Foi et doctrine

À quoi ressemble l'enfer ?

Mis à jour le 9 min de lecture

À quoi ressemble l'enfer ?
Sommaire
  1. L'obscurité des ténèbres
  2. Les pleurs et les grincements de dents
  3. Le feu ardent de la Géhenne
  4. La séparation d'avec Dieu
  5. Ce que l'Église catholique enseigne réellement
  6. Enfer et enfers : deux mots à ne pas confondre
  7. Questions fréquentes
  8. L'enfer vous inquiète ? Commencez par la Miséricorde
  9. Sources

En bref

  • La Bible décrit l'enfer par quatre images : les ténèbres, les pleurs et les grincements de dents, le feu, et l'exclusion de la présence de Dieu.
  • Ces images se contredisent volontairement. Le feu éclaire, les ténèbres non : c'est le signe qu'il s'agit d'un langage imagé, pas d'une description de lieu.
  • Pour l'Église catholique, la peine principale de l'enfer n'est pas le feu : c'est la séparation définitive d'avec Dieu, librement choisie.
  • Les « sept niveaux de l'enfer » ne viennent d'aucun texte chrétien. Ils viennent de Dante, qui en compte neuf, et c'est un poème.

La Bible ne décrit jamais l'enfer comme un lieu, mais toujours par des images : les ténèbres extérieures, les pleurs et les grincements de dents, le feu inextinguible de la Géhenne, et l'exclusion loin de la face de Dieu. Ces images sont volontairement incompatibles entre elles, parce qu'elles cherchent à dire une réalité qu'aucune description ne peut atteindre. Le Catéchisme de l'Église catholique en tire la définition la plus sobre : l'enfer est l'état d'auto-exclusion définitive de la communion avec Dieu. Nous reprenons ci-dessous chaque image, puis ce que l'Église en dit précisément.

C'est un sujet sur lequel circule beaucoup d'imagerie, des niveaux de Dante aux démons à fourche. Le plus honnête est de regarder d'abord les textes, ensuite la doctrine, et de dire clairement où s'arrête ce que l'on sait.

L'obscurité des ténèbres

Le livre de Job, l'un des plus anciens de la Bible, parle d'un « pays des ténèbres et de l'ombre de la mort », d'une région « sans ordre, où la clarté est comme la nuit ». Ce n'est pas encore l'enfer au sens chrétien, mais le séjour des morts tel que l'imaginait Israël.

Dans les évangiles, l'image devient plus nette. Jésus parle à plusieurs reprises des « ténèbres extérieures », dans l'évangile selon saint Matthieu, pour désigner ce qui se trouve hors de la salle des noces, c'est-à-dire hors du Royaume. La lettre de Jude parle de « l'obscurité des ténèbres ». L'Apocalypse évoque un royaume plongé dans l'obscurité.

La réponse chrétienne à cette image est donnée par le Christ lui-même : « Moi, je suis venu dans le monde comme la lumière, pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. »

Les pleurs et les grincements de dents

C'est l'expression la plus fréquente, et elle revient sept fois dans les évangiles, presque toujours chez saint Matthieu. Elle apparaît notamment à la fin de la parabole de l'ivraie, où ce qui a fait le mal est jeté dans la fournaise, « là il y aura des pleurs et des grincements de dents ».

Un point mérite d'être relevé, parce qu'il surprend : dans le Nouveau Testament, c'est le Christ qui parle le plus de l'enfer. Ce n'est pas un thème ajouté après coup par une Église soucieuse de faire peur. Il est dans sa bouche, et toujours sous forme d'avertissement adressé à des croyants, jamais de description offerte à la curiosité.

Le feu ardent de la Géhenne

Le mot que les évangiles traduisent par enfer est le plus souvent Géhenne, transcription de l'hébreu Gé-Hinnom, la vallée de Hinnom. C'est un lieu réel, au sud de Jérusalem. On y avait pratiqué des sacrifices d'enfants au dieu Molek, ce que la Loi condamne avec une violence particulière. La vallée, souillée, servit ensuite de dépotoir où l'on brûlait les ordures.

De ce lieu maudit et perpétuellement fumant, la tradition juive a fait le nom du châtiment. Le prophète Isaïe avait annoncé un feu « qui ne s'éteindra pas » et un ver « qui ne mourra pas », formule que le Christ reprend presque mot pour mot dans l'évangile selon saint Marc.

Les évangiles parlent ainsi de fournaise ardente, de feu éternel, de feu inextinguible, et l'Apocalypse d'un tourment « par le feu et le soufre ». C'est l'image la plus connue, et la plus mal comprise.

La séparation d'avec Dieu

C'est la quatrième image, et c'est celle que la doctrine retiendra comme la plus juste. Saint Paul écrit aux Thessaloniciens que le châtiment consiste à être « exclu de la face du Seigneur et de la gloire de sa puissance ». Dans la grande scène du jugement, en Matthieu 25, la sentence est une phrase de séparation : « Allez-vous-en loin de moi. »

Cette séparation est difficile à se représenter, parce que sur terre personne n'en fait l'expérience. Le Christ souligne lui-même que le Père « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons », et saint Paul rappelle que la bonté de Dieu est justement ce qui pousse à se convertir. Autrement dit, tout le monde reçoit déjà quelque chose de Dieu, croyant ou non. L'enfer est la perte de cela.

Ce que l'Église catholique enseigne réellement

Sur ce point, le Catéchisme de l'Église catholique est d'une sobriété qui tranche avec l'imagerie courante. Il enseigne quatre choses.

D'abord, que l'enfer existe et qu'il est éternel. Ensuite, que sa peine principale n'est pas le feu, mais « la séparation éternelle d'avec Dieu ». Ensuite, que nul n'y est envoyé de force : l'enfer est décrit comme une auto-exclusion, le refus libre et définitif d'aimer, et Dieu « ne prédestine personne à aller en enfer ». Enfin, que les descriptions de feu relèvent d'un langage imagé, dont l'Écriture se sert pour dire une réalité qui dépasse toute représentation.

Un dernier point, souvent ignoré : l'Église a canonisé des milliers de personnes, c'est-à-dire déclaré qu'elles sont auprès de Dieu, mais elle n'a jamais déclaré d'aucun homme, quel qu'il soit, qu'il est en enfer. Elle affirme la réalité du risque, jamais le sort d'un individu.

Enfer et enfers : deux mots à ne pas confondre

Quand le Credo dit du Christ qu'il « est descendu aux enfers », il ne s'agit pas du lieu de damnation. Le mot traduit ici le shéol hébreu, le séjour de tous les morts avant la Résurrection, ce que les textes anciens appellent aussi le sein d'Abraham.

Le français distingue les deux par un pluriel qui passe souvent inaperçu : les enfers, au pluriel, désignent le séjour des morts ; l'enfer, au singulier, l'état de damnation. Le Christ n'est donc pas descendu en enfer. Il est allé chercher les justes qui l'attendaient.

Il faut également distinguer l'enfer du purgatoire, qui n'est pas un enfer temporaire mais l'état de purification de ceux qui sont sauvés. C'est précisément ce qui fonde la prière pour les défunts, et nous l'expliquons dans notre article sur les raisons de prier pour les morts.

Questions fréquentes

Comment est l'enfer selon la Bible ?

La Bible le décrit par quatre images qui ne s'accordent pas entre elles : ténèbres, pleurs et grincements de dents, feu inextinguible, et exclusion de la présence de Dieu. Cette incohérence est délibérée. Un lieu ne peut pas être à la fois obscur et embrasé. Le langage est celui de l'avertissement, pas du reportage. Ce que les textes affirment n'est pas la topographie du lieu, mais la gravité et le caractère définitif de la perte.

Quels sont les 7 niveaux de l'enfer ?

Ils n'existent dans aucun texte chrétien. L'idée d'un enfer étagé vient de la Divine Comédie de Dante, écrite au début du XIVe siècle, et Dante en compte neuf cercles, pas sept. Sept est le nombre des péchés capitaux, ce qui explique probablement la confusion. La Divine Comédie est une œuvre poétique magnifique, elle n'a aucune valeur doctrinale, et l'Église n'a jamais enseigné de degrés dans l'enfer.

Quelle est la couleur de l'enfer ?

Aucune, et la question révèle bien la difficulté. Les deux images bibliques dominantes sont le noir des ténèbres et le rouge du feu, ce qui est contradictoire. L'iconographie médiévale a tranché pour le rouge et le noir, et notre imaginaire en vient. Mais aucun texte ne donne de couleur à l'enfer, pas plus qu'il ne lui donne de température ou de géographie.

À quoi ressemble l'enfer, en réalité ?

À rien de représentable, et c'est là toute la difficulté. Si l'on suit le Catéchisme, l'enfer n'est pas d'abord un lieu mais un état : celui d'une créature qui a refusé définitivement l'amour pour lequel elle a été faite, et qui obtient ce qu'elle a voulu. Les théologiens contemporains parlent volontiers de solitude absolue plutôt que de supplice physique. C'est une image moins spectaculaire, et probablement plus effrayante.

Peut-on savoir si quelqu'un est en enfer ?

Non, et l'Église ne l'a jamais prétendu pour personne. Elle enseigne la réalité de l'enfer comme possibilité réelle, et elle appelle à l'espérance pour tous, y compris pour les défunts dont la fin nous paraît sans espoir. C'est aussi pour cela que l'on prie pour les morts, sans jamais présumer de leur sort.

L'enfer vous inquiète ? Commencez par la Miséricorde

Vous savez maintenant ce que les textes disent, ce qu'ils ne disent pas, et où s'arrête la doctrine. L'enfer n'est pas un décor de flammes avec des étages : c'est la possibilité, prise au sérieux par le Christ lui-même, de se couper définitivement de Dieu.

La réponse chrétienne à cette inquiétude n'est pas la peur mais la confiance. Le chapelet de la Miséricorde divine a précisément été donné pour cela, et il se prie en une dizaine de minutes.

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Sources

  • Catéchisme de l'Église catholique, §1033-1037 et §632-635 (vatican.va) : définition de l'enfer, peine principale, auto-exclusion, absence de prédestination, et descente aux enfers distincte de l'enfer des damnés.
  • AELF, évangile selon saint Matthieu 25 (aelf.org) : la scène du jugement et la sentence de séparation.
  • AELF, évangile selon saint Marc 9 (aelf.org) : la Géhenne, le feu qui ne s'éteint pas et la citation d'Isaïe.
  • Église catholique en France (eglise.catholique.fr) : repères sur les fins dernières, le purgatoire et la prière pour les défunts.

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