imagine.
Le canon 858 § 1 pose l'obligation : « Toute église paroissiale aura les fonts baptismaux, restant sauf le droit cumulatif déjà acquis par d'autres églises. » Ce n'est pas une recommandation. Une église paroissiale sans fonts baptismaux est en défaut. Le même canon, dans son second paragraphe, permet à l'Ordinaire du lieu, après avoir entendu le curé, d'autoriser ou d'ordonner des fonts dans une autre église ou un oratoire de la paroisse, et la raison donnée est « pour la commodité des fidèles ».
Le canon 857 § 1 précise que, hors cas de nécessité, « le lieu propre du baptême est une église ou un oratoire ». Le canon 859 ouvre la porte voisine quand la distance rend le trajet trop lourd : le baptême « peut et doit » alors être conféré dans l'église la plus proche « ou même en un autre endroit décent ». Et le canon 860 § 1 ferme celle des maisons : « sauf cas de nécessité, le baptême ne sera pas conféré dans les maisons privées », à moins d'une permission de l'Ordinaire pour cause grave.
Le Livre des Bénédictions, cité par le service national de pastorale liturgique, double cette exigence côté liturgie : toutes les églises cathédrales et paroissiales doivent avoir leur propre baptistère, l'endroit où jaillit la fontaine baptismale ou bien où se trouvent les fonts. Quant à l'emplacement, le rituel du baptême des petits enfants demande qu'il soit « situé dans une chapelle ou bien dans un autre endroit de l'église, bien en vue des fidèles », et dimensionné pour « la participation d'un grand nombre ».
Si vous vous demandez où le baptême se range parmi les autres sacrements, nous avons détaillé ailleurs les sept sacrements de l'Église catholique et leur ordre.
Le baptistère, quand c'est un édifice à part entière
Aujourd'hui, « baptistère » désigne le plus souvent la chapelle intérieure où se trouvent les fonts. Mais le mot a d'abord désigné un bâtiment séparé, construit à côté de l'église, et il en reste beaucoup.
Des premiers siècles à la paix constantinienne
Les plus anciens témoignent du rite d'immersion : on y descendait dans une piscine, et l'étymologie suit, puisque le grec baptizein signifie immerger, plonger. Le département Art sacré de la CEF cite parmi les témoins majeurs Aix-la-Chapelle, Aoste, le Latran et Ravenne.
Le tournant est daté : avec la paix constantinienne, en 313, la floraison des basiliques s'accompagne de celle des baptistères bâtis à l'extérieur de l'édifice. En France, la liste est longue, et le document de la CEF la donne telle quelle : Port-Bail, Nantes, Poitiers, Civaux, Nevers, Lyon, Grenoble, Valence, Meysse, Venasque, Draguignan, Aix-en-Provence, Marseille, Saint-Maximin, Riez, Grasse, Fréjus, Cimiez, Châteauneuf, sans compter la Corse, qui en compte sept à elle seule.
Et en Italie ?
La question revient souvent, parce que ce sont les plus visités. L'Académie française, dans son entrée « baptistère », nomme les plus célèbres : avec celui de Saint-Jean-de-Latran à Rome, ceux de Florence, de Pise et de Ravenne. Elle ajoute, pour la France, Poitiers et Fréjus. Si les styles de bâtiment vous intéressent, nous avons fait le tour des différents styles d'église.
Une précision pour éviter un contresens fréquent : un baptistère italien n'est pas un autre objet, c'est le même usage dans un autre volume. Édifice indépendant, souvent monumental, souvent polygonal, mais qui abrite exactement ce que la chapelle d'une église de campagne abrite, une cuve et son eau.
Pourquoi les fonts baptismaux sont souvent octogonaux
Regardez une cuve ancienne, ou le plan d'un baptistère paléochrétien : il y a de fortes chances que la forme soit à huit côtés. Ce n'est ni un choix d'architecte ni une facilité de taille.
Saint Ambroise de Milan, au IVe siècle, demandait que tous les baptistères soient octogonaux, et la formule que rapporte le département Art sacré de la CEF est sans ambiguïté : « le baptistère, pour être digne de son rôle, doit être octogonale. C'est sur le nombre huit que doit être bâti l'édifice où se donne le saint baptême, où le peuple retrouve le Salut ».
La raison est une lecture du calendrier. Le sabbat juif est le septième jour ; le Christ est ressuscité le lendemain du sabbat ; le jour de la Résurrection est donc le huitième jour, « dans le temps et au-delà du temps ». Clément d'Alexandrie, dès le IIe siècle, écrivait déjà : « le Christ est l'homme du huitième jour et celui qu'il a fait renaître est placé sous le chiffre du 8 ». Huit côtés, huit comme la vie nouvelle. La pierre dit la Résurrection avant qu'un mot soit prononcé.
Il existe une autre résonance du chiffre huit dans le Nouveau Testament, et elle vaut d'être citée pour elle-même, sans en faire la cause de l'octogone, qu'aucune source ne lui attribue. La première lettre de saint Pierre rappelle le déluge : « quand Noé construisit l'arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l'eau », et elle enchaîne : « c'était une figure du baptême qui vous sauve maintenant » (1 Pierre 3, 20-21, traduction liturgique de l'AELF). Huit personnes sauvées par l'eau, et l'eau donnée comme figure du baptême. Les Pères n'ont pas eu besoin de chercher loin.
Le couvercle des fonts baptismaux, et la vraie raison de sa présence
Sur les cuves anciennes, vous verrez souvent un couvercle, parfois une pièce de bois sculptée, parfois une flèche qui monte en pointe sur plus d'un mètre. On raconte beaucoup de choses à son sujet. Voici ce que la source d'Église atteste, et seulement cela.
Les cuves baptismales apparaissent dès le VIIe siècle, et leur usage s'étend aux IXe et Xe siècles. Or, explique le département Art sacré de la CEF, l'eau baptismale n'était alors bénite qu'aux fêtes de Pâques et de Pentecôte. Elle devait donc tenir des mois dans la cuve. « Il fallut veiller à la préserver de la pollution d'où la mise en place de couvercles. »
La même contrainte explique une astuce de construction qu'on remarque rarement : on a séparé la cuve en deux parties, l'une conservant la réserve d'eau bénite, l'autre servant à l'immersion, avec une eau qu'on pouvait ensuite évacuer. Une cuve à double compartiment n'est pas un caprice d'ornemaniste, c'est une solution à un problème de conservation.
Puis l'utile est devenu beau. « Pour mettre en valeur le lieu du baptême, on construisit des dômes, au-dessus de la cuve tandis que le couvercle s'élevait comme une flèche. » Les grands couvercles-flèches des vieilles églises sont donc les descendants d'un bouchon.
À savoir : ce que nous n'écrirons pas sur la serrure
On lit souvent que les couvercles étaient fermés à clé pour empêcher le vol d'eau baptismale à des fins de superstition. L'explication circule, elle est plausible, et des couvercles munis d'une ferrure existent bel et bien dans les inventaires du patrimoine. Mais la raison attestée par les sources d'Église que nous avons pu lire est la conservation de l'eau, pas la lutte contre le vol. Nous préférons vous donner la raison vérifiée et vous signaler l'autre comme une tradition rapportée, plutôt que de vous servir une jolie histoire sans texte derrière.
Fonts baptismaux et bénitier : ce qui les sépare
Les deux sont à l'entrée, les deux contiennent de l'eau bénite, et on les confond constamment. Ce ne sont pourtant ni le même objet, ni la même eau, ni le même geste.
| Fonts baptismaux | Bénitier | |
|---|---|---|
| À quoi ça sert | Célébrer le baptême : on y bénit l'eau et on fait les trois aspersions au-dessus | Se signer en entrant et en sortant, pour faire mémoire de son baptême |
| L'eau | Eau baptismale, bénie à la Vigile pascale et conservée dans la cuve pendant le temps pascal | Eau bénite ordinaire, renouvelée au fil de l'année |
| Qui s'en sert | Le ministre du baptême, au cours de la célébration | Tous les fidèles, librement, à chaque passage |
| Combien par église | Normalement un seul ensemble, et le droit l'exige dans toute église paroissiale | Autant qu'il y a de portes, et souvent un par entrée |
| Taille et forme | Une cuve profonde, sur pied ou maçonnée, souvent octogonale, parfois couverte | Une vasque peu profonde, fixée au mur ou posée sur un pilier |
| Statut en France | Mobilier d'église, très souvent propriété communale et parfois classé monument historique | Même statut juridique, mais rarement protégé en propre |
En une phrase : les fonts baptismaux servent une fois dans votre vie, le bénitier sert chaque fois que vous entrez. Le second est là pour vous rappeler le premier. Nous avons consacré un article entier au bénitier et à la raison de sa place à l'entrée, et un autre à l'objet qui sert à asperger l'eau bénite, le goupillon.
Un troisième objet traîne dans la même zone sans en être : la colombe. Dans certaines églises anciennes, une colombe de métal suspendue au-dessus des fonts servait de réserve, et le symbole a sa propre histoire, que nous avons racontée à propos de la colombe comme symbole chrétien.
Porter, tenir, mettre sur les fonts baptismaux : l'expression
L'expression a quitté l'église depuis longtemps et vit très bien sans elle, ce qui explique une bonne partie des recherches sur le mot. « Tenir un enfant sur les fonts baptismaux », c'est en être le parrain ou la marraine, et la formulation est celle de l'Académie française elle-même.
Le sens littéral est concret : au baptême d'un petit enfant, le parrain et la marraine portent physiquement le baptisé au-dessus de la cuve pendant le versement de l'eau. De là viennent les variantes, « porter sur les fonts baptismaux » et « tenir sur les fonts baptismaux », strictement synonymes.
Par glissement, « mettre un projet sur les fonts baptismaux » signifie le lancer, le parrainer, le faire naître publiquement. C'est l'emploi figuré que vous croisez dans la presse économique ou politique, où personne ne pense plus à une cuve de pierre. Le sens est resté celui du parrainage : on tient quelque chose au moment où il entre dans le monde.
Si la question du parrainage vous intéresse pour de vrai et pas seulement pour la langue, nous avons traité la condition la plus demandée, celle de savoir s'il faut être baptisé pour être parrain ou marraine.
Peut-on acheter des fonts baptismaux ? Le point que personne ne fait
« Fonts baptismaux à vendre » est une recherche réelle, et la réponse honnête n'est pas celle qu'on attend. En France, les fonts baptismaux d'une église ancienne ne sont ni à vendre, ni à la disposition de celui qui les utilise.
La loi de séparation des Églises et de l'État, en 1905, a laissé aux collectivités publiques la propriété des édifices du culte existants et du mobilier qui les garnissait, les églises étant ensuite laissées à la disposition des fidèles et du clergé pour l'exercice du culte. Concrètement, pour une église paroissiale bâtie avant cette date, c'est la commune qui est propriétaire du bâtiment et des meubles qui s'y trouvaient, les fonts baptismaux compris. Le curé les utilise, il ne les possède pas.
Ce n'est pas une déduction, cela se vérifie pièce par pièce. Prenez la notice des fonts baptismaux de l'église de Wasigny, dans les Ardennes, dans la base Palissy du ministère de la Culture. Vous y lisez une cuve du XIIe siècle, en pierre taillée, et une ligne de statut qui dit tout : « propriété de la commune ; 1937/09/27 : classé au titre objet ». Propriétaire, la commune. Protection, un classement au titre des monuments historiques prononcé le 27 septembre 1937.
Les conséquences sont très concrètes et expliquent pourquoi ces objets ne circulent pas comme des meubles d'occasion. Un objet classé ne se déplace pas, ne se restaure pas et ne se remplace pas librement : l'administration du patrimoine encadre les déplacements et les interventions. Une paroisse qui voudrait remplacer sa cuve médiévale par une vasque neuve n'a pas la main.
Ce que l'on trouve réellement en vente, ce sont donc des cuves contemporaines commandées par des diocèses à des artistes, ou des pièces anciennes désaffectées et sorties des circuits de protection. Ce n'est pas un marché pour les particuliers, et ce n'est pas le nôtre.
Questions fréquentes
C'est quoi les fonts baptismaux ?
Les fonts baptismaux sont la cuve où l'on bénit l'eau du baptême et au-dessus de laquelle se font les trois aspersions, et par extension le lieu où cette cuve est placée. Le mot s'écrit avec un « t », vient du latin fons qui signifie la source, et ne s'emploie qu'au pluriel. Dans la plupart des églises, les fonts se trouvent dans une petite chapelle appelée baptistère, située près de l'entrée.
Que signifie l'expression « porter sur les fonts baptismaux » ?
Porter ou tenir un enfant sur les fonts baptismaux, c'est en être le parrain ou la marraine. L'expression vient du geste réel : au baptême d'un petit enfant, le parrain et la marraine le portent au-dessus de la cuve pendant le versement de l'eau. Au figuré, mettre un projet sur les fonts baptismaux signifie le lancer et le parrainer publiquement.
Quelle est l'origine des fonts baptismaux ?
Il faut distinguer le mot et l'objet. Le mot est attesté en français dès le XIe siècle, sous la forme funz, du latin fontes, pluriel de fons, « source, fontaine ». L'objet, lui, descend des piscines baptismales des premiers siècles, où l'on descendait pour être immergé ; les baptistères se multiplient comme bâtiments séparés après la paix constantinienne de 313, et les cuves telles que nous les connaissons apparaissent dès le VIIe siècle, leur usage s'étendant aux IXe et Xe siècles.
Quel est le synonyme de « fonts baptismaux » ?
Le synonyme le plus exact est « cuve baptismale », qui désigne l'objet seul et qui est le terme employé par les inventaires du patrimoine. On rencontre aussi « piscine » pour les bassins anciens où l'on descendait, et « baptistère », mais celui-ci désigne proprement le lieu et non la cuve. Enfin, l'expression consacrée « la bénédiction des fonts » emploie le mot seul, toujours au pluriel.
Que signifie le mot « baptismaux » ?
« Baptismaux » est l'adjectif de « baptême », au masculin pluriel : ce qui a rapport au baptême. Il remonte au grec baptizein, qui se traduit par immerger, plonger, et c'est pourquoi on parle aussi d'eau baptismale, de cuve baptismale ou de piscine baptismale. Comme « fonts » est un pluriel, l'adjectif s'accorde au pluriel : on n'écrit jamais « font baptismal ».
Comment s'appelle la cuve du baptême ?
Elle s'appelle la cuve baptismale, et l'ensemble qu'elle forme avec son eau s'appelle les fonts baptismaux. Le glossaire de l'Église catholique en France la décrit comme « une cuve plus ou moins grande, en marbre, en pierre ou en métal », destinée à recevoir l'eau du baptême. Si elle est assez profonde pour un baptême par immersion, on parle aussi de piscine baptismale.
Le jour qui mérite qu'on le marque
Vous savez maintenant pourquoi ce mot prend un « t » et pourquoi l'Académie française refuse l'autre graphie : les fonts sont des sources, pas un fond d'église. Et vous savez pourquoi la cuve est près de la porte : parce que le baptême est l'entrée, et que dans une église le lieu dit toujours le rite. Entre les deux, il y a une cuve de pierre souvent octogonale, parce que le huit est le jour de la Résurrection, et une eau qui vient de la nuit de Pâques.
Les fonts baptismaux, nous ne les vendons pas, et nous venons de vous expliquer pourquoi personne ne les vend vraiment. Ce qui nous concerne commence après, quand on sort de l'église. Le baptême est le seul sacrement qu'on ne se rappelle pas avoir reçu, et c'est bien pour cela qu'on offre, ce jour-là, un objet qui restera : une médaille gravée au prénom, une petite croix qui attendra dans un tiroir le temps qu'il faudra.
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Les versets sont cités dans la traduction officielle liturgique francophone de l'AELF (Jean 3, 5 ; Romains 6, 3-4 ; 1 Pierre 3, 20-21), lue à la source.
Nos sources
- Académie française, Dictionnaire, rubrique « Dire, Ne pas dire », Emplois fautifs, « Fond, Fonds, Fonts » (7 octobre 2021) (nouvelle fenêtre) Autorité de la langue française
- Liturgie et Sacrements (SNPLS, Conférence des évêques de France), lexique, entrée « Fonts », d'après le Dictionnaire de Liturgie de Dom Robert Le Gall (nouvelle fenêtre) Église officielle, service national de la pastorale liturgique et sacramentelle
- P. Norbert Hennique, département Art sacré de la CEF, « Le lieu du baptême, des premiers siècles de l'Église à nos jours », Liturgie et Sacrements (nouvelle fenêtre) Église officielle, département Art sacré de la Conférence des évêques de France
- Code de droit canonique, Livre IV, titre I, cann. 856 à 860 (le lieu du baptême) (nouvelle fenêtre) Magistère, droit universel de l'Église
- Ministère de la Culture, Plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy (patrimoine mobilier), notice PM08000616, fonts baptismaux de l'église de Wasigny (Ardennes) (nouvelle fenêtre) Patrimoine, administration de l'État, producteur Monuments historiques
Si vous relevez une erreur dans cette page, écrivez-nous : nous la corrigerons. Nous écrire
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Les fonts baptismaux sont du mobilier d'église, et en France ils appartiennent le plus souvent à la commune. Ce n'est pas notre métier. Le nôtre commence à la sortie : la médaille ou la croix qu'on offre au baptisé et qu'il gardera.
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