Saint Ignace de Loyola : le discernement en pratique

Mis à jour le 22 min de lecture

saint Ignace de Loyola discernement
Sommaire
  1. Le discernement ignatien tient dans une observation faite en 1521
  2. Le discernement des esprits : consolation et désolation
  3. Les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola
  4. « Quels sont les 4 piliers du discernement ? » La mise au point
  5. L'examen de conscience quotidien : les cinq points
  6. Les citations de saint Ignace de Loyola : ce qui est de lui, ce qui ne l'est pas
  7. La prière de saint Ignace de Loyola
  8. La vie de saint Ignace de Loyola, en dates
  9. Discerner cette semaine : trois gestes, sans retraite de trente jours
  10. Questions fréquentes
  11. Une méthode qui tient dans une habitude
  12. Sources

En bref

  • Le discernement ignatien ne juge pas une pensée sur ce qu'elle fait ressentir pendant, mais sur ce qu'elle laisse après. Tout part de là.
  • Ignace appelle consolation ce qui augmente la foi, l'espérance et la charité et qui apaise (§ 316) ; désolation les ténèbres, le trouble, la tiédeur et la défiance (§ 317).
  • La règle la plus utile tient en une ligne : en temps de désolation, on ne change rien (§ 318). On change sa manière de faire, pas sa décision (§ 319).
  • Il n'existe aucun « 4 piliers du discernement » dans les sources ignatiennes. Les vrais chiffres : 4 semaines d'Exercices, 22 règles de discernement, 5 points d'examen, 3 temps d'élection.
  • La maxime la plus citée sous son nom, « agis comme si tout dépendait de toi », n'est pas d'Ignace : elle vient d'un jésuite hongrois, en 1705.

Le discernement de saint Ignace de Loyola est une méthode de tri : on observe ce que les pensées laissent derrière elles, et on en déduit d'où elles viennent. Les pensées qui flattent sur le moment mais laissent vide ne mènent pas à Dieu ; celles qui coûtent au départ mais laissent en paix, oui. Tout le reste est l'outillage de cette seule observation.

Comment savoir si une idée vient de Dieu ou de vous ? Faut-il décider quand on va mal ? Et pourquoi tant de sites parlent de « quatre piliers » que vous ne retrouvez dans aucun livre ? Vous allez repartir avec deux choses : une méthode utilisable ce soir, et les références exactes pour la vérifier vous-même. Nous citons les Exercices spirituels au paragraphe, et nous disons franchement ce qui n'y est pas.

Le discernement ignatien tient dans une observation faite en 1521

Ignace ne s'est pas assis pour inventer une méthode. Il l'a remarquée sur lui-même, par ennui, pendant une convalescence.

Un boulet de canon et deux livres qui n'étaient pas prévus

En 1521, à la défense de Pampelune, un boulet lui brise une jambe. On le ramène au château familial de Loyola, les chirurgiens s'y reprennent à plusieurs fois, et il reste immobilisé des mois. Pour passer le temps, il réclame des romans de chevalerie. Il n'y en avait pas dans la maison. On lui apporte à la place les deux seuls livres disponibles : une Vie du Christ et un recueil de vies de saints, en castillan.

Il les lit, puis il repose le livre, et là son esprit part dans deux directions. D'un côté les faits d'armes qu'il accomplirait au service d'une grande dame, et il peut y rester trois ou quatre heures d'affilée. De l'autre une question qui le surprend lui-même : que serait-ce si je faisais ce qu'ont fait saint François et saint Dominique ?

La découverte : la différence est dans ce qui reste après

Les deux rêveries lui plaisent autant. La différence apparaît quand il arrête d'y penser. Le pape François a relu ce passage devant les fidèles le 7 septembre 2022, et sa formulation est la plus nette qui soit : penser aux choses du monde « lui procurait beaucoup de plaisir, mais lorsque, par lassitude, il les abandonnait, il se sentait vide et déçu » ; tandis que les pensées d'aller à Jérusalem pieds nus et de vivre comme les saints « non seulement le consolaient pendant qu'il s'y arrêtait, mais même après qu'il les avait abandonnées le laissaient satisfait et plein de joie ».

Voilà toute la méthode, et elle est entièrement contenue dans ce décalage. Le plaisir immédiat ne dit rien de l'origine d'une pensée. Ce qu'elle laisse en se retirant, si. Le Récit du pèlerin, l'autobiographie dictée par Ignace à la fin de sa vie, raconte qu'il a mis du temps à s'étonner de cette diversité, puis qu'il « en vint à connaître la diversité des esprits qui s'agitaient en lui ».

De l'observation au manuel

Rétabli, il part pour Montserrat, puis s'arrête à Manrèse de mars 1522 à février 1523. C'est là qu'il met en ordre ce qu'il a vécu, dans un carnet qui deviendra les Exercices spirituels. Il a alors une trentaine d'années, aucune formation théologique, et il reprendra ses études à partir de la grammaire latine. La Compagnie de Jésus, dont il est l'un des sept de Montmartre le 15 août 1534, n'est approuvée par Paul III que le 27 septembre 1540.

Le discernement des esprits : consolation et désolation

Ignace a donné deux noms à ce qu'il avait observé, et il les a définis avec une précision de notaire. C'est le cœur technique de la méthode.

Ce qu'il appelle la consolation

La définition est à la troisième règle, paragraphe 316. Ignace appelle consolation « un mouvement intérieur qui est excité dans l'âme, par lequel elle commence à s'enflammer dans l'amour de son Créateur et Seigneur ». Puis il élargit, et c'est la partie utile : « j'appelle consolation toute augmentation d'espérance, de foi et de charité, et toute joie intérieure qui appelle et attire l'âme aux choses célestes et au soin de son salut, la tranquillisant et la pacifiant ».

Retenez les deux marqueurs : une augmentation des trois vertus théologales, et un apaisement. La consolation n'est pas la bonne humeur. Les larmes de regret en font partie, l'excitation agréable n'en fait pas forcément partie.

Ce qu'il appelle la désolation

Au paragraphe 317, Ignace définit la désolation comme l'exact contraire : « les ténèbres et le trouble de l'âme, l'inclination aux choses basses et terrestres, les diverses agitations et tentations qui la portent à la défiance, et la laissent sans espérance et sans amour, triste, tiède, paresseuse, et comme séparée de son Créateur et Seigneur ».

Ce n'est pas la tristesse ordinaire, et ce n'est pas la dépression : c'est un état décrit par ses effets spirituels, dont le principal est la défiance. En désolation, on ne croit plus que ce qu'on a décidé valait quelque chose.

La règle qui vaut à elle seule le détour

Cinquième règle, paragraphe 318, et c'est celle qui sauve le plus de décisions : « Il importe, au temps de la désolation, de ne faire aucun changement, mais de demeurer ferme et constant dans ses résolutions, et dans la détermination où l'on était avant la désolation ». La raison qu'il donne est logique : si le bon esprit conseille d'ordinaire dans la consolation, c'est l'autre qui conseille dans la désolation, et « sous l'inspiration duquel nous ne pouvons prendre un chemin qui nous conduise à une bonne fin ».

La sixième règle enchaîne sur la nuance qu'on oublie toujours. On ne change pas la décision, mais on se change soi-même : plus de temps à la prière, un examen plus sérieux, une pénitence. Autrement dit on ne subit pas, on ne décide pas non plus.

Les deux séries de règles, et combien il y en a

Ignace a écrit deux séries de règles de discernement, et la distinction compte. La première, aux paragraphes 313 à 327, donne quatorze règles et convient « particulièrement à la première Semaine », c'est-à-dire au début, quand on sort de ses désordres. La seconde, aux paragraphes 328 à 336, donne huit règles plus fines, pour « la Seconde semaine », quand le tri grossier est fait. Vingt-deux règles en tout, pas une de plus.

Trois de la seconde série méritent d'être connues même sans faire les Exercices :

  • L'ange de lumière (§ 332) : le mauvais esprit, quand il se déguise, « commence par suggérer à cette âme des pensées bonnes et saintes », puis dévie. Une pensée pieuse n'est donc pas une garantie.
  • Le début, le milieu et la fin (§ 333) : il faut suivre l'enchaînement complet d'une pensée. Si tout y est bon du début à la fin, elle vient du bon esprit ; si le fil finit par inquiéter, troubler, ou faire perdre la paix, il vient d'ailleurs. On juge une pensée sur sa trajectoire, jamais sur son premier instant.
  • L'éponge et la pierre (§ 335) : chez celui qui progresse, le bon esprit touche « doucement, légèrement et suavement, comme une goutte d'eau qui pénètre une éponge », et le mauvais « durement, avec bruit et agitation, comme l'eau qui tombe sur la pierre ». Le bruit intérieur est un indice.

Une dernière, de la première série, est presque un conseil d'hygiène. Le tentateur « demande le secret et ne redoute rien tant que d'être découvert » (§ 326) : son pouvoir tombe dès que l'âme « découvre tout à un confesseur éclairé, ou à une autre personne spirituelle ». Dire à voix haute ce qu'on tourne en boucle fait la moitié du travail. C'est aussi l'un des intérêts concrets de la confession.

Consolation et désolation : le tableau de bord

Consolation (§ 316) Désolation (§ 317)
Ce qu'Ignace décrit Augmentation de la foi, de l'espérance et de la charité ; joie intérieure ; tranquillité ; parfois des larmes qui portent à l'amour Ténèbres, trouble, agitation ; attrait des choses basses ; tristesse, tiédeur, paresse ; sentiment d'être séparé de Dieu
Le signe à retenir Ça apaise, et ça tient après Ça pousse à la défiance, et ça ne tient pas
Ce qu'on fait de ses décisions C'est le moment d'arrêter ses résolutions, et de prévoir comment on les tiendra quand ça ira mal (§ 323) On ne change rien (§ 318). On s'humilie, on tient, on attend (§ 321, § 324)
Ce qu'on change Rien à forcer Sa manière de faire : plus de prière, plus d'examen (§ 319)
Les causes possibles Dieu seul peut consoler « sans cause précédente » (§ 330) Trois causes : notre négligence, une épreuve, ou une leçon d'humilité (§ 322)

Les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola

Les règles ne flottent pas dans le vide : elles sont des annexes d'un parcours. Et ce parcours n'est pas un livre à lire, c'est un manuel pour celui qui accompagne.

Quatre semaines, et pas quatre piliers

La quatrième annotation le dit : « Les Exercices suivants se divisent en quatre parties : la première est la considération et la contemplation des péchés ; la seconde, la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ jusqu'au dimanche des Rameaux inclusivement ; la troisième, la Passion du Sauveur ; la quatrième, sa Résurrection et son Ascension. » Ignace précise aussitôt qu'une « semaine » n'est pas sept jours : on allonge ou on raccourcit selon ce que la personne trouve. L'ensemble se termine « en trente jours environ ».

Le Principe et Fondement, la pièce qui commande tout le reste

Au paragraphe 23, avant tout exercice, Ignace pose le cadre : « L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, Notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme. » Les choses créées servent dans la mesure où elles y conduisent, et se laissent dans la mesure où elles en détournent. D'où ce qu'on appelle l'indifférence ignatienne, qui n'est pas de l'indifférence au sens courant : « nous ne voulions pas plus la santé que la maladie, les richesses que la pauvreté, l'honneur que le mépris », mais uniquement ce qui conduit le plus sûrement à la fin pour laquelle on est créé.

Sans ce paragraphe, le discernement ignatien n'a aucun sens : on ne peut pas trier des moyens si l'on n'a pas fixé la fin.

Les trois temps de l'élection

Pour les décisions de vie, Ignace distingue trois temps où un choix peut être fait sainement (§ 175 à 177) :

  1. Quand Dieu meut la volonté sans qu'on puisse douter, comme pour saint Paul et saint Matthieu. C'est rare, et ça ne se provoque pas.
  2. Quand la lumière vient des consolations et des désolations éprouvées, « par l'expérience du discernement des esprits ». C'est le temps où les règles ci-dessus servent directement.
  3. Le temps tranquille, celui où « l'âme n'est pas agitée de divers esprits » et use de ses facultés librement. Ignace y propose alors deux méthodes réglées, dont la fameuse pesée des avantages et des inconvénients des deux côtés.

Notez l'ordre : le raisonnement vient en dernier, et seulement quand le calme est revenu. C'est la même logique que la règle 5.

Où lire les textes, et gratuitement

Beaucoup de recherches portent sur « les Exercices spirituels en PDF » ou « la vie de saint Ignace en PDF ». Les deux textes sont libres depuis longtemps. Le texte français complet des Exercices spirituels est publié en PDF par les jésuites, numéroté par paragraphes : ce sont les numéros utilisés dans tout cet article. Pour la vie, le texte de référence n'est pas une biographie mais le Récit du pèlerin, dicté par Ignace lui-même six mois avant sa mort, et les jésuites en proposent une lecture guidée.

« Quels sont les 4 piliers du discernement ? » La mise au point

À savoir : ce chiffre n'existe pas.

Nous avons cherché : aucun texte d'Ignace, aucun document du magistère et aucun site d'ordre religieux ne parle de « quatre piliers du discernement ». Les pages qui emploient l'expression renvoient soit à la charte d'une communauté particulière, soit à des « quatre clés » proposées par un auteur protestant contemporain. Ce n'est pas ignacien, et ce n'est pas catholique au sens doctrinal.

Le chiffre circule parce qu'un article en a fabriqué un, et que les suivants l'ont recopié. C'est le même mécanisme que les « 8 sacrements » ou les « 7 types de prière ». Les vrais nombres de la tradition ignatienne sont ceux-ci :

  • 4 semaines dans les Exercices (annotation 4)
  • 22 règles de discernement : 14 pour la première semaine, 8 pour la deuxième (§ 313 à 336)
  • 5 points dans l'examen général de conscience (§ 43)
  • 3 temps où une élection peut se faire (§ 175 à 177)

Si vous cherchiez une structure simple à retenir, prenez plutôt celle-là : fixer la fin (§ 23), observer ce que les pensées laissent (§ 316 et 317), ne jamais décider en désolation (§ 318), et relire sa journée (§ 43). Quatre gestes, qui ont tous une référence.

L'examen de conscience quotidien : les cinq points

C'est la pièce la plus accessible de tout l'édifice, et celle qu'Ignace tenait pour la plus importante à ne jamais lâcher. Elle prend dix minutes. Le paragraphe 43 donne les cinq points, dans cet ordre :

  1. Rendre grâces à Dieu des bienfaits reçus.
  2. Demander la grâce de connaître ses péchés et de les écarter.
  3. Demander compte à son âme de sa conduite, « depuis l'heure du lever jusqu'au moment de l'examen, en parcourant successivement les heures de la journée » : les pensées, puis les paroles, puis les actions.
  4. Demander pardon de ses fautes.
  5. Former la résolution de se corriger avec le secours de la grâce.

Puis on termine par un Notre Père. Remarquez que cela commence par l'action de grâces et non par la faute : l'examen ignacien n'est pas un inventaire de culpabilité, c'est une relecture. Si vous n'avez jamais tenu une pratique quotidienne, c'est le meilleur point d'entrée, bien avant les règles. Notre guide sur comment prier donne le cadre de départ, et celui sur la méditation chrétienne explique la différence entre méditer et contempler, deux mots qu'Ignace emploie dans un sens très précis.

Les citations de saint Ignace de Loyola : ce qui est de lui, ce qui ne l'est pas

Ignace est l'un des saints les plus cités et l'un des plus mal cités. Voici le tri, avec les références.

Citation Statut Référence
« Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté, tout ce que j'ai et tout ce que je possède. Vous me l'avez donné, Seigneur, je vous le rends. [...] Donnez-moi votre amour ; donnez-moi votre grâce : elle me suffit. » De lui Exercices spirituels, § 234 (la Contemplation pour parvenir à l'amour)
« Ce n'est pas l'abondance de la science qui rassasie l'âme et la satisfait, c'est le sentiment et le goût intérieur des vérités qu'elle médite. » De lui Exercices spirituels, annotation 2
« L'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, Notre Seigneur, et, par ce moyen, sauver son âme. » De lui Exercices spirituels, § 23
Ad majorem Dei gloriam, « pour une plus grande gloire de Dieu » Devise de la Compagnie de Jésus, pas une phrase citée d'un de ses livres Les jésuites la rattachent à 1 Co 10, 31 (voir leur page sur AMDG)
« Agis comme si tout dépendait de toi, prie comme si tout dépendait de Dieu. » Pas de lui Gábor Hevenesi, jésuite hongrois, Scintillae Ignatianae, 1705, soit 149 ans après la mort d'Ignace

Le cas de la dernière mérite deux lignes, parce qu'elle est partout. Les jésuites eux-mêmes l'écrivent : Gábor Hevenesi (1656-1715) « est à l'origine d'une très belle maxime dans ses Scintillae Ignatianae (1705), recueil de propos qu'on attribua à Ignace de Loyola lui-même ». Sa forme d'origine est d'ailleurs plus forte que la version courante : « crois en Dieu comme si tout le cours des choses dépendait de toi, en rien de Dieu. Cependant mets tout en œuvre en elles, comme si rien ne devait être fait par toi, et tout par Dieu seul. » La maxime est fidèle à l'esprit d'Ignace, elle n'est pas de sa main. On peut la citer, à condition de la citer juste.

La prière de saint Ignace de Loyola

Quand on cherche « la » prière d'Ignace, c'est presque toujours le Suscipe du paragraphe 234, celui du tableau ci-dessus. Il clôt les Exercices et il en résume l'intention : rendre ce qui a été donné. C'est une prière d'offrande, pas de demande, et elle se dit lentement.

Les Exercices prescrivent par ailleurs un petit office de prières connues, à réciter après la méditation : « l'Ave Maria, l'Anima Christi, le Credo et le Salve Regina » (§ 253). L'Anima Christi, « Âme de Jésus-Christ, sanctifiez-moi », n'est pas d'Ignace, elle lui est antérieure, mais il l'a introduite dans son livre et elle reste associée à la spiritualité ignatienne.

Et une neuvaine à saint Ignace de Loyola ?

Soyons précis : il n'existe pas de texte de neuvaine officiel promulgué par l'Église pour saint Ignace. Ce qui circule en PDF relève de compositions de maisons religieuses ou de paroisses, toutes légitimes mais aucune normative. L'usage est simple : neuf jours de prière d'affilée, en général les neuf jours qui précèdent sa fête du 31 juillet, en reprenant chaque jour le Suscipe et un passage de sa vie.

La vie de saint Ignace de Loyola, en dates

La vie n'est pas le sujet de cet article, mais quelques repères aident à situer la méthode. Ignace naît en 1491 au château de Loyola, au Pays basque espagnol. Blessé à Pampelune en 1521, il se convertit pendant sa convalescence. Il passe à Manrèse de mars 1522 à février 1523, où naissent les Exercices. Il prononce les vœux de Montmartre le 15 août 1534 avec six compagnons. Paul III approuve la Compagnie de Jésus le 27 septembre 1540. Il meurt à Rome le 31 juillet 1556, et il est canonisé le 12 mars 1622.

Saint Ignace de Loyola, patron de quoi ?

Il est fondateur et patron de la Compagnie de Jésus, et sa figure est attachée aux retraites et aux exercices spirituels, qui portent son nom partout dans le monde. Sa fête est le 31 juillet. Pour situer les jésuites parmi les autres familles religieuses, leur charisme et leur devise, voyez notre panorama des ordres religieux catholiques.

Pourquoi prier saint Ignace de Loyola ?

Pour la même raison qu'on prie n'importe quel saint : on lui demande d'intercéder, c'est-à-dire de prier avec nous. Dans son cas, l'intention la plus naturelle est une décision à prendre, un choix d'état de vie, une orientation professionnelle, un engagement. On ne lui demande pas la réponse : on lui demande la liberté intérieure de la recevoir, ce qui est précisément l'objet du Principe et Fondement.

Discerner cette semaine : trois gestes, sans retraite de trente jours

Vous n'avez pas besoin de faire les Exercices pour commencer. Trois gestes suffisent, et ils sont tous dans le livre.

  1. Relisez votre journée, dix minutes, tous les soirs, selon les cinq points du paragraphe 43. Commencez par les remerciements. Au bout de deux semaines, vous verrez des motifs se répéter.
  2. Ne tranchez rien les jours où vous êtes à plat. Notez la question, remettez la décision, et reprenez-la au calme. C'est la règle 5, et c'est la seule qui se vérifie toute seule.
  3. Dites-le à quelqu'un. Un prêtre, un accompagnateur, un ami qui s'y connaît. La règle 13 affirme que ce qui se tait prend du pouvoir, et que ce qui se dit en perd.

Le socle biblique de tout cela tient en une phrase de saint Paul aux Thessaloniciens : « mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le » (1 Th 5, 21). Ignace n'a rien inventé sur le fond. Il a donné une procédure à un commandement qui existait déjà.

Saint Ignace ne figure pas à notre catalogue. Les dévotions que nous proposons se trouvent dans nos médailles de saints et nos croix à porter. Le discernement précède souvent un engagement, et c'est exactement ce que marquent nos bijoux de confirmation.

Questions fréquentes

Quelle est la méthode de discernement de saint Ignace ?

Elle consiste à observer les mouvements intérieurs et à les juger non pas sur l'agrément qu'ils procurent sur le moment, mais sur l'état qu'ils laissent une fois passés. Ignace nomme consolation ce qui augmente la foi, l'espérance et la charité et qui apaise (§ 316), et désolation ce qui jette dans le trouble, la tiédeur et la défiance (§ 317). Il en tire vingt-deux règles (§ 313 à 336), dont la plus connue : en désolation, on ne change aucune décision (§ 318). L'outil quotidien de cette méthode est l'examen de conscience en cinq points (§ 43).

Quelle est la citation la plus célèbre de saint Ignace de Loyola ?

La plus répandue, « agis comme si tout dépendait de toi, prie comme si tout dépendait de Dieu », n'est pas de lui : elle vient du jésuite hongrois Gábor Hevenesi, dans ses Scintillae Ignatianae de 1705. La plus célèbre qui soit réellement de sa main est le Suscipe : « Prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon entendement et toute ma volonté » (Exercices spirituels, § 234). La devise Ad majorem Dei gloriam est celle de la Compagnie de Jésus, pas une phrase extraite d'un de ses écrits.

Quels sont les 4 piliers du discernement ?

Il n'y en a pas. Aucun écrit d'Ignace, aucun document romain et aucun site d'ordre religieux ne présente « quatre piliers du discernement » : l'expression vient de listes recopiées d'un site à l'autre. Les nombres attestés sont les quatre semaines des Exercices (annotation 4), les vingt-deux règles de discernement (§ 313 à 336), les cinq points de l'examen général (§ 43) et les trois temps de l'élection (§ 175 à 177). Si vous voulez quatre repères, retenez : fixer la fin, observer ce qui reste après, ne pas décider en désolation, relire sa journée.

Quelle est la doctrine de saint Ignace de Loyola ?

Ignace n'a pas laissé de doctrine au sens d'un système théologique : il n'était pas théologien de métier et son œuvre principale est un manuel pratique. Ce qui en tient lieu est le Principe et Fondement des Exercices (§ 23) : l'homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu et sauver ainsi son âme, et tout le reste se mesure à cette fin. De là découlent l'indifférence ignatienne à l'égard des moyens, la recherche de la volonté de Dieu par le discernement, et la formule qui résume sa spiritualité, chercher et trouver Dieu en toutes choses.

Une méthode qui tient dans une habitude

Vous avez maintenant la méthode utilisable ce soir, et les références pour la vérifier vous-même : les deux définitions, la règle qui interdit de décider en désolation, les cinq points de l'examen, et la liste des chiffres réels face à ceux qu'on invente. Le discernement ignatien n'est pas une technique de décision rapide : c'est une habitude de relecture, et elle se gagne en dix minutes par jour plutôt qu'en un week-end de réflexion intense.

Saint Ignace n'a pas sa médaille à notre catalogue : toutes les figures n'y sont pas, et nous préférons le dire. Si vous cherchez la médaille de votre saint patron, ou celle d'un saint à offrir pour une confirmation ou un engagement, nos médailles de saints réunissent les dévotions les plus demandées, en acier inoxydable et en argent 925, livrées en écrin.

Sources

  • AELF, 1 Thessaloniciens 5 : le verset 21, « mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le », dans la traduction officielle liturgique.
  • Pape François, audience générale du 7 septembre 2022, « Un exemple : Ignace de Loyola » : la relecture du récit de la convalescence, et les deux expressions citées ici, « vide et déçu » et « satisfait et plein de joie ».
  • Pape François, audience générale du 26 octobre 2022, « L'objet du discernement. La désolation » : une catéchèse entière du cycle consacrée à la désolation. Le cycle complet compte quatorze catéchèses, du 31 août 2022 au 4 janvier 2023.
  • Texte français des Exercices spirituels, publié en PDF par les jésuites : tous les paragraphes cités mot pour mot (annotations 2 et 4, § 23, § 43, § 175 à 177, § 234, § 253, § 313 à 336).
  • Jésuites, « La maxime d'Hevenesi » : l'origine réelle de la maxime attribuée à Ignace, dans les Scintillae Ignatianae de Gábor Hevenesi (1705), et sa formulation d'origine.
  • Prie en chemin (jésuites), « Qui est saint Ignace de Loyola » : les dates de 1491, 1521, Manrèse 1522-1523, Montmartre 1534, l'approbation de 1540, la mort en 1556 et la canonisation de 1622.

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