Histoire
Qui étaient les chevaliers Hospitaliers ?
James Gordon from Los Angeles, California, USA — CC BY 2.0 via Wikimedia Commons licence
Sommaire
- La naissance de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem
- Organisation et expansion des Hospitaliers
- Chypre, Rhodes, Malte : l'ordre après les croisades
- Les chevaliers Hospitaliers existent-ils toujours ?
- Hospitaliers et Templiers : le tableau des différences
- Questions fréquentes
- Une croix qui rappelle un service, pas une conquête
- Sources
En bref
- Les Hospitaliers sont plus anciens que les Templiers : leur hôpital de Jérusalem existe avant la première croisade, et ils sont reconnus par Rome en 1113.
- Ils sont d'abord soignants, et seulement ensuite combattants. Ils appelaient les malades « nos seigneurs les pauvres ».
- Leur devise dit exactement cela : « Défense de la foi et service des pauvres. »
- Contrairement aux Templiers, ils n'ont jamais été supprimés. Ils existent toujours, sous le nom d'Ordre souverain de Malte.
Les chevaliers Hospitaliers étaient des religieux voués au soin des pèlerins malades à Jérusalem, avant de devenir aussi un ordre militaire. Leur hôpital est antérieur à la première croisade, et Rome les reconnaît officiellement en 1113, soit seize ans avant les Templiers. Chassés de Terre sainte, ils se sont installés à Rhodes puis à Malte, et l'ordre existe encore aujourd'hui. C'est la grande différence avec leurs célèbres voisins du Temple, dont nous détaillons toutes les distinctions ci-dessous.
Ils sont moins connus que les Templiers, alors qu'ils ont duré neuf siècles de plus. C'est probablement parce que leur histoire ne finit pas sur un bûcher.
La naissance de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem
Vers 1070, des marchands d'Amalfi obtiennent l'autorisation d'ouvrir à Jérusalem un hôpital destiné aux pèlerins latins, placé sous le patronage de saint Jean Baptiste. C'est un établissement de soins, tenu par une communauté religieuse, et il fonctionne déjà depuis une trentaine d'années lorsque les croisés prennent la ville en 1099.
Un homme lui donne sa forme : le frère Gérard, qui organise la communauté, acquiert des biens en Europe et obtient de Rome une reconnaissance. Le 15 février 1113, le pape Pascal II approuve l'ordre par la bulle Pie postulatio voluntatis, le place sous la protection du Saint-Siège et lui garantit le libre choix de ses supérieurs. C'est l'acte de naissance officiel.
Notez la chronologie, souvent inversée : l'hôpital existe avant la croisade, et l'ordre est reconnu seize ans avant que les Templiers ne reçoivent leur règle au concile de Troyes.
Organisation et expansion des Hospitaliers
La dimension militaire vient ensuite, sous le second maître, Raymond du Puy, vers le milieu du XIIe siècle. L'ordre se dote d'une règle, structure ses possessions européennes en commanderies, prieurés et langues, et forme des frères d'armes chargés d'escorter et de défendre.
La hiérarchie distingue les chevaliers de justice, de naissance noble, les frères sergents, et les chapelains. À leur tête, un grand maître élu à vie.
Un détail dit tout de leur esprit : aux trois vœux religieux habituels, ils ajoutent l'engagement de servir les pauvres et les malades, qu'ils désignent dans leurs textes comme « nos seigneurs les pauvres ». Le soin n'est pas une œuvre annexe, il est la raison d'être. L'hôpital de Jérusalem, à son apogée, pouvait accueillir plus d'un millier de lits, et il soignait aussi les non-chrétiens.
Leur signe est le manteau noir à croix blanche, la croix à huit pointes que la tradition rapporte aux huit Béatitudes. Nous en détaillons la forme et le sens dans notre article sur la croix de Malte.
Chypre, Rhodes, Malte : l'ordre après les croisades
La chute d'Acre, en 1291, met fin à la présence latine en Terre sainte. Les Hospitaliers se replient sur Chypre, puis conquièrent Rhodes entre 1306 et 1310. Ils y règnent deux siècles, en souverains, avec une flotte qui tient tête aux marines ottomanes.
Soliman le Magnifique les en chasse en 1522, après un siège de six mois. Ils errent huit ans, jusqu'à ce que Charles Quint leur cède Malte en 1530, contre une redevance annuelle symbolique : un faucon. C'est là qu'ils prennent le nom sous lequel on les connaît aujourd'hui.
En 1565, ils soutiennent le Grand Siège de Malte face à une armée ottomane très supérieure, et tiennent. L'épisode fait leur réputation dans toute l'Europe. Ils resteront maîtres de l'île jusqu'en 1798, où Bonaparte, en route pour l'Égypte, la prend sans combat.
Les chevaliers Hospitaliers existent-ils toujours ?
Oui, et c'est ce qui les distingue le plus nettement des Templiers. L'ordre n'a jamais été supprimé. Il a perdu son territoire, pas son existence.
Il subsiste aujourd'hui sous le nom d'Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, plus simplement l'Ordre de Malte. C'est un sujet de droit international, qui entretient des relations diplomatiques avec plus de cent États, émet ses propres passeports, et dont l'activité est redevenue ce qu'elle était au départ : le soin. En France, l'Ordre de Malte gère des établissements médico-sociaux, des unités de secourisme et des formations aux premiers secours.
Il existe par ailleurs des branches protestantes issues de la même souche, notamment les Johanniter en Allemagne et l'Ordre de Saint-Jean au Royaume-Uni, à l'origine du service d'ambulances Saint John.
Hospitaliers et Templiers : le tableau des différences
| Hospitaliers | Templiers | |
|---|---|---|
| Origine | Hôpital de Jérusalem, vers 1070 | Escorte des pèlerins, vers 1119 |
| Reconnaissance | 1113, bulle de Pascal II | 1129, concile de Troyes |
| Vocation première | Soigner | Protéger et combattre |
| Vœux | Les trois vœux, plus le service des pauvres | Les trois vœux |
| Habit | Manteau noir à croix blanche à huit pointes | Manteau blanc à croix rouge pattée |
| Devise | Défense de la foi et service des pauvres | Non pas à nous, Seigneur, mais à ton nom |
| Fin | Jamais supprimés, existent toujours | Supprimés en 1312 |
Les deux ordres ont été rivaux autant qu'alliés, et leurs querelles ont pesé lourd dans les échecs militaires des États latins. C'est pourtant aux Hospitaliers que furent transférés les biens du Temple après 1312, ce qui explique qu'on retrouve aujourd'hui, sur une même commanderie, des traces des deux.
Questions fréquentes
Qui sont les chevaliers hospitaliers ?
Des religieux qui prononçaient les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance, auxquels ils ajoutaient l'engagement de soigner les pauvres et les malades, et qui ont pris les armes pour défendre les pèlerins et les États latins d'Orient. Fondés autour d'un hôpital de Jérusalem antérieur à la première croisade, ils ont été reconnus par le pape en 1113.
Quelle est la différence entre un hospitalier et un templier ?
Trois différences comptent. La vocation d'origine : les Hospitaliers soignent, les Templiers escortent. Le signe : manteau noir à croix blanche pour les uns, manteau blanc à croix rouge pour les autres. Et le destin : les Templiers ont été supprimés en 1312, les Hospitaliers existent encore aujourd'hui sous le nom d'Ordre de Malte.
Les chevaliers hospitaliers et les templiers sont-ils la même chose ?
Non, ce sont deux ordres distincts, fondés séparément, avec des règles, des habits et des supérieurs différents. Ils ont coexisté deux siècles en Terre sainte, souvent en rivalité. La confusion vient de ce qu'ils partagent la même époque, la même région et la même formule de moine-soldat, et de ce que les Hospitaliers ont hérité des biens du Temple après sa suppression.
Quelle est la devise des chevaliers hospitaliers ?
« Tuitio fidei et obsequium pauperum », c'est-à-dire « défense de la foi et service des pauvres ». Elle résume la double nature de l'ordre, et c'est encore aujourd'hui la devise de l'Ordre de Malte. L'ordre des mots est notable : la foi d'abord, mais les pauvres dans la même phrase.
Pourquoi la croix de Malte a-t-elle huit pointes ?
La tradition y voit les huit Béatitudes de l'Évangile, que les frères devaient garder devant les yeux. On y a lu ensuite les huit langues, c'est-à-dire les huit provinces de l'ordre, mais cette lecture est postérieure : les langues n'étaient que sept à l'origine. La forme, elle, vient des croix pattées médiévales dont les branches ont été fendues.
Une croix qui rappelle un service, pas une conquête
Vous savez maintenant que ces chevaliers étaient d'abord des infirmiers, que leur devise place le service des pauvres à côté de la défense de la foi, et que leur ordre soigne encore aujourd'hui, neuf siècles après. C'est probablement la plus longue continuité d'une œuvre hospitalière au monde.
Si cette histoire vous parle, l'ordre religieux dont ils relèvent est détaillé dans notre panorama des ordres religieux catholiques, et leurs voisins du Temple dans notre article sur les Templiers.
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Sources
- Ordre de Malte France (ordredemaltefrance.org) : histoire de l'ordre, devise, statut souverain et œuvres hospitalières actuelles.
- Centre des monuments nationaux (monuments-nationaux.fr) : commanderies hospitalières conservées et ouvertes à la visite en France.
- Gallica, Bibliothèque nationale de France (gallica.bnf.fr) : chartes, règles et histoires anciennes de l'ordre de Saint-Jean.
- FranceArchives, portail national des archives (francearchives.gouv.fr) : fonds des commanderies hospitalières et dévolution des biens du Temple.
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