Histoire

Comment Rome est devenue chrétienne ?

Mis à jour le 9 min de lecture

Comment Rome est devenue chrétienne ?
Sommaire
  1. Comment était Rome avant le christianisme
  2. Qui a fondé la communauté chrétienne de Rome
  3. La persécution des premiers chrétiens dans l'Empire romain
  4. Comment les Romains sont devenus chrétiens
  5. 380, la religion officielle de l'Empire
  6. Questions fréquentes
  7. Marcher sur les pas des premiers chrétiens

En bref

  • Trois dates suffisent à raconter l'essentiel : 312 la victoire de Constantin au pont Milvius, 313 la liberté de culte accordée depuis Milan, 380 le christianisme religion officielle de l'Empire.
  • Le christianisme est arrivé à Rome bien avant Pierre et Paul : une communauté y existait déjà quand saint Paul lui écrit, vers 57.
  • Constantin n'a pas rendu le christianisme obligatoire. Il l'a rendu licite, ce qui n'est pas la même chose. C'est Théodose qui franchira le pas, soixante-sept ans plus tard.
  • Le baptême de Constantin par le pape Sylvestre est une légende : il a été baptisé mourant, en 337, par un évêque arien.

Rome est devenue chrétienne en trois temps. Une communauté chrétienne s'y installe dès les années 40, malgré des persécutions intermittentes. En 313, l'empereur Constantin accorde depuis Milan la liberté de culte et fait basculer la faveur impériale du côté des chrétiens. En 380, l'empereur Théodose fait du christianisme la religion officielle de l'Empire. Entre ces deux dates, ce n'est pas une conversion soudaine mais une bascule progressive, que nous détaillons ci-dessous.

On résume souvent l'affaire à Constantin, comme si un empereur avait converti un empire par décret. La réalité est plus longue, plus contrariée, et plus intéressante.

Comment était Rome avant le christianisme

La Rome antique est une société profondément religieuse, où le pouvoir politique et la charge sacerdotale se confondent. Jules César fut pontifex maximus, grand pontife, avant d'être consul.

Les ruines du Forum Romain, centre religieux et politique de la Rome antique
Le Forum : avant le christianisme, Rome vit avec des dizaines de cultes qui cohabitent.
Image This Photo was taken by Wolfgang Moroder. Feel free to use my photos, but please mention me as the author and , CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Les Romains vénéraient de nombreux dieux, en partie repris des Grecs, et la ville était pleine de temples où l'on cherchait leur faveur par des sacrifices et des fêtes. À partir de César, l'empereur défunt lui-même pouvait être divinisé, pratique encouragée par Auguste. C'est précisément ce point que les chrétiens refuseront, et c'est de ce refus que naîtra le conflit.

Rome tolérait pourtant beaucoup de cultes étrangers, et en absorbait certains. Ceux qu'elle réprimait l'étaient pour des raisons de trouble à l'ordre public : le culte de Bacchus pour ses excès supposés, les druides celtes pour leurs sacrifices humains. Les Juifs furent également visés par des mesures d'expulsion, notamment sous Claude, vers l'an 49.

Qui a fondé la communauté chrétienne de Rome

C'est la question que l'on pose le plus souvent, et la réponse surprend : personne ne le sait, et ce ne sont ni Pierre ni Paul.

Quand saint Paul écrit sa lettre aux Romains, vers l'an 57, il s'adresse à une communauté déjà constituée, qu'il n'a jamais visitée et dont il salue nommément des dizaines de membres. Il n'y arrivera lui-même que vers 61, comme prisonnier. La communauté existait donc avant. Elle s'est très probablement formée par le passage de marchands, de soldats et de Juifs de la diaspora convertis, dans une ville qui recevait tout l'Empire.

L'expulsion des Juifs de Rome par l'empereur Claude, vers 49, que l'historien Suétone attribue à des troubles suscités « à l'instigation de Chrestus », est le plus ancien indice extérieur d'une présence chrétienne dans la ville. Pierre et Paul n'ont pas fondé cette Église : ils l'ont trouvée, et ils y sont morts. C'est leur martyre à Rome qui fondera l'autorité particulière de ce siège.

La persécution des premiers chrétiens dans l'Empire romain

Le christianisme naît en territoire romain : le Christ a été exécuté par un préfet romain, dans une province romaine. Ses disciples le répandent avec un succès rapide dans les villes de l'Empire.

Les premiers chrétiens dans les catacombes de Rome, peinture du XIXe siècle
Les catacombes : on n'y célébrait pas la messe en cachette, on y enterrait les morts.
Image Alberto Pisa, Public domain, via Wikimedia Commons

Les premières persécutions relèvent surtout de l'initiative locale et de la pression populaire. Le refus des chrétiens de sacrifier aux dieux passait pour attirer le malheur sur la cité, ce qui déclenchait des plaintes puis des poursuites.

La première grande persécution est celle de Néron, en 64. Déjà impopulaire après le grand incendie de Rome, et soupçonné de l'avoir provoqué, il désigne les chrétiens comme coupables : beaucoup sont arrêtés et exécutés. C'est dans ce contexte que meurt saint Pierre.

Il faut ensuite attendre 250 pour une persécution générale et officielle, sous l'empereur Dèce, qui ordonne à tous les habitants de l'Empire de sacrifier devant des fonctionnaires. La mesure ne visait pas explicitement les chrétiens, mais beaucoup refusèrent et furent torturés ou tués. La tolérance revient vers 260. Dioclétien relance enfin une répression méthodique à partir de 303, appliquée avec une dureté particulière en Orient. Elle sera la dernière.

Comment les Romains sont devenus chrétiens

Le tournant porte un nom : Constantin. En 312, à la veille de la bataille du pont Milvius contre Maxence, il fait porter sur les boucliers de ses soldats un signe chrétien. Il gagne, et entre dans Rome en vainqueur.

L'arc de Constantin à Rome
Constantin fait de la foi chrétienne une religion licite, pas encore la religion de l'Empire.
Image NikonZ7II (Paris Orlando), CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L'année suivante, à Milan, il s'accorde avec Licinius pour reconnaître à tous, chrétiens compris, « la liberté de suivre la religion qui leur paraît la meilleure ». C'est ce texte qu'on appelle l'édit de Milan. Il ne rend le christianisme ni obligatoire ni officiel : il le rend licite, et il ordonne la restitution des biens confisqués aux Églises. C'est déjà considérable.

Constantin va plus loin dans les faits : il donne des terres et de l'argent, fonde des basiliques, et fait élever vers 320 une église sur le tombeau de saint Pierre, à l'emplacement de l'actuelle basilique Saint-Pierre. Il convoque en 325 le concile de Nicée, qui fixe le premier symbole de foi commun.

Sa conversion personnelle, elle, reste difficile à mesurer. Il soutient aussi d'autres cultes et conserve jusqu'à sa mort le titre païen de grand pontife. Il ne reçoit le baptême que sur son lit de mort, en 337, des mains d'Eusèbe de Nicomédie, un évêque arien. Le récit d'un baptême administré par le pape Sylvestre, très répandu, appartient à une légende postérieure liée au faux document dit « donation de Constantin ».

380, la religion officielle de l'Empire

Après Constantin, la faveur impériale ne se dément que sous Julien, qui tente sans succès de restaurer les cultes anciens. Le christianisme continue de gagner les villes, puis l'administration.

Le 27 février 380, l'empereur Théodose, avec Gratien et Valentinien II, promulgue l'édit de Thessalonique. Il impose à tous les peuples de l'Empire la foi « transmise par l'apôtre Pierre aux Romains », c'est-à-dire la foi trinitaire de Nicée, et range les autres croyances au rang d'hérésies. Le christianisme n'est plus seulement permis : il est la religion de l'État.

C'est cette étape, et non 313, qui achève la christianisation officielle de Rome. La suite de cette histoire, des conciles au schisme de 1054, est retracée dans notre histoire de l'Église chrétienne.

Questions fréquentes

Pourquoi Rome est-elle devenue chrétienne ?

Pour trois raisons qui se sont additionnées. Le christianisme s'est diffusé vite dans les villes de l'Empire, en particulier auprès des populations que la religion officielle laissait de côté. Les persécutions, intermittentes et mal appliquées, n'ont pas enrayé cette diffusion, et ont produit des martyrs qui ont renforcé la cohésion des communautés. Enfin, à partir de Constantin, le pouvoir impérial a cessé de combattre le christianisme pour s'appuyer sur lui, y voyant un facteur d'unité dans un empire fragmenté.

Qui a converti Rome au christianisme ?

Aucun homme seul. Constantin est celui qui rend le christianisme licite en 313 et lui donne l'appui du pouvoir, mais c'est Théodose qui en fait la religion officielle en 380. Avant eux, ce sont des générations de chrétiens anonymes qui ont fait le travail, dans une ville où toutes les provinces se croisaient.

Comment le christianisme est-il arrivé à Rome ?

Par la route et par le port. Rome recevait des voyageurs de tout le bassin méditerranéen, dont une importante communauté juive parmi laquelle le message chrétien s'est d'abord diffusé. Marchands, soldats et affranchis venus d'Orient ont porté la foi nouvelle bien avant qu'un apôtre n'y mette les pieds.

Quand Rome est-elle devenue chrétienne exactement ?

Cela dépend du sens de la question. Une communauté chrétienne existe dans la ville dès les années 40. La liberté de culte date de 313. La religion d'État date de 380. Et la disparition effective des cultes anciens prendra encore un siècle, particulièrement dans les campagnes, d'où vient d'ailleurs le mot païen, formé sur le latin paganus, l'habitant de la campagne.

L'édit de Milan a-t-il vraiment existé ?

Le texte a existé, mais ce n'était pas un édit au sens strict : c'est un accord entre Constantin et Licinius, dont on connaît le contenu par une lettre adressée aux gouverneurs et rapportée par Lactance et Eusèbe de Césarée. L'expression « édit de Milan » est une commodité d'historien, pas un titre d'époque.

Marcher sur les pas des premiers chrétiens

Vous savez maintenant que la christianisation de Rome n'a pas tenu à une conversion spectaculaire mais à trois siècles de diffusion patiente, puis à deux décisions impériales espacées de soixante-sept ans. C'est une histoire de durée, pas de coup d'éclat.

Rome reste le premier lieu de pèlerinage de la chrétienté avec Jérusalem, et le tombeau de Pierre en est le cœur. Si l'idée vous tente, nous expliquons comment s'y préparer dans notre guide sur le pèlerinage catholique.

Sur la façon dont leurs noms nous sont parvenus, voyez pourquoi les apôtres ont des prénoms français.

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